Labourer la mer...

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Dominique Ponnau, ancien directeur de l’Ecole du Louvre, vient de sortir un livre intitulé Labours sur la mer, préfacé par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Ci-dessous, le texte de la préface et une présentation du livre par Michel Cool, tirée du blog de La Procure.

 

 

Préface

 

Quelques mois avant de mourir, dans une lettre du 9 novembre 1830 adressée au général Juan José Florès, El Libertador Simón Bolívar confiait les quelques certitudes qu’il tirait de ses vingt années de lutte armée contre les Espagnols, et notamment celle-ci : « Celui qui sert une révolution laboure la mer. »1


Dominique Ponnau réduit

Dominique Ponnau

Entendu en ce sens, labourer la mer rappelle le mythe de Sisyphe, la vanité de tout effort. Il ne peut y avoir de succès définitif : s’il n’est déjà là, l’échec est imminent. Il ne peut y avoir de succès franc : toute révolution aliène autant qu’elle libère.

 

Pour avoir rencontré Dominique Ponnau du temps où il présidait la Commission pour l’enrichissement et la sauvegarde du patrimoine cultuel, pour l’avoir entendu commenter des œuvres d’art, pour avoir lu certains de ses livres, articles et interventions, pour l’avoir reçu chez moi, pour avoir discuté avec lui, pour le connaître un peu, je ne puis penser qu’il entend en ce sens le titre qu’il a donné à son ouvrage.

 

Dominique Ponnau n’est pas amer après toutes ces années passées en grand commis de l’Etat chargé notamment du patrimoine cultuel, en grand partie chrétien de par notre histoire. Il ne se berce pas d’illusions non plus. Qui lit ne serait-ce que son avant-propos le verra bien.

Dans le même temps, je ne dirais pas qu’il n’entend en rien donner au titre Labours sur la mer ce sens d’une tâche insurmontable et vaine. Je dirais plutôt que son ouvrage comprend ce sens tout en le dépassant : si la plus haute forme d’espérance consiste dans le désespoir surmonté, alors pas d’espérance sans matière à désespérer !

 

De raisons de désespérer dans la transmission de notre héritage culturel et spirituel, ce livre ne manque pas d’exemples ! Et nous désespérerions vraiment si Dominique ne nous donnait de participer à son espérance.

Il n’a pas trouvé la paix dans une fidélité sans faille à une tâche insurmontable. Il n’a pas non plus trouvé sens à sa vie en s’accrochant au sens de ce qui, aux yeux d’une grande partie de nos contemporains, n’en a plus. Sa foi éprouvée lui a fait épouser la quête, les angoisses, les questionnements de notre époque. Sa foi recouvrée l’a convaincu que Dieu est le maître de l’histoire malgré les apparences contraires.

 

Ce qui m’est apparu peu à peu en lisant ce livre, et cela n’engage que moi, c’est qu’un autre laboureur est à l’œuvre. Cet Autre laboure les cœurs, de passions en Passion, jusqu’à ce qu’ils entrent en résonance avec l’Amour qu’Il est.

L’entrée d’un seul cœur dans cette résonance vaut toutes les œuvres d’art ; mais une œuvre d’art peut, à elle seule, labourer bien des cœurs…

 

Ce qui se veut un modeste ouvrage aussi !

 

+ Jean-Michel di Falco Léandri

Evêque de Gap et d’Embrun

 

 

 

 

 1. « El que sirve una revolución ara en el mar. » Cité par Patrick Deville dans Pura Vida, Seuil, 2004.

 

 

 

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Du blog de La Procure 

www.blog-laprocure.com


A qui n’a pas eu l’heureux privilège d’entrer un jour dans le mystère d’une toile de maître, d’un vitrail ou d’une statue sous la houlette de Dominique Ponnau, son tout dernier livre en suscitera sans doute le rêve et l’envie. Car le subtil paradoxe de ce recueil de conférences est d’être dépourvu de toute image est pourtant de refléter la seule vraie image qui vaille : celle d’un pur écrivain libérant son âme entre les lignes ciselées par un orfèvre du « savoir voir ».


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Michel Cool

Ce grand commis de l’Etat nommé à d’éminentes fonctions culturelles et intellectuelles de notre pays a su sauvegarder l’insondable potentiel d’émerveillement qui lui fit contempler dès son enfance, à Vannes, l’huile étale aux reflets « Véronèse » du Golfe du Morbihan. Voir est un don précieux pour tous. Savoir voir est une performance réservée à certains. Cette  disposition se conquiert par le travail et la culture. Mais elle s’accomplit pleinement dans l’assentiment à la Grâce : acceptation d’être dépassé et modelé par une puissance extérieure à l’intelligence humaine. « Avant d’agir, avant de concevoir l’action juste, c’est-à-dire l’action généreuse, il importe, conseille Dominique Ponnau à tous les responsables européens, en quelque niveau que ce soit, de se retirer en eux-mêmes, pour inaugurer un exode hors de soi vers un nouveau soi-même perpétuellement renouvelé ».

Ce promeneur en solitaire des cloîtres, ce grand amoureux du chant grégorien qui souffre de la ghettoïsation dans laquelle on l’a jeté inconsidérément après le Concile est en même temps un homme orienté vers l’avenir. Il est un observateur affûté et bienveillant des jeunes d’aujourd’hui dont on souligne régulièrement les déficiences culturelles et religieuses. L’ancien directeur de l’Ecole du Louvre nuance le jugement : « c’est de connaissance assurément, mais c’est aussi de sympathie qu’a soif notre temps et spécialement, dans son extrême variété et son extrême fragilité, la jeunesse de notre temps. »

L’autre préoccupation qui taraude ce serviteur de la Beauté, cet autre visage du Bien, c’est la volonté de la France et de l’Europe d’assumer et de transmettre leur héritage, en y admettant la place essentielle du christianisme. « Suicidaire serait la course vers l’autre sur fond d’ignorance de soi » prévient-il, pour ajouter aussitôt, « pire danger serait celui du renfermement sur soi ». Entre ces deux fuites en avant aux effets sans doute mortels se trouve la voie de la sagesse et le triomphe de la fidélité : « il importe que l’Europe se donne audacieusement pour ce qu’elle fut toujours : le lieu spirituel de la curiosité de l’autre, de l’accueil de l’autre », exhorte Dominique Ponnau.

La fidélité et la sagesse labourent aussi les pages de son livre. Au diapason d’une espérance faisant face à un océan d’incertitudes.

 

Michel Cool

 


 

 

 

9782845738744

 

Livre en vente notamment à la Libraire alpine – Siloë, rue Carnot à Gap.

 

 

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