Voeux et homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Vous trouverez après les voeux,
le mot d'accueil et l'homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
pour la messe de Noël à la cathédrale de Gap.



voeux 2010 

L'Adoration des Mages
Début du XVIe siècle

Peintures murales de la chapelle Sainte-Lucie de Puy-Chalvin à Puy-Saint-André (05).
La chapelle a été rouverte en juin 2009 après restauration des peintures murales et du mobilier.




"Nous vivons dans un bien pauvre siècle.
      Cependant, il pourrait être grand :
 rappelez-lui sa pauvreté et sa grandeur."

             Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars (1786-1859)



                       Monseigneur
       Jean-Michel di FALCO LEANDRI

             Evêque de Gap et d'Embrun

                       vous souhaite
              de joyeuses fêtes de Noël
     et une année 2010 pleine d'Espérance.
 


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Pour écouter le mot d'accueil de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, cliquez ci-dessous :
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Pour écouter l'homélie, cliquez ci-dessous :

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               Assemblée des fidèles pendant la célébration
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                Mot d'accueil de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri 
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                        Chorale de la cathédrale

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Consécration. De gauche à droite, le Père Adrien Michel, Mgr Jean-Michel di
Falco Léandri, le Père Clément Randrianaivozaka, le Père Ludovic Frère et le
Père Jean-Michel Bardet


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Homélie
NATIVITE DU SEIGNEUR
CATHEDRALE DE GAP
JEUDI 24 DECEMBRE 2009
VENDREDI 25 DECEMBRE 2009

 

 

Chers frères et sœurs,

 

Deux épreuves devraient nous faire peur, l’épreuve de la misère et l’épreuve de la richesse. Mais bien souvent nous ne craignons que la première.

L’épreuve de la misère. Nous avons raison de la craindre. La pauvreté extrême déshumanise. L’échec d’une insertion sociale peut nous fait perdre toute espérance. Elle peut nous donner l’impression d’être abandonnés, d’être des oubliés, d’être des ratés. Coupés de toute relation humaine, coupés de tout miroir humain, nous perdons le sens de notre identité. Oh bien sûr ! Ce pourrait être le moment de tout miser sur Dieu, d’espérer contre toute espérance, de naître à nouveau à une foi vraie. Mais en aurons-nous seulement l’envie, la force ?

 

L’autre épreuve, c’est celle de la richesse. Une épreuve, la richesse ? Lorsqu’on parle de richesse on pense aussitôt « argent ». Il n’y a pas que cette richesse-là, même si trop riches, nous risquons d’oublier le donateur de tout don. Repus, nous risquons d’oublier que nous sommes des êtres dépendants les uns des autres. Nous sommes riches, dès lors que nous croyons posséder quelque chose ou quelqu’un. Nous sommes riches, dès lors que nous nous considérons comme propriétaires et non pas gestionnaires de nos vies, de nos biens, des biens de cette terre, de notre terre. Si nous recevons, ce n’est pas pour garder, c’est pour donner. Si nous recevons, ce n’est pas pour garder, c’est pour faire fructifier.

 

Nombreux sont ceux qui dépensent toute leur énergie pour avoir toujours davantage. En sont-ils plus heureux ? Pas si sûr. Ils sont peut-être au contraire à plaindre, car souvent ils cherchent à compenser dans l’avoir ce qui leur manque dans l’être.

 

Qu’est-ce qui peut bien nous empêcher d’être généreux les uns envers les autres, de partager les richesses spirituelles, intellectuelles et matérielles que nous avons reçues en don du Seigneur ou de la générosité d’autrui ? Sommes-nous aveugles ? Sommes-nous sourds ? Ne savons-nous pas que ce n’est pas uniquement au terme de notre vie mais à chaque moment de notre existence que nous devons remettre toute chose entre les mains de notre Père ? Jésus lui-même n’en a-t-il pas donné l’exemple ?

 

Bonne Nouvelle ! A Noël, Dieu vient nous montrer l’exemple. Bonne Nouvelle ! Dieu nous apporte comme gage de salut, non pas l’enfant roi dans un berceau doré mais l’enfant sur la paille ! Bonne Nouvelle ! Dieu qui était riche s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté ! (cf. 2 Cor 8,9). Bonne Nouvelle ! Dieu en Jésus connaît le froid et la faim. Dieu en Jésus connaît la souffrance. Dieu en Jésus va connaître le mépris, le rejet, l’injustice. Dieu en Jésus va connaître la mort de l’innocent.

