Le Jeudi Saint à la cathédrale de Gap

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Dans la soirée de ce jeudi 21 avril, les catholiques étaient rassemblés pour commémorer le dernier repas du Christ avec ses apôtres. Voici quelques photos de la célébration dans la cathédrale de Gap présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Le père Jean-Michel Bardet a prononcé l'homélie en partant de l'actualité : la destruction à Avignon du "Piss Christ", du photographe américain Andres Serrano. (Texte de l'homélie ci-dessous, après les photos). 

 

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2029 2011-04-21-Jeudi-Saint 2046

Une assemblée nombreuse.

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2036Procession d'entrée. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri salue les uns et les autres.

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2044La chorale.

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2057Le Père Jean-Michel Bardet durant l'homélie
(texte plus loin)

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2067Tout comme le Christ l'a fait pour ses apôtres,
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lave les pieds de ses prêtres en signe de service.

 
"Si donc moi, dit Jésus, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds,
vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez,
vous aussi, comme j'ai fait pour vous."
 

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2077Prêtres et diacres font de même pour d'autres fidèles.

 

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2089 Doxologie de la prière eucharistique.

 

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2097Communion par intinction (hostie trempée dans le calice) :
"Le Corps et le Sang du Christ."
"Amen !"

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2103La réserve eucharistique sur l'autel, après la communion.

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2112La procession de la réserve eucharistique au reposoir
et les enfants du catéchisme.

 

 

2011-04-21-Jeudi-Saint 2116 Les hosties consacrées sont déposées au reposoir pour une adoration de toute la nuit.

 

 

 

Homélie du Père Jean-Michel Bardet

Doyen du Gapençais

 

 

Je ne vous parlerai ce soir ni de transsubstantiation, ni des « espèces eucharistiques »…

Non ! Je vais en rester à de basses considérations d’actualité…

 

Il y a, depuis quelques jours, un événement agitant le monde chrétien, dans une ville assez proche de chez nous où jadis quelques papes avaient trouvé refuge en des périodes déjà bien troubles, douloureuses, difficiles.

 

Je devrais peut-être préciser « un » monde chrétien, tant il est vrai que la chrétienté est composée d’une importante diversité bien contrastée.

 

Une œuvre d’art, dit-on, fait scandale en Avignon. Son exposition fait « trébucher » (selon l’étymologie du mot scandale) un certain nombre, provoquant de violents comportements, de virulentes manifestations, exacerbant sans doute de profondes souffrances.

 

Un crucifix, plongé dans de l’urine…

 

Plusieurs questionnements peuvent traverser notre esprit :

 

Y aurait-il volonté, de la part d’un homme, de mépriser la foi chrétienne et ses fidèles en associant ces symboles de façon abjecte ? 

Y aurait-il une volonté, de la part de cet homme, de pousser à la violence des sensibilités, des identités meurtries et douloureuses, au moment d’un débat bien peu fécond sur la laïcité ?

Y aurait-il une volonté, chez cet homme, de provoquer les sens et la réflexion de ses contemporains, qu’ils soient chrétiens ou non ?

Ou simplement exprime-t-il par son œuvre, son propre cheminement, sa propre réflexion ?

 

Bien des éléments dans cette actualité sauraient nous « scandaliser », en particulier l’usage d’une violence, d’où qu’elle vienne, qui ne permet plus à l’intelligence et à la sagesse de venir éclairer des réalités.

 

Pourtant, le scandale peut toujours permettre une possibilité d’ouvrir des chemins de compréhension. Souvenons-nous comment la vision de la Croix en elle-même a été objet de scandale pour les premiers chrétiens ; et comment ils ont pu l’adopter comme signe de reconnaissance en allant y chercher plus profondément le sens, au-delà de l’insupportable souvenir de la mort de leur Messie - souvenir qui heurtait leur mémoire, au-delà de ce signe incompréhensible que Le Messie puisse se laisser soumettre au rang des condamnés à mort, au-delà sans doute aussi de l’odeur de la mort du supplicié pourtant Fils de Dieu.

 

Je vous prie de m’excuser d’entrer par ces considérations au cœur de la célébration de la Sainte Cène. Cependant, ceci me permet de partager avec vous deux choses :

 

La première est que, depuis le mystère de l’incarnation, chaque être humain devient Sacré. Chaque homme, chaque femme, devient temple de l’Esprit-Saint et lieu de la rencontre entre Dieu et la Création.

Malheureusement, combien de vieillards grabataires dans nos sociétés dites civilisées sont encore laissés, négligés, quelquefois abandonnés dans leurs urines pendant de longues heures nocturnes. Combien d’enfants sont livrés à une prostitution écœurante. Combien de situations humaines dégoûtantes sont engendrées par des façons de vivre, communautaires et individuelles, où la suffisance de certains vient broyer et salir la fragilité et l’innocence de celles et ceux qui sont pourtant… des frères.

