Le Conseil général inaugure son « site Saint Louis » à Charance, dans l'ancien Petit Séminaire du diocèse

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Ce 9 septembre 2011, après des travaux de réhabilitation, le Conseil général des Hautes-Alpes a inauguré son « site de Saint-Louis » par Patrick Ollier, Ministre chargé des Relations avec le Parlement, Jean-Yves Dusserre, Président du Conseil général, en présence de Francine Prime, préfète des Hautes-Alpes, et de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun.

 

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Photo officielle de l'inauguration du 9 septembre 2011

 

A cette occasion, Jean-Yves Dusserre remettait à Patrick Ollier, à Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et aux Prêtres la médaille du Conseil général.

 

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 Jean-Yves Dusserre
remet la médaille du Conseil général
à Mgr Jean-Michel di Falco Léandri,
pour tout ce que "Les Prêtres" apportent
comme notoriété au département des Hautes-Alpes
 
Jean-Yves Dusserre remet la médaille du Conseil général
au Père Jean-Michel Bardet,

représentant le groupe "Les Prêtres" en absence excusée
pour l'occasion du Père Charles Troesch
et de Joseph Dinh Nguyen Nguyen

 

Ci-dessous, un extrait des discours de Jean-Yves Dusserre et de Patrick Ollier, un aperçu sur l'histoire mouvementée du séminaire et un extrait du récit de l'inauguration du Petit Séminaire en 1924 paru dans le bulletin diocésain de l'époque.

 

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Extrait du discours de M. Yves Dusserre
Président du Conseil général des Hautes-Alpes

 

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 Jean-Yves Dusserre durant son discours.

De gauche à droite, Pierre Bernard Reymond, ancien ministre et sénateur, Roger Didier, maire de Gap, Francine Prime, préfète, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, Jean-Yves Dusserre, Président du Conseil général, Patrick Ollier, ministre chargé des Relations avec le Parlement, Henriette Martinez et Joël Giraud, députés.

« […] Aujourd’hui mon Cabinet a quelque peu dérogé aux règles de grande modestie qui ont caractérisé les manifestations officielles depuis mars 2008. Il s’agit en effet d’un acte symbolique pour toute notre assemblée, pour tous les collègues élus, pour l'institution et pour ce qu'elle représente auprès des 135 000 Haut-Alpins ; c'est la concrétisation du service public, c'est la notion de service aux Haut-Alpins qu'on honore aujourd'hui.

Il faut dire aussi que l'acquisition et la rénovation du « petit séminaire », comme certains Gapençais le nomment encore aujourd’hui, dont la construction a débuté en 1913 pour s’achever en 1924, est le fruit d'une histoire, d'un contexte particulier qui méritent d'être soulignés.

Monseigneur di Falco Léandri, merci pour la transaction réalisée entre le diocèse et le conseil général ! C'est non seulement le bâtiment lui-même qui a été acquis par le département, mais l'ensemble de la propriété avec ses quatorze hectares. Un des plus beaux emplacements de la ville comme se plaît à le répéter Monsieur le Maire de Gap, notre ami Roger Didier.

Je salue l'initiative de mon prédécesseur Auguste Truphème et de sa majorité d'avoir mis en œuvre ce projet qui pouvait ressembler à un pari difficile mais qui a été tenu.

Dans la continuité républicaine qui sied au bon fonctionnement de nos institutions, nous avons mis en œuvre ce projet.

 

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L'architecte, Jérôme Voutier,
présente les travaux de réfection

Certes nous l’avons revu à la baisse, difficultés financières obligent, mais pour autant 3 000 m2 ont été aménagés sur les 4 000 m2 de surface utile. Sous la conduite de l’architecte Jérôme Voutier, la Direction de l’Education et des Bâtiments et le service constructions du Conseil général ont imaginé une réhabilitation fonctionnelle, qui prenne en compte tout à la fois les attentes de nos personnels, des usagers dont les personnes handicapées, puisque je vous rappelle que l’accès au bâtiment se fait par une seule et même entrée, là, sur la façade sud.

