Messe à l'Adret dans le cadre de la Semaine bleue : "Avez-vous réussi votre vie ?"

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

A l'occasion de la Semaine bleue, semaine nationale des retraités et des personnes âgées, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri est venu célébrer la messe à l'Adret vendredi 22 octobre en présence de patients résidents des unités de gériatrie du CHICAS, de membres de leurs familles et de membres du personnel.

En raison du thème de la semaine, "A tout âge : acteurs, proches et solidaires", des animateurs et des jeunes de la Pastorale des Jeunes étaient aussi présents, avec leurs voix et leurs instruments.

 

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  Des membres du personnel ayant accompagné
patients et résidents pour la célébration
  Mgr Jean-Michel di Falco Léandri saluant
au début de la célébration

 

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  Soeur Thérèse, des soeurs de La Salette,
délivrant son mot d'accueil
  Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
et une partie de l'assemblée

 

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  De gauche à droite : Elisabeth Guy,
déléguée diocésaine à la Pastorale de la Santé,
Elisabeth Fortoul,
aumônier du site Muret (hôpital) à Gap
(bientôt remplacée par Rachel Gertoux)
et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

  Collation après la célébration eucharistique




 

 

Ci-dessous, l'homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 

Chers amis,

Les lectures que nous venons d’entendre sont celles de dimanche prochain. Elisabeth Guy, déléguée diocésaine à la Pastorale de la Santé, a proposé que ce soit celles pour la messe d’aujourd’hui. J’ai accepté sans hésité tant elles m’ont touché lorsque je me suis vu les entendre ici, au milieu de vous. Vous, jeunes dans la force de l’âge qui animez cette messe, vous, personnes d’un bien grand âge, pensionnaires ou hospitalisées ici, et vous, personnel administratif et soignant à leur service.

Jeunes, allez-vous réussir votre vie ? Et vous autres, personnes âgées, avez-vous réussi votre vie ? Et vous, personnel de l’Adret, dans ce métier de service, êtes-vous en train de réussir votre vie ?

Réussir sa vie…. Qu’est-ce donc que réussir sa vie ? Puis-je la réussir alors que j’ai le sentiment d’avoir tout raté jusque-là ? Suis-je vraiment un être humain avec toute ma dignité d’être humain alors que je me sens méprisé, mis de côté ? Voyons l’éclairage de Jésus sur ces questions.

Voici que Jésus présente d’un côté un pharisien. C'est un homme intègre dans ses affaires et avec sa femme. Il n’est ni voleur, ni injuste ni adultère. Mieux encore il donne un dixième de tout ce qu’il gagne. Ah oui, voilà un homme qui a réussi ! Non seulement il a réussi dans la vie, mais il a réussi sa vie ! Et pourtant Jésus dit de ce pharisien qu’il sortit du Temple sans être justifié, sans avoir trouvé grâce aux yeux de Dieu.

Oui, cet homme a, semble-t-il, réussi sa vie. Mais la vraie question qui se pose c’est bien de savoir s’il est dans le vrai. La vraie réussite, c’est d’être dans le vrai, ajusté à Dieu. Et la question que je me pose devant une telle attitude arrogante et fière et sûre de soi, c’est : réussira-t-il sa mort ? S’il se suffit à lui-même à ce point, réussira-t-il à dépendre des autres ? Réussira-t-il à s’en remettre à Dieu ? A s’abandonner entre ses mains ?

De l’autre côté, voici dans cet Evangile un homme qui se reconnaît pécheur. Il a tout raté celui-là. En tout cas il est convaincu d’avoir tout raté. Il se tient à distance et n’ose même pas lever les yeux au ciel. C’est un publicain. C’est un juif agent de la perception des impôts pour les Romains. Il a un travail méprisable. Il travaille pour l’occupant. Il fraude et s’enrichit aux dépens de ses concitoyens. Et pourtant c’est lui qui réussit son examen devant Jésus ! Il sort du Temple justifié. Aussi me dis-je en le voyant : vraiment, c’est lui qui est en bonne voie pour réussir le Grand passage de la mort. En reconnaissant ses torts, son cœur ne peut que s’ouvrir à l’accueil du pardon de Dieu.

