La foi que nous avons nous-mêmes reçue

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Exposé de Sœur Béatrice Blazy, responsable du service catéchèse-catéchuménat du diocèse de Gap et d’Embrun :

 

 

La foi que nous avons nous-mêmes reçue

 

1.             La foi comme expérience

 

Pour entrer de pleins pieds dans le sujet, une question s’impose : Qu’est-ce que croire ?

« Avoir la foi » comme on dit, dépend de l’acte de croire.

Notons tout d’abord que « croire » est un mot du langage profane. Ne disons-nous pas « Celui-là, il croit au père-noël » ? On peut croire en un peu n’importe quoi et du coup être crédule au point de se laisser berner par le premier venu ou un gourou.

Alors il y a lieu de se poser la question : En quoi et en qui mettons-nous notre foi ? Quel est le spécifique de la foi dans le christianisme ? Quelle est la consistance de l’acte de croire propre à notre Eglise ?

La foi, c’est toujours lié à quelqu’un qui l’a ou qui ne l’a pas. Ainsi l’acte de croire fait partie de l’expérience humaine. On ne peut pas parler de foi en dehors de l’expérience de chacun des croyants.

Et qui dit : expérience humaine, dit du même coup : relation (entre Dieu et soi-même mais aussi aux autres croyants), émotion, manière de vivre, manière de penser, de réagir face aux événements… La foi en termes d’expérience atteint toutes les dimensions de la vie.

Blazy Béatrice 5
Soeur Béatrice Blazy

 

Des catéchumènes, au point de départ de leur cheminement, disent : «  je viens voir ce que la foi peut m’apporter ». La foi, comme don de Dieu, c’est du gratuit, mais puisque l’acte de croire touche tous les domaines de la vie, elle apporte de fait, une certaine « efficacité ». Auprès des catéchumènes, on entend encore : « Je cherche une meilleure qualité de vie ». « Je cherche un sens à ce qui m’arrive », etc. Nous sommes témoins des effets de la foi qui transforme peu à peu la personne. C’est par ce que produit la foi en nous que l’on reconnaît qu’elle est fondée en Dieu. « On reconnaît l’arbre à ses fruits » dit le dicton populaire. Et dans l’ordre de la foi chrétienne, les fruits produits s’apparentent bien sûr, aux dons de l’Esprit Saint.    

 

L’acte de croire est donc comme un défi, un travail sur soi et qui se vit pour chacun de manière très différente. La foi s’adresse à la capacité que chaque être humain a de s’ouvrir au spirituel. C’est là le présupposé de base à toute catéchèse et à tout accompagnement catéchuménal. On peut croire au même Dieu, au Dieu unique mais avec des chemins différents. Une même foi et des manières différentes de la vivre. Accepter ces différences est primordial en catéchèse. Les enfants eux-mêmes, réagissent différemment. On ne peut pas conduire un groupe comme s’il n’y avait qu’« un seul homme », un seul sujet. La réussite du catéchiste n’est pas que le catéchisé ait la foi à tous prix. Chacun a sa pleine liberté à exercer et Dieu respecte cela. L’art du catéchiste est seulement de permettre que la Parole de Dieu soit audible pour que chacun la laisse résonner en lui-même (la Parole ne revient pas sans avoir fait son travail).

 

En considérant la foi comme expérience, on peut en tirer une déduction par rapport à la vie spirituelle. Toute vie chrétienne est vie spirituelle, elle n’est pas réservée à des religieux et aux prêtres. La vie spirituelle n’est pas une sorte d’évasion au-delà du réel ou juste insérée dans les moments où nous prions. Elle est effectivement la vie de foi incarnée en ce qui fait le quotidien de chacun des croyants. La vie spirituelle est notre vie tout court mais, que grâce à la foi, nous pouvons rapporter à Dieu par l’Esprit Saint.

 

2.             La foi comme mouvement / mise en relation  

 

 - Mouvement entre l’intériorité du sujet croyant et l’existence de la communauté chrétienne

 

Chaque être humain a un itinéraire de vie qui lui est personnel. Il y a par exemple, des non-baptisés qui jouissent déjà d’avoir une vie spirituelle, d’une prière personnelle sans connaître l’Eglise ni le christianisme. Mais pour ne pas en rester à une pure subjectivité, la foi à un moment donné, a besoin de se confronter à celle des autres, à une tradition qui permet de s’ouvrir à la manière dont d’autres croyants traduisent la révélation de Dieu dans l’histoire.  

 

Dans notre Eglise, c’est la communauté qui nous fait prendre conscience que nous faisons partie du peuple de Dieu. Nous devenons en capacité de rendre témoignage au Christ parce que lui-même nous fait membre de son Corps qui est l’Eglise. C’est toujours une histoire de filiation. On ne peut pas considérer que la foi est uniquement entre Dieu et soi, simplement individuelle. La foi est par nature une question de communauté et de rapport à l’autre et au monde. La foi, pour qu’elle soit authentiquement chrétienne se reçoit de la communauté.