Une réhabilitation qui a conservé le cachet initial de ce bâtiment voulu par les architectes de l’époque Chaudier et Bouhant. Il était important pour nous de réussir cette opération car ce bâtiment fait partie du patrimoine haut-alpin, il est chargé d'histoire et s'il n'a pas une valeur architecturale particulière, il a une valeur symbolique forte qu'il s'agissait de préserver.

Le fait qu'il reste un édifice public était pour vous important, je le sais, Monseigneur ! Il fallait garder l'esprit de ce lieu, empreint de calme, de sérénité, ce lieu propice à la réflexion, à la méditation, où nous pourrions facilement imaginer Saint Louis rendant justice au pied d’un… platane, car je crois qu’il n’y a pas de chêne dans ce parc dont l’aménagement sera réalisé en 2012 !

Dans ce lieu où ont été pensionnaires des générations de Haut-Alpins - et je salue ici les représentants de l'association des anciens élèves - qui pourront vous faire partager de nombreux souvenirs et de nombreuses anecdotes liées notamment aux conditions d’accueil d’hébergement d’une autre l’époque… »

 

 

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  Patrick Ollier durant son discours,
aux côtés de Jean-Yves Dusserre

Extrait du discours de M. Patrick Ollier
ancien député des Hautes-Alpes
Ministre chargé des Relations avec le Parlement

 

« Il y a quelques semaines, mon ami Jean-Yves Dusserre m’a proposé de venir dans les Hautes-Alpes pour inaugurer les nouveaux locaux du Conseil général, ancien foyer Saint-Louis qui appartenait à l’Archevêché, qui sont chargés d’Histoire et de spiritualité. Je ne doute que cela rende plus sereine les réunions du Conseil général auxquelles, à une époque, j’ai participé.

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 Patrick Ollier et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Je suis heureux que cette inauguration ait lieu en présence de Monseigneur di Falco Léandri, promoteur et initiateur d’un projet musical extraordinaire… J’ai d’ailleurs eu le plaisir, grâce à toi Jean-Yves, de découvrir le CD "Spiritus Dei" que j’écoute avec bonheur.

Maintenant, un deuxième est sorti, félicitation aux Pères chanteurs !

C’est donc avec une grande joie que j’ai répondu favorablement à cette invitation. »

 

 

 

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Retour sur une histoire mouvementée

 

En décembre 1906, suite à la loi de séparation de l’Église et de l’État, les divers bâtiments du diocèse sont confisqués sans aucune indemnité ni compensation. Ainsi le diocèse est-il « spolié » (car ainsi le vivent et l'expriment les catholiques à l'époque) de son évêché à Gap (à l’actuel emplacement du Conseil général, place Saint Arnoux), de son grand séminaire à Gap (à l’angle de la rue du colonel Roux et de la place Jules Ferry) et de son petit séminaire à Embrun.

On s’installe alors où l’on peut. La maison de l’aumônier des sœurs de la Providence devient l’évêché. Quant aux séminaristes, petits et grands, ils naviguent de maison en maison, dans le diocèse de Digne, puis à Serres, puis au Laus. Le provisoire laisse enfin la place à du définitif avec la construction d'un nouveau petit séminaire à Saint-Louis de Charance, inauguré en 1924, et d'un nouveau grand séminaire à l’Adret, inauguré en 1931.

 

Mgr BerthetMgr Prosper-Amable Berthet,
évêque de Gap de 1889 à1914,
initie le projet et
bénit la première pierre

du nouveau Petit Séminaire en avril 1914,
quelques mois avant sa mort.


Pour le petit séminaire, Mgr Prosper-Amable Berthet en a lancé la construction peu avant la guerre et sa mort. Le projet sera repris par son successeur, Mgr Gabriel Roch de Llobet. Mais la présence du nouvel évêque au front et les aléas de la Grande Guerre font qu’il ne pourra l’achever et l’inaugurer que dix ans plus tard, le 20 octobre 1924.

