Passage de témoin(s) au sanctuaire Notre-Dame du Laus

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Une foule de 2000 pèlerins venus des différents doyennés du diocèse et de plus loin encore s'était rassemblée au sanctuaire Notre-Dame du Laus le dimanche 5 septembre pour fêter la Nativité de la Vierge Marie, fête normalement célébrée le 8 septembre mais aussi anticipée au dimanche qui précède au sanctuaire.

L'occasion pour Mgr Jean-Michel di Falco Léandri de remercier le Père Robert Guillot qui retourne dans son abbaye de Ganagobie et surtout le Père Bertrand Gournay pour ses six années comme recteur au service du sanctuaire et des pèlerins.

L'occasion aussi d'accueillir le nouveau recteur en la personne du père Ludovic Frère et de présenter les nouveaux arrivants.

Un passage de témoin émouvant par un évêque et des prêtres témoins des grâces du Laus !

 

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La foule se rassemblant pour la messe devant le podium

 

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Le Père Bertrand Gournay
et le Père Ludovic Frère

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
pendant la procession d'entrée

  

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Pendant l'offertoire Avec les enfants durant le Notre Père

 

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 Mgr René Combal, ancien recteur et toujours chapelain,
mémoire vive du sanctuaire,
remercie le Père Bertrand Gournay
 Mgr Jean-Michel di Falco Léandri remercie
le Père Bertrand Gournay et le Père Robert Guillot

 

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 Séance de dédicace pour notre évêque et "Les Prêtres"  Un week-end qui était aussi un "week-end des familles"

 

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 Salut du Saint-Sacrement dans l'après-midi...
... et procession de la statue de Notre-Dame de Grâces

 

 

 Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
(pour la version texte, voir plus loin, ci-dessous)

 

 

Remerciements de Mgr René Combal 

 

 

Remerciements du Père Bertrand Gournay

 

Remerciements du Père Ludovic Frère

 

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Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Nativité de la Vierge Marie

Sanctuaire Notre-Dame du Laus

Dimanche 5 septembre 2010

 

 

« Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères. » Un homme est né, a grandi, a engendré, a vieilli, est mort. Son fils a engendré lui aussi, avant de mourir lui aussi. Et ainsi se perpétue l’espèce humaine depuis la nuit des temps. Rien de différent au premier abord de ce qui se passe pour les autres espèces animales ou végétales. Les uns meurent pour laisser la place aux autres. L’espèce survit aux individus, qui eux naissent, vivent et meurent.

 

Pour vous, parents rassemblés aujourd’hui avec vos enfants pour cette fête des familles, vous le savez, vos enfants vous succéderont, puis les enfants de vos enfants, et ainsi de suite, alors que vous ne serez que poussière depuis longtemps. Pour moi, évêque de Gap et d’Embrun, un autre évêque me succèdera, comme j’ai moi-même succédé à mon prédécesseur. Ainsi se perpétue la succession apostolique depuis le temps des apôtres. Aujourd’hui, à Notre-Dame du Laus, un recteur succède à un autre recteur, le Père Ludovic Frère succède au Père Bertrand Gournay, comme il en a été depuis l’origine du sanctuaire.

 

Shakespeare le disait de manière plus poétique, mais cela revient finalement au même : « Le monde entier est une scène, / Hommes et femmes, tous, n’y sont que des acteurs, / Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties. »

 

Ainsi va la vie. Ainsi va le monde. Cette vision, faite de mêmes phénomènes qui se répètent, est vraie. Mais ne serait-elle pas un peu réductrice ? Pour nous chrétiens, elle apparaît en tout cas comme insuffisante.

 

La fête d’aujourd’hui nous invite à porter un regard différent sur l’histoire des hommes, sur l’histoire de l’Eglise, sur l’histoire du Laus, sur notre propre histoire personnelle. Elle nous invite à y voir autre chose qu’une histoire qui ne serait faite que d’une succession de vies et de morts.

 

Nous fêtons aujourd’hui la venue d’une fille au foyer d’Anne et de Joachim. Nous fêtons la naissance de Marie. Cette naissance, nous a dit une prière de ce jour, a fait « lever sur le monde l’espérance et l’aurore du salut. »

 

L’aurore qui s’est levée ce jour-là sur l’univers n’était pas comme les autres aurores. Il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais de semblables. Cette aurore est unique car elle vient rompre le cercle répétitif du temps pour l’ouvrir et en faire une spirale orientée vers l’infini. Avec la naissance de Marie se lève sur le monde l’aurore du salut, l’aube d’un jour nouveau, l’aube d’un jour sans fin et sans déclin.