 

Mouvement entre foi reçue de la tradition et foi intériorisée, vécue

 

Saint Augustin dans son Traité : De Trinitate, n° 13, 2, parle d’une distinction éclairante entre deux polarités : La fides quae creditur et la fides qua creditur

 

La fides quae creditur (La foi qui est à croire)

Elle recouvre l’ensemble des contenus de la révélation. La foi, en ce sens est reçue de manière objective. Dieu s’est fait connaître. La bible est pour nous la trace de l’action de Dieu que les gens ont interprétée depuis Abraham. L’incarnation avec Jésus constitue le point ultime de la révélation de Dieu parmi les hommes. La vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ constitue l’évènement capital de la foi chrétienne.

Les communautés chrétiennes continuent à recevoir la mission du Christ de transmettre la foi que nous avons nous-mêmes reçue. Nous n’avons pas à transmettre n’importe quelle foi mais celle qui s’est élaborée à travers les siècles et qui s’est révélée en Jésus-Christ. L’acte de croire  consiste à adhérer, voire même « communier » à une révélation qui nous précède. C’est de l’ordre d’un témoignage à accueillir et c’est bien plus fort qu’un simple enseignement, un dépôt de notions sur Dieu à « caser » quelque part dans notre cerveau. Pour nous catéchistes, transmettre ce que Dieu nous a fait comprendre et profondément connaître de lui, c’est lui rendre témoignage parmi ceux auxquels nous sommes envoyés. La foi dans ce sens là, est un testament, un héritage dont non seulement nous vivons personnellement mais dont nous sommes responsables car il est de lui-même tradition vivante de l’Eglise.

 

La fides qua creditur (La foi qui est crue)

La foi est don de Dieu et ce don opère quelque chose. Il ne reste pas « lettre morte ». La foi se dit en : « je ». Peut-on dire : « j’ai la foi à la place de quelqu’un d’autre » ? Non, évidemment Chacun des croyants expérimente ce que la résurrection opère dans sa vie et c’est à chacun d’y discerner l’action de l’Esprit de Dieu. La foi est ici comme réponse du disciple au premier mouvement d’une foi révélée et énoncée en Eglise et à laquelle chacun peut apporter crédit. C’est une adhésion, un acte par lequel la foi est vivante.

L’ensemble des « je » forme un « nous ». La foi, comme don de Dieu engendre de la communion et permet de reconnaître que le Christ nous établit frères et sœurs les uns des autres.

 

Dans la vie chrétienne, ces deux formes de « foi », présentée ci-dessus sont nécessairement articulées.

 

3.             La foi au cœur de la transmission

 

La vie de foi reste du non « standard ». Nous accompagnons des personnes dans leur expérience spirituelle qui ne sont pas « maître » elles-mêmes des avancées ou non de leur propre cheminement. L’acte de confiance ne se fait jamais à 100% et il se refait chaque jour. Les grands Saints nous le rappellent tous : la confiance de fond que nous mettons en Dieu n’exclue pas le doute et le péché mais se traduit sans cesse comme appel à la conversion.

Notre foi est toujours limitée et se traduit en termes d’avancée jamais aboutie. La non-évidence des choses de la foi fait partie intégrante du cheminement spirituel.

Le philosophe Paul Tillich dit à sa manière : « Si la religion est en premier lieu une main ouverte pour recevoir des dons, cette main doit d’abord être vide et les chrétiens doivent être prêts à abandonner toutes les sciences de Dieu qu’ils croient posséder et à attendre Dieu. Or, rien n’est plus difficile aux hommes que d’attendre Dieu. Ils sont toujours occupés à se fabriquer eux mêmes une image de Dieu au lieu d’attendre ce qu’il est en lui-même et d’accueillir sa venue. Je pense au théologien qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède, enfermé dans une construction doctrinale. Je pense à l’étudiant en théologie qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans un manuel. Je pense à l’homme d’Eglise qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans une institution. Je pense au fidèle qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans sa propre expérience. Il n’est pas facile de supporter cette non-possession de Dieu et cette attente. Il n’est pas facile de prêcher Dieu chaque dimanche sans élever la prétention de posséder Dieu et de pouvoir disposer de lui. Il n’est pas facile de parler de Dieu à des enfants ou à des païens, des sceptiques, des athées … et de leur expliquer en même temps que nous-mêmes, nous ne possédons pas Dieu mais nous l’attendons. Je suis persuadé que la résistance au christianisme vient pour une grande part de ce que les chrétiens, ouvertement ou non, élèvent la prétention de posséder Dieu et d’avoir ainsi perdu l’élément de l’attente… Or, nous sommes plus forts quand nous attendons que quand nous possédons ».