 

Mgr Gabriel de LlobetMgr Gabriel Roch de Llobet,
au retour du front,
qui continuera l'oeuvre de son prédécesseur
et inaugurera le Petit Séminaire
le 20 octobre 1924

 

img385[1] petit séminaire 1914-1925
Le Petit Séminaire en 1924

 

Photo souvenir inauguration 1924La photo souvenir de l'inauguration du 20 octobre 1924 par Mgr Gabriel Roch de Llobet,
telle que parue dans la Quinzaine religieuse du diocèse de Gap

 

En 1965, sous Mgr Georges Jacquot, les petits séminaristes faisant défauts, l’institution change de nom pour devenir le collège ou « Foyer Saint-Louis ».

 

Mgr Jacquot (1961-1966) copieMgr Georges Jacquot,
évêque de Gap de 1961 à 1965

 

En 2007, l’heure n’est plus aux confiscations par l’Etat des biens d’Eglise fruits de la générosité des fidèles. Dans le cadre du politique de restructuration du patrimoine immobilier, l’association diocésaine de Gap vend « Saint-Louis ». Le Conseil général l'achète, lui aussi dans le cadre d'une rationalisation de son patrimoine et de ses services.


  

 

 

Extrait d’un numéro de la Quinzaine religieuse du diocèse de Gap de 1924,
relatant l’inauguration par Mgr Gabriel Roch de Llobet du Petit Séminaire,
placé sous le patronage de Saint Louis de Gonzague,
jeune jésuite mort à vingt-trois ans de la peste à Rome alors qu’il soigne des pestiférés,
proclamé patron de la jeunesse catholique.

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Inauguration du Petit Séminaire

ÉCOLE SAINT-LOUIS

 

A notre époque, l’histoire se fait vite, et elle est surtout une histoire de destructions et de ravages. II n’est pas rare que les yeux qui ont commencé de pleurer sur les ruines d’œuvres utiles et aimées, se ferment avant d’avoir été consolés par une vision d’espérance. Rien cependant ne décourage les bons ouvriers qui, travaillant à la perpétuelle édification de la maison de Dieu, sont obligés souvent, comme les Israélites fidèles ramenés de la grande captivité, de bâtir et de se battre. Et lorsque la grâce divine donne à leurs efforts, à leurs travaux, à leurs luttes, le succès qu’appellent les vœux des chrétiens éprouvés, c’est une émotion universelle, contenue peut-être par la durée d’une tristesse prolongée, mais profonde et douce ; c’est une fête d’admiration, de joie et de reconnaissance.

Cette fête a été donnée au diocèse de Gap, le 20 octobre dernier, jour de l’inauguration du nouveau Petit Séminaire, Ecole Saint-Louis, à Charance.

Quelles réflexions, quels sentiments, particulièrement dans l’âme de ceux qui avaient assez vécu pour se souvenir ! Le présent ne laissait rien oublier du passé, mais le faisait revivre en une saisissante évocation.

Ils revoyaient la vieille maison d’Embrun, où tant de générations avaient laissé une partie de leur âme, et dont peut-être le principal attrait lui venait du voisinage et du patronage de la Vierge du Réal, la grande Notre-Dame d’Embrun : un Evêque, des plus vénérés et des plus aimés, avait tant fait pour la mêler à la vie quotidienne de ses séminaristes.

Puis, le deuil et les souffrances de l’expulsion inhumaine ; pour ceux surtout qui en furent les témoins et des victimes, elles scellèrent en quelque sorte leur attachement à des lieux où le ciel avait prodigué ses dons.

Pasteur et brebis étaient dispersés : qu’allait devenir le petit troupeau, unique espérance de l’avenir ?

Après quelques semaines, une maison hospitalière, dans un diocèse voisin, à Digne, ouvrit ses portes, et deux familles n’en formèrent plus qu’une. La délicatesse et la cordialité de l’accueil soulagèrent la détresse de l’heure, mais, si elles interdisaient de songer à un exil, ne purent empêcher que ce ne fût un éloignement.

Un prêtre qui a creusé un sillon fécond, et qui fut toujours un saillant et un prévoyant, le chanoine Albert, offrit la maison qu’il avait fait bâtir à Serres, et d’où les Frères qu’il y avait appelés avaient été chassés par les lois persécutrices. Celte maison devait abriter pendant seize ans ceux que le Maître appelait à l’honneur divin du sacerdoce, mais elle était petite et située à une extrémité du diocèse ; elle ne pouvait être le Séminaire définitif.