 

On pourrait penser que notre foi prône deux ordres de réalités. D’un côté les réalités éternelles qui jamais ne commencent ni ne finissent. De l’autre les réalités éphémères qui un jour commencent et un jour finissent. Beaucoup de croyants voient les choses ainsi. D’un côté ce qui ne meurt pas. De l’autre côté ce qui meurt. D’un côté, Dieu. De l’autre côté, nous. Dieu dans son monde à lui. Nous dans le nôtre. Dieu là-haut. Nous ici-bas.

Mais notre foi en Dieu incarné en Jésus-Christ nous ouvre à un troisième ordre de réalités : les réalités qui un jour commencent et qui jamais ne finissent. La fête d’aujourd’hui est de cet ordre-là.

 

Un jour dans le temps Marie a été conçue et est née. Dieu a ainsi préparé pour son Fils « une mère digne de lui ». Et cette prérogative demeure dans l’éternité où elle est entrée en son âme et en son corps au jour de l’Assomption.

Un jour dans le temps a eu lieu l’Incarnation du Fils de Dieu. La Vierge qui devait concevoir a mis au monde un fils. Et rien jamais ne pourra séparer la nature divine de la nature humaine désormais unies dans le Christ.

Un jour dans le temps Jésus est mort sur la croix. Et comme le dit l’épître aux Hébreux, « il n’a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien. »

Un jour dans le temps a eu lieu l’événement de la Résurrection et de l’Ascension. Et ce fait, loin d’être de la part du Christ une évasion de notre condition humaine, est plutôt la garantie de le rejoindre un jour dans la gloire.

 

Jésus nous a ouvert un chemin. Et ce qui est vrai pour lui est vrai pour nous. Rien de ce que nous donnons dans le temps n’est perdu dans l’éternité. Rien de ce qui a été fait de bien ici-bas ne sera détruit là-haut. Toute pierre que nous apportons à l’édification du règne de Dieu se trouvera un jour consolidée.

 

Les évangiles des dimanches de ce mois d’août nous le rappelaient. Jésus disait à celui qui a amassé pour lui-même « Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. » Aurait-il dit cela s’il n’y avait rien après et si nos actes d’aujourd’hui n’avaient aucun incidence sur nous plus tard ? Jésus nous exhortait à « confectionner une bourse qui ne s’use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas. » Aurait-il dit cela s’il n’y avait pas un lien entre ce que nous bâtissons dans le temps et ce que nous trouverons dans l’éternité ? Jésus nous invitait à passer par « la porte étroite ». Aurait-il parlé de « porte » pour une ouverture donnant sur rien ?

 

Ainsi donc, tout n’est pas caduque, destiné à disparaître. Bien au contraire, certaines réalités demeureront à jamais et sont à faire fructifier dès à présent. C’est pourquoi, s’il est légitime pour vous, parents, d’espérer pour vos enfants une réussite sociale, professionnelle et affective, vous avez à espérer pour eux de réussir « en vue de Dieu ». S’il a été légitime pour nous, prêtres, d’avoir lancé le CD Spiritus Dei dans l’espoir de récolter des fonds pour Madagascar et Notre-Dame du Laus, c’est une bien plus belle récompense pour nous de voir des cœurs meurtris se trouver pacifiés, reprendre espoir, croire à nouveau à un amour possible. S’il est normal pour le diocèse d’envisager des travaux au Laus suite aux nouveaux besoins nés de la reconnaissance des apparitions en 2008 et de la reconnaissance des vertus de Benoîte en 2009, il est primordial de le faire avec à l’esprit le bien spirituel des pèlerins.

 

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Dieu est fidèle. Son amour est fidèle. Notre Dieu est le Dieu d’une alliance irrévocable. Ce qu’il a donné une fois pour toutes, il ne le reprend pas. Aucun retour en arrière n’est possible de sa part. Il est l’Emmanuel, « Dieu-avec-nous », et il restera avec nous quoi qu’il advienne. Les temps qui nous paraissent des temps d’abandon ne sont en fait que des éclipses, des temps où le soleil disparaît alors qu’il brille toujours autant.

 

« Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, […] après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter. » Et ce jour est venu. Marie à Bethléem a enfanté Jésus. Ce délaissement apparent de Bethléem dans les temps qui ont précédé la naissance du Christ n’a été qu’une éclipse dans son histoire. Le sanctuaire du Laus aussi a pu connaître des temps de délaissement, des éclipses. La plus terrible et la plus emblématique a certainement été celle du vivant de Benoîte, lorsque suite à son exil à Marseille en 1692, à l’approche des troupes savoyardes, elle retrouva le Laus désolé et dévasté et qu’elle subit ensuite, des années durant, l’opposition des jésuites d’Embrun. « L’éclipse du Laus », c’est bien ainsi que le chanoine Gaillard avait baptisé cette période.