 

Cette non-possession traverse notre manière d’être catéchiste et d’interpréter ce qui se passe en catéchèse. Un jour, au caté, nous avons regardé des vidéos sur les grandes figures bibliques. L’une d’elle présentait le prophète Daniel qui jusqu’au bout a voulu rester fidèle au Dieu d’Israël. Il est finalement mort comme martyr. En fin de séance, comme nous étions en train de ranger la salle, je passe avec mes chaises à la main, prêt de deux enfants (âge CM 2) en pleine discussion. Au passage j’ai juste capté : « Tu crois en Dieu, toi ? ». L’autre réfléchit un court moment et dit : « Je ne sais pas ! Je ne me suis jamais posé la question » et le premier ajoute : « Moi non plus, je ne sais pas ». En moi-même, je me suis dit : Tiens ! Voilà la bonne question. Venir en catéchèse pour découvrir ce qu’est la foi, puis être amener à en faire une question qui s’adresse à soi-même est bien une des visées essentielles de la catéchèse. Nous, catéchistes et accompagnateurs, nous avons seulement des portes à ouvrir. On peut donner des savoirs, on peut faire tout très bien mais on ne peut pas juger et évaluer notre acte pastoral aux résultats que l’on recherche. Car le résultat ne nous appartient pas et nous n’en sommes pas maître.  Nous sommes chargés de transmettre en favorisant l’expérience de la foi. Les orientations sur la catéchèse (CF. Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France)  insistent sur le fait de créer des conditions favorables où chacun puisse faire l’expérience de la relation au Christ par l’écoute de la Parole de Dieu, la liturgie, la prière, la vie fraternelle… Cela dessine un long chemin où chacun avance selon son rythme.

 

Cette manière de concevoir la catéchèse sous-entend que l’on fasse appel à des pédagogies adaptées suivant les tranches d’âges des enfants, des jeunes et des adultes. Mais aussi que l’on ne réduise pas la catéchèse des enfants à une préparation pour leur vie de foi future. Pour chaque tranche d’âge, nous œuvrons pour le présent car Dieu s’y révèle. Nous avons à prendre en compte l’actualité de la vie de foi en Eglise de chaque jeune et de chaque enfant sans projeter sur lui ce que nous souhaitons qu’il devienne.

 

Tout cela plaide pour une attitude de catéchiste ou d’accompagnateur serein et habité par la confiance en ce que Dieu fait aujourd’hui dans les cœurs en respectant la liberté de chaque personne. On est catéchiste parce que nous sommes des témoins. Et on témoigne par la parole, par notre manière d’être et de réagir aux événements, par notre capacité d’écoute de l’autre ...

Pour qu’il y ait transmission il faut qu’il y ait communication. Il faut comprendre par là qu’il ne suffit pas de dire des choses pour qu’elles soient entendues et audibles. Le jeu de la communication cherche à ce que le message soit explicité de telle manière qu’il puisse être reçu, charge à nous de décoder le langage religieux pour le rendre accessible à l’autre. Dans l’ordre de la foi, le langage symbolique est essentiel pour aborder les réalités spirituelles. Et le geste liturgique n’a pas besoin d’être expliqué, dans le registre de la foi, il parle de lui-même.

 

La catéchèse selon l’art d’écouter la Parole de Dieu est un acte finalement simple mais qui ne se réduit pas par des programmes à appliquer. Le catéchiste est invité à se décentrer de lui-même, de ce qu’il va dire ou de ce qu’il va faire pour être attentif à l’autre et à sa manière d’accueillir la Parole. Les documents catéchétiques et les outils pédagogiques ne sont que des moyens et ne remplacent pas l’art d’être catéchète : aller soi-même au cœur de la Parole et de ce que Dieu révèle de sa vie pour y trouver « nourriture pour la route » à partager avec d’autres. Accompagnateurs, catéchistes, catéchumènes, catéchisés, nous voici tous conduits sur le chemin du disciple. En ce sens, on est à la fois catéchisé et catéchisant.

 

Il faut aussi préciser que la responsabilité catéchétique ne dépend pas seulement de l’initiative du catéchète et de sa compétence. L’efficacité de la transmission tient au témoignage rendu par chacun des membres de la communauté chrétienne. Elle relève donc de l’Eglise toute entière, par la vocation baptismale de chaque chrétien et parce qu’ensemble, nous formons le Corps du Christ, Lui étant l’unique Pasteur.

 

Sœur Béatrice Blazy


 

 

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La newsletter du Service diocésain catéchèse-catéchuménat

 

Le Service diocésain Catéchèse-catéchuménat a lancé en ce mois de novembre une première « newsletter » qui remplace en quelque sorte le Col-Porteur dont la production et le coût des envois devenaient onéreux. Cet exposé de Sœur Béatrice Blazy est extrait du premier numéro.

 

Pour plus de renseignements sur la « Newsletter » du service diocésain catéchèse-catéchuménat :

 

SDCC
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Michel PAUL 23/11/2010 13:54



Bonjour,


J'ai appris que les PRETRES SPIRITUS DEI concélèbreraient une messe demain mercredi 24 novembre à, 8H10, heure canadienne, dans la Crypte de l'Oratoire Saint-Joseph à MONTREAL et que la cérémonie
serait retransmise en direct par la chaîne catholique Sel et Lumière que l'on peut joindre au moyen du lien suivant :


www.seletlumieretv.org


Sur le site de Radio Canada, on peut écouter un commentaire sur la venue des PRETRES et apprendre qu'ils interprèteront à la messe le Kyrie, l'Alleluia, le Je
Crois en Dieu et l'Ave Maria.