 

 

La deuxième chose, qu’il nous faut peut-être nous redire, c’est que Dieu n’est pas venu nous sauver en « blanche tenue »,  telles que nous les arborons ce soir.

Le Christ a mis les mains dans la boue (pour ne pas dire autre chose), comme certains de ses disciples nous le rappellent encore aujourd’hui avec bonheur, en portant à bras-le-corps l’humanité de leurs frères souffrants, quelquefois décharnés et repoussants.

Il y a peut-être, au regard de tout cela, une imagerie chrétienne doucereuse qui devrait, elle aussi, nous scandaliser, tant elle nous éloigne des réalités charnelles et cruelles de cette histoire d’Alliance entre Dieu et l’humanité.

 

Mais revenons à la Passion de Celui dont il est dit aujourd’hui :

 

« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout… »

 

Dans ce « jusqu’au bout », comment ne pas sentir déjà l’odeur de sang du condamné molesté, frappé, humilié, de l’innocent crucifié…

 

« Il les aima jusqu’au bout… »

 

Deux phrases encore, entendues et glanées ces jours derniers. Elles disent sans doute la même chose, à leur façon.

Celle-ci : « la fin ne justifie pas les moyens ».

Et celle-ci : « on n’ouvre pas une fleur avec les doigts ».

 

Il est ô combien tentant quelquefois, de vouloir sauter des étapes. Nous aimerions, nous désirons un monde meilleur, une paix juste et joyeuse entre nations, entre familles, entre frères… Oui ! bien sûr ! Mais la tentation est grande (et nous y succombons souvent dans notre impatience de bien faire, de mieux faire), la tentation est grande d’utiliser alors de ces moyens radicaux, de ces violences que l’on justifie toujours d’une façon ou d’une autre : quelque droit d’ingérence, quelque cause nationale, internationale, quelque autre urgence ou raccourci qui font malheureusement l’économie… de l’essentiel, et couvrant en fin de compte d’éthiques solennelles, des intérêts bien égoïstes.

 

Avec le Christ, aucun de ces raccourcis ne sauraient se justifier. Son exigence d’Amour ne peut supporter que les moyens à mettre en œuvre ne soient pas habillés de la même étoffe que celle de la fin recherchée, au prix d’ailleurs d’humiliations, de crachats…

 

La finalité, pour Dieu, justifie les moyens ; et il en met le prix !

« A la fin du repas, il se lève de table… verse de l’eau…

…se met à laver les pieds de ses disciples…

…Comprenez vous ce que je viens de faire ?... »

 

Toute la vie du Christ est habité par ce geste : de sa naissance à la crèche jusqu’à sa colère au milieu des marchands du temple ; de son entretien avec la Samaritaine jusqu’à la rencontre du jeune homme riche ; de son regard sur la femme adultère jusqu’à ses larmes au tombeau de Lazare ; de son dernier soupir s’abandonnant au Père jusqu’à la gloire de sa résurrection.

 

Tout de sa vie est abaissement, au pied de notre humanité ; et cela par Amour.

 

Aussi, derrière le sang de sa Passion se cache le sens qu’indique l’Amour, un Amour infini. Derrière ce genou plié au pied de ses disciples se cache le Don de tout son être, par Amour, un Amour infini.

Alors, à ceux qu’Il appelle maintenant ses amis, il confie de faire de même, en mémoire de Lui, afin que, par Amour, chaque être puisse croître et trouver le chemin avec Lui, en Lui, de ce salut offert qu’il faut savoir accueillir dans Son humilité.

 

Non ! « Une fleur ne s’ouvre pas avec les doigts »

Seul cet Amour reçu laisse s’épanouir ce grand fruit du désir de Dieu : l’Homme vivant et relevé, ce qu’il nous faut devenir, les uns avec les autres.

 

Et c’est à son Autel que nous viendrons trouver cette nourriture, que nous viendrons recevoir cette onction des plus précieuses : sa Présence, comme un baume qui guérit, comme un Pain qui rassasie, comme un Sang qui purifie.

C’est ainsi qu’il nous fait vivre, nous relève, et nous fait devenir ensemble, un pain de vie pour le monde d’aujourd’hui : un pain pétri de nos larmes, de nos peurs, de nos aspirations, de nos espoirs, de nos angoisses, de nos faiblesses,… mais un pain où le levain est celui de sa Pâque : un Amour infini.

 

 

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Monique Mayné 23/04/2011 09:54



Je viens de lire l'homélie du Père Jean-Michel Bardet prononcée lors de la célébration du Jeudi Saint à la Cathédrale de Gap.


C'est une très belle homélie... qui nous touche au plus profond de notre coeur, là où se trouve l'Amour infini ... l'Amour infini ...


Merci !


Monique Mayné - Embrun