 

Je ne suis pas en train de dire que Jésus est venu béatifier la misère et la souffrance. Je ne suis pas en train de dire que Jésus est venu béatifier une condition sociale. Un pauvre peut fort bien avoir un cœur plein d’avidité ; et un riche avoir un cœur libre et généreux. Mais que la pauvreté réelle soit une voie privilégiée vers la pauvreté de cœur, un terreau où elle germe plus facilement, qu’il vaille la peine de l’accepter et au besoin de la rechercher comme le font les religieux et les religieuses, cela l’évangile ne cesse de le marteler.

 

En notre XXIe siècle, ce n’est pas tant la pauvreté matérielle volontaire qu’il nous faut rechercher, même si certains le font, que l’adoption de styles de vie sobres et responsables. Le pape nous y invitait à l’occasion de l’ouverture de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques à Copenhague, ceci par respect pour la création, par respect pour les pauvres, par respect pour les générations futures.

 

Vivre simplement peut être l’occasion de nous rappeler ce que nous sommes. Vivre simplement peut nous permettre de nous sortir de nos égoïsmes et entrer dans l’expérience de la solidarité. Car en vérité nous sommes tous des pauvres, nous sommes tous mendiants. Mendiants de bonheur, mendiants de vérité, mendiants de paix, mendiants de compréhension, mendiants d’un sourire, mendiants d’être entendus et reconnus pour ce que nous sommes. Reconnaissons-le, nous désirons tous être rejoints dans notre pauvreté, qu’elle soit matérielle, intellectuelle, affective, ou spirituelle.

 

Mais en vérité aussi, cette pauvreté existentielle est une immense richesse dès lors que nous l’acceptons. Nous sommes pauvres, et riches de notre pauvreté, en vivant au jour le jour du travail de nos mains, mettant en Dieu notre espérance pour le lendemain. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Nous sommes pauvres, et riches de notre pauvreté, lorsque nous vivons l’espérance. « Les pauvres ont le secret de l’espérance » comme le disait Georges Bernanos.

 

Quelle est finalement la vraie misère de l’homme ? Quelle est la misère commune au riche et au pauvre ? Quelqu’un peut-il me le dire ? Ne serait-ce pas celle de vivre sans espérance ? « Souvent, la véritable pauvreté de l’homme est le manque d’espérance, l’absence d’un Père qui donne un sens à son existence : "Souvent, c’est précisément l’absence de Dieu qui est la racine la plus profonde de la souffrance" », dit Benoît XVI. Oui, le manque d’espérance, tel est le mal qui ronge aussi bien les pauvres que les riches.

 

Nous, croyants, savons que notre Père des cieux est bon et miséricordieux. Nous, croyants, savons que Dieu est providence. C’est une immense grâce. En sommes-nous conscients ?

 

Mais c’est peut-être bien facile, pour ceux qui n’ont pas peur du lendemain, de ne pas renier Dieu comme les pauvres peuvent y être tentés. C’est peut-être bien facile, pour ceux qui ont suffisamment d’assise affective, de ne pas combler le mal-être par de l’avoir. En sommes-nous conscients aussi ?

 

Le fait même d’être chrétiens devrait nous rendre plus humbles et plus humains tant à l’égard des riches que des pauvres. Le sommes-nous ? Le fait d’être chrétien devrait nous porter à soulager ces misères. Le faisons-nous ?

 

A l’issue de l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes en novembre, nous avons voulu lancé un vibrant appel en ce temps de crise économique et sociale. « Les pauvretés d’aujourd’hui sont peut-être moins nouvelles que radicales par suite de la détérioration fréquente du tissu familial, l’insuffisance des logements, l’augmentation du chômage, la dégradation du prix de vente des produits agricoles. Dureté des conditions de travail, solitudes, addictions, fragilités psychiques, relationnelles ou culturelles accentuent chez beaucoup le sentiment d’exclusion. » Tous les catholiques doivent se sentir concernés.

 

Ici à Gap, nous avons l’honneur d’accueillir durant cette période de Noël le père Clément, le vicaire général du diocèse d’Antsirabé à Madagascar où je me suis rendu avec le Père Félix en septembre dernier. J’ai aussi pu rencontrer là-bas le Père Pedro qui œuvre dans un bidonville de Tananarive. Le Père Pedro m’a dit à quel point l’extrême pauvreté était en train de changer l’âme malgache pourtant si respectueