Célébration eucharistique à Risoul à l'occasion de la fête de la Sainte Lucie

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Ce dimanche 12 décembre, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri célébrait la messe en l'église Saint-Nicolas et Sainte-Luce de Risoul à l'occasion de la fête patronale. 


Ci-dessous les photos de la célébration et l'homélie prononcée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri :

 

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Le Père André Bernardi, curé de Risoul
et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

L'assemblée, réunie en l'église Saint-Nicolas et Sainte-Luce


 

 

 

HOMELIE DE LA MESSE
pour la fête de Sainte-Lucie
Eglise Saint-Nicolas et Sainte-Luce - Dimanche 12 décembre 2010

 


Aujourd’hui nous fêtons sainte Luce ou Lucie, la patronne de votre paroisse. Son nom signifie en latin « lumière ». Son culte s’est étendu jusqu’en Scandinavie où, au milieu de la longue nuit nordique, on renouvelle l’espoir de voir les jours s’allonger. Comme le suggère le reliquaire de votre église, elle est une martyre à qui on a arraché les yeux, aussi est-elle la patronne des aveugles et des électriciens.

Notre vie est aussi faite de jours et de nuits, de clarté et d’obscurité. Nous avons nos zones d’ombres et de lumière. Nous cherchons une lumière pour éclairer notre vie. Et lorsque nous scrutons Dieu il nous déconcerte parfois. Ce qui nous paraît clair à son sujet devient soudain bien sombre. Et ce sur quoi nous avions buté s’illumine soudain.

Ainsi en est-il pour Jean le Baptiste. Il n’a pas été facile pour lui d’accepter que Jésus soit celui qu’il attendait. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre. Au début de la vie publique de Jésus, au baptême dans le Jourdain, Jean avait désigné Jésus. Tout était alors clair pour lui. Dieu lui avait donné la conviction que c’était bien Jésus le Messie (Mt 4,13-17). Mais ensuite il a été dérouté par la manière dont Jésus remplissait sa mission. Anxieux, de sa prison, il envoie demander au Christ : « Es-tu “Celui qui doit venir” ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,3) Quelle surprenante question sur les lèvres du cousin de Jésus, sur les lèvres de celui dont la mission avait consisté à être la voix annonçant le Messie ! On devine le trouble de Jean attendant la mort dans son cachot obscur. S’est-il trompé ? Tout n’a-t-il été qu’illusion, vanité ? A-t-il bâti sa vie sur du sable ?

Au juste, qu’attendait Jean pour en arriver finalement à douter à ce point ? Il l’avait dit clairement : « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » (Mt 3,11) Pour Jean, c’est donc la force qui doit caractériser celui qui vient. Et le baptême dans l’Esprit Saint et le feu sera un bain destructeur. Jean voit en « celui qui vient » le Juge redoutable qui extirpera par le feu tous ceux qui ne se seront pas repentis et n’auront pas changé de conduite avant qu’il ne soit trop tard. Jean se considère comme chargé de préparer Israël au terrible jugement, d’aider Israël à échapper au châtiment éternel qui le menace. « Déjà la hache se trouve à la racine des arbres » (Mt 3,10). Or, la manière dont Jésus remplit sa mission ne correspond absolument pas à cette idée. Surprise chez Jean ! Enorme surprise qui entraîne le doute chez lui ! D’où la question « Es-tu “Celui qui doit venir” ou devons-nous en attendre un autre ? »

À la question de Jean, Jésus répond par une description de son activité bienfaisante à l’égard des malheureux. Les termes dans lesquels il s’exprime sont choisis à dessein pour rappeler à Jean d’autres oracles messianiques que ceux auxquels Jean se réfère, où il n’est question que de feu du fondeur, de lessive du blanchisseur, de pelle à vanner, de paille qu’on brûle...
Ecoutons Jésus. Quel contraste ! « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11,4-5, cf. Is 61,1)

A Jean qui doute, Jésus affirme qu’il est le Messie en apportant des preuves tirées de l’Ecriture sainte, du livre d’Isaïe. Mais en même temps, il invite Jean à envisager le rôle du Messie sous un aspect différent de celui qui avait retenu son attention. Le Dieu de sainte colère, qui correspondait en fin de compte à l’idée que les hommes peuvent se faire de Dieu et de sa justice, doit faire place à un Dieu d’Amour, infiniment plus déconcertant. Au lieu du « Fort » déployant contre les pécheurs la puissance vengeresse de la colère de Dieu, Jésus se présente comme la manifestation de la tendresse du Seigneur à l’égard des pauvres et de tous ceux qui souffrent.