 

Oui, le Laus a connu des éclipses et en connaîtra d’autres, mais toujours ce lieu a été fort de la promesse de fidélité de Marie à son égard, fidélité si magnifiquement exprimée dans ces deux paroles que vous connaissez bien. La première : « J’ai demandé le Laus à mon Fils pour la conversion des pécheurs et Il me l’a octroyé. » La seconde : « Le Lausest l’ouvrage de Dieu. Ni l’homme, ni le démon ne sauraient le détruire, il subsistera jusqu’à la fin du monde. »

 

Est-ce à dire alors qu’assurés de la présence aimante et indéfectible de Marie en ce lieu nous n’ayons rien à faire ? Détrompons-nous. L’action des recteurs successifs le prouve. Certes Marie aime le Laus d’un amour trop absolu, trop irrévocable, pour ne pas lui garder son amour, même dans la faiblesse ou l’infidélité de ses serviteurs, de ses prêtres, de ses salariés, de ses bénévoles, et de son évêque aussi bien sûr. Mais tout ce que Dieu accomplit pour nous, il ne l’accomplit pas sans nous. Aussi Dieu nous demande-t-il notre coopération. Il attend quelque chose de nous. Dans un monde en mutation, il nous appartient de discerner l’avenir ouvert par Dieu et d’y prendre une part active. « Il ne suffit pas que nous ayons été créés, que nous soyons nés, que nous ayons été faits fidèles, disait Péguy, […] il faut, il dépend de nous […] que l’éternel ne manque point de temporel, […] que Dieu ne manque point de sa création. C’est-à-dire il dépend de nous que l’espérance ne mente pas dans le monde. »

 

Coopérer à l’œuvre de Dieu, discerner l’avenir ouvert par lui et y prendre part, être pour le monde une espérance, cela demande de notre part une grande disponibilité du cœur et de l’esprit, une grande disponibilité aux injonctions de l’Esprit Saint. Cela demande aussi de nous d’être à l’écoute de Marie, seule vraie maîtresse en ce lieu, d’être à l’écoute de ses appels, des appels aussi doux et discrets que ses parfums, mais également aussi forts et pressants qu’eux.

 

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« Partir, c’est mourir un peu » dit-on. C’est vrai. Mais tout départ est aussi un commencement. Et lorsque Dieu dit un jour à Abraham « quitte ton pays », ce n’était pas la mort qu’il lui proposait, mais la possibilité d’entrer dans ses vues pour accomplir son dessein d’amour. Dans toutes les circonstances de la vie, répondre à l’appel de quitter, de partir, c’est répondre à un appel à construire, à édifier et à bâtir selon Dieu. C’est ainsi que des enfants quittent père et mère pour bâtir un nouveau couple. C’est ainsi que des prêtres acceptent une nouvelle mission. Ces ruptures nécessaires viennent briser le cercle de nos habitudes, nous ouvrir encore davantage. La petite mort que nous pouvons ressentir alors n’est pas une vraie mort. Elle est un émondage. Elle est un appel à porter encore plus de fruits.

Nous pouvons remercier le Père Ludovic Frère d’avoir répondu positivement à ma demande de quitter les paroisses de Saint-Roch et de Neffes, auxquelles il est encore très attaché, pour devenir le nouveau recteur de ce sanctuaire. Nous pouvons remercier le Père Bertrand Gournay d’avoir accepté d’être le nouveau curé de Briançon, lui qui a beaucoup donné à ce sanctuaire et qu’il continuera à porter dans son cœur et sa prière. L’un et l’autre ne sont pas avant tout curés ou recteurs, ils sont prêtres au service de l’annonce de l’Evangile, et nous les remercions de se laisser émonder pour porter encore plus de fruits, alors même qu’ils ont déjà tant donné.

 

Aujourd’hui quelque chose de nouveau commence pour ces deux prêtres et pour plusieurs autres avec eux. Aujourd’hui l’année scolaire commence pour vous, parents et enfants, pour vous aussi, séminaristes. Un jour viendra où tout le bien que nous aurons fait dans notre vie sera consolidé. Nous vivrons alors « en sécurité, car désormais la puissance du Christ s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre, et lui-même, il sera la paix ! » Ce jour-là, tout ce qui est pourri et mortel disparaîtra, tout ce qui est vie resplendira. L’aurore sera loin. Le salut sera à son zénith. « La nuit n’existera plus. » Nous n’aurons « plus besoin de la lumière d’une lampe ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu lui-même nous illuminera. »

En attendant, il nous appartient de hâter ce jour. Nous attendons le jour du retour du Christ dans sa gloire, l’achèvement de l’œuvre de salut dont nous célébrons l’aurore aujourd’hui, mais nous avons à hâter ce jour par nos œuvres de justice, d’amour et de paix au quotidien. Retroussons donc nos manches et œuvrons ensemble, nourris du nécessaire que notre Père ne manque pas de nous donner, et en premier lieu du Pain vivant, du Christ en son eucharistie.


+ Jean-Michel di Falco Léandri
Evêque de Gap et d'Embrun

                                                                                                

 

 

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