Beaucoup d’entre vous ont dû soit lire L’Eau des collines de Marcel Pagnol, soit voir au cinéma ou à la télévision Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri. Où est la réussite de César Soubeyran, dit le Papet ? Dans l’extension possible de ses terres depuis la mort et la ruine de Jean de Florette ? Dans la perspective de marier enfin son neveu Ugolin avec Manon afin que son nom et le respect porté à sa famille puissent perdurer ? Ah, le Papet réussit bien, manipulateur et calculateur comme il est, avec l’argent et le pouvoir comme moteurs de son existence ! Mais tout lui saute à la figure le jour où il apprend la terrible vérité. Sa vraie réussite aura finalement été de se laisser ébranler par la déflagration de la vérité, de retrouver l’amour qui l’a habité dans sa jeunesse, d’ouvrir son cœur et de mourir en paix avec sa conscience.

Permettez-moi un autre appel à la littérature, à Jean Giono cette fois, dans Mort d’un personnage, un roman construit à l’image de la vie, avec un dépouillement progressif, depuis l'énorme Marseille grouillante du début à la vieille grand-mère s'éteignant doucement dans sa chambre à la fin. Dans ce roman, la noble Pauline de Théus attend la mort dans une maison pour aveugles. Survient Angelo, son petit-fils, de retour après des années passées loin de Marseille. Il retrouve une grand-mère méconnaissable. Pauline de Théus, sans faiblesses ni défauts du temps de sa gloire passée, s’accroche maintenant de toutes ses forces, avec une âpreté farouche, égoïste et laide, au peu qui lui reste d’existence. Mais Angelo apprend à l’aimer, même ainsi transformée. Et c’est par tous les petits soins quotidiens qu’Angelo découvre ce grand amour. Voici ce qu’il en dit : « Il ne s’agissait plus de l’aimer pour ce qu’elle me donnait ; il s’agissait de l’aimer pour lui donner. Il fallait la voir de façon très objective pour pouvoir, précisément, faire exactement les choses indispensables à son bonheur. C’était ça, l’amour. Que c’était difficile ! […] Ce qui m’aida […] ce fut ce squelette sous parchemin : ces deux cotylédons d’os iliaques, ces cavités pelviennes dans lesquelles la peau s’enfonçait et dont il fallait que je nettoie le fond avec de petites houppes de coton, ce pubis rocheux, ce sexe ruiné sous des herbes blanches. »

Chers jeunes, nos aînés ne sont pas méprisables. Faites l’apprentissage avec eux, comme Angelo avec sa grand-mère Pauline, de l’amour vrai ! Notre société ne présente plus guère un amour vécu dans les petites choses du quotidien, un amour dans la durée. Mais les circonstances de la vie vous y amèneront. Notamment quand l’heure viendra du départ de vos parents.

Chers aînés. Vous pouvez vous sentir mis de côté, abandonnés comme le publicain de l’Evangile l’était. Mais Dieu voit votre cœur. « Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli, et sa prière parvient jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées. » Soyez donc comme ce pauvre publicain de l’Evangile, et remettez-vous avec confiance pour le présent entre les mains d’un Dieu qui vous aime plus que vous ne le supposez. Foutez-vous du passé, comme disait Edith Piaf, car vos vies, car vos joies, commencent aujourd’hui avec Lui.

Chers membres du personnel. Merci pour la manière dont vous exercez votre métier. Merci pour votre service. Que vous sachiez rester attentifs aux besoins de chacun. C’est ça l’amour vrai. Il n’est pas dans le geste mécanique. Il est dans une approche à chaque fois particulière, à chaque fois unique, pour accompagner l’autre jusqu’au bout du chemin.

 

                                                                

+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI
Evêque de GAP et d’EMBRUN

   

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Monique Mayné 26/10/2010 13:12



Merci pour cette belle homélie.


Elle me touche tout particulièrement car Dieu m'a donné la possibilité d'accompagner ma maman (décédée en avril à 99 ans) dans les dernières années de sa vie, de lui consacrer tout mon temps
et mon amour.


Monique Mayné.