Le Christ prévoit que sa réponse pourrait décevoir Jean. Le fossé à franchir est si grand ! Ses vertus mêmes lui seront un obstacle : sa vigueur, son austérité, son zèle. Il réclame un Dieu fort, redoutable, et Jésus se présente doux et humble de cœur, et heureux d’accorder son pardon. Jésus révèle que la toute-puissance de Dieu est la toute-puissance de l’amour, l’infini du don de soi, de la gratuité, du pardon. La force qui donne sa mesure en assumant la faiblesse de l’homme et sa mort.

Nous, à qui l’évangile est familier depuis l’enfance, nous ne pouvons pas imaginer quel bouleversement sur le plan religieux représentait pour les contemporains de Jésus la prédication d’un Dieu qui veut avoir affaire aux pécheurs. Chaque page de l’évangile montre le scandale, l’agitation, le bouleversement que Jésus provoque en appelant au salut précisément les pécheurs au lieu de les exterminer, et en opposant à toute prétention de justice humaine devant Dieu une religion de foi et d’amour gratuit.

Sans cesse, on lui a demandé raison de cette attitude incompréhensible, et sans cesse, dans ses paraboles surtout, il a donné la même réponse : Ainsi est Dieu. Dieu est le père qui va au devant de son fils prodigue ; il est le berger qui exulte à cause de sa brebis retrouvée ; il est l’hôte qui invite à sa table les pauvres et les mendiants. Dieu éprouve plus de joie pour l’unique pécheur qui fait pénitence que pour les quatre-vingt-dix-neuf justes. Il est le Dieu des petits et des désespérés ; sa bonté et sa miséricorde sont sans limites. Ainsi est Dieu.

Il n’y a aucune raison de penser que Jean le Baptiste n’a pas pleinement accueilli dans sa prison, avant de mourir, la réponse que Jésus lui a adressée. Jésus d’ailleurs loue Jean : « Amen, je vous le dis, parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean », dit-il. Mais Jésus ajoute : « Et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. » Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

A mon sens, ce que veut dire Jésus, c’est que si l’on envisage l’humanité dans sa condition terrestre, dans tout ce qu’un homme peut réaliser par ses forces propres, par l’ascèse, par la vertu humaine, alors assurément la première place revient à Jean. Mais en comparaison des privilèges que confère la participation au Royaume, tout cela n’est rien.

Jésus n’entend nullement indiquer la place de Jean dans le Royaume. Ce qu’il fait, c’est opposer deux ordres de grandeur : l’ordre des grandeurs de cette terre et l’ordre des grandeurs du Royaume. Jésus fait ressortir la supériorité absolue des grandeurs du Royaume sur celles de la terre. L’attention ne s’arrête pas à Jean ; à partir de lui, elle s’élève jusqu’à la considération du Règne qui vient et des conditions d’existence toutes nouvelles qu’il apporte à ceux qui y auront part.

Pour entrer dans le Royaume il faut une nouvelle naissance, tellement radicale qu’elle ne peut être qu’un don gratuit de Dieu. Nous devons y coopérer activement, nous convertir de tout notre cœur, mais tout en sachant que notre effort est, lui aussi, don de Dieu. Nous ne pouvons pas nous emparer du Royaume par nos propres forces, ni par nos vertus. Nous l’accueillons par la foi et la confiance, nous répondons à l’amour miséricordieux de Dieu par notre amour.

C’est tellement simple et tellement grand que nous, les grandes personnes, les adultes, qui nous prenons pour quelque chose, nous avons grande difficulté à le croire vraiment. Le Royaume renverse toute notre échelle de valeurs. Notre pauvreté est notre richesse (Mt 5,1), notre faiblesse notre force (2 Co 12,10). Pour gagner, il faut perdre ; pour vivre, mourir.

C’est la logique de l’Amour. Le Royaume est le Royaume de l’Amour. Pour être à son aise dans ce pays merveilleux il faut avoir la simplicité d’un enfant, l’humilité sans retour, la dépendance confiante d’un enfant, la joie, le cœur d’un enfant, d’un enfant né de Dieu, fils du Père. « En vérité, je vous le déclare, dira Jésus plus loin dans l’évangile, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Celui-là donc qui se fera petit comme cet enfant, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux. » (Mt 18,3-4)

Aujourd’hui nous fêtons sainte Luce, sainte Lucie, nous fêtons sainte Lumière. Aussi, lorsque nous sommes dans l’obscurité comme Jean-Baptiste, lorsque le doute nous assaille, lorsque nous cherchons une lumière pour éclairer notre nuit, lorsque nous crions vers Jésus « Es-tu bien celui qui doit venir ? Es-tu bien le libérateur ? Es-tu bien le sauveur ? », pensons à la lumière de l’étoile sur la crèche. Pensons à la croix qui se profile à l’horizon. C’est bien Jésus qui s’est fait le plus petit. C’est bien lui qui a pris la dernière place. Il ne nous regarde pas de haut. Il est venu nous chercher au plus bas. C’est donc bien lui l’Amour incarné. C’est bien lui notre Sauveur.

 

 

 

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 

 

 

 


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