Des projets d’agrandissement furent conçus, puis abandonnés comme insuffisants, et on attendit l’indication et l’heure de la Providence.

Une âme généreuse, qui s’était, pourrait-on dire, vouée à la charité, et dont la mémoire restera en bénédiction, voulut « mettre un peu de terre sous les murs » qui devaient s’élever et détermina le choix du lieu et du nom. Le souvenir de Madame Œuf restera vivant dans le Séminaire Saint-Louis.

Mgr Berthet, qui comprenait et sentait mieux que personne les besoins de son diocèse, où la pauvreté faisait éprouver plus terriblement les effets des spoliations, se rendait compte des difficultés que présentait aine œuvre réclamée par son zèle. Le Souverain Pontife Pie X l’encouragea à aller de l’avant avec confiance. L’Evêque, qui se préparait à fêter le jubilé d’un épiscopal auquel n’avaient manqué ni les épreuves ni les bénédictions, jugea que l’heure de Dieu était venue et fit appel aux dévouements qui rendraient possible la construction d’une maison aussi grande que l’exigeait le recrutement du clergé.

On répondit à l’Evêque. La Société Immobilière de Charance fut établie ; elle était propriétaire et devait pourvoir à la construction de l’établissement projeté.

Un dévouement généreux et fort opportun se présenta sous une autre forme : M. Chaudier voulut bien se charger d’en être l’architecte, pour l’amour de Dieu.

On se mit à l’œuvre sans retard ; Mgr Berthet bénissait da première pierre en avril 1014. Un entrepreneur intelligent et énergique pousse vigoureusement les travaux, et tout fait espérer, pour octobre 1915, la rentrée dans le nouveau séminaire.

Le terrible coup de foudre éclate ; le 2 août, la mobilisation disperse des ouvriers et arrête tous les travaux. Il fallait attendre ; on attendit longtemps.

Les séminaristes doivent évacuer Serres, occupé par l’administration militaire, et, pour deux ans, se réfugier au Laus.

Frappé au cœur comme le Souverain Pontife, Monseigneur Berthet mourait le 25 octobre.

Mgr de Llobet, qui lui succéda quelques mois après, ne put, pendant plusieurs années, que regarder anxieusement les murs inachevés.

Cependant les besoins du diocèse devenaient plus urgents ; l’attente avait assez duré. On eut, un moment, l’espoir de retourner au Séminaire d’Embrun, et cela, eût répondu au vœu général des prêtres qui y avaient été élevés. Une opposition imprévue obligea à renoncer à cet espoir. 

Avec un courage et une confiance en Dieu que tous admirent, Mgr de Llobet décide de reprendre l’œuvre commencée avant la guerre, sans rien se dissimuler des difficultés multipliées de la lâche qu’il assumait. C’était bien le dessein de la Providence, et un des signes les plus manifestes qu’elle en donna, fut de susciter, au moment voulu, pour remplacer. M. Chaudier, mort depuis quelques temps, un architecte éminent qui offrait, avec une science et une expérience consommées, la complaisance et le dévouement d’un grand cœur. Que de bouches, en faisant l’éloge de la maison, font, même sans le savoir, l’éloge de M. Bouhant.

Il a été secondé, la mort ayant pris aussi l’entrepreneur, par un entrepreneur nouveau, d’esprit également ouvert, vigilant et actif, qui n’a rien négligé pour que l’exécution fût digne du plan.

Un an et demi a suffi pour que l’établissement, puisse recevoir ceux qu’il attend. Bien que tout ne soit pas complètement achevé, Monseigneur fixe la rentrée au 15 octobre et annonce, pour le 20, après la clôture de la retraite, la cérémonie de l’inauguration. Ce fut un jour de soleil et un jour de grâces.

 

Quinzaine religieuse du diocèse de Gap

13 novembre 1924, n° 213  

Pages 321-328

 


 

 

saint louis 2011Le nouveau site Saint Louis
du Conseil général des Hautes-Alpes
en 2011


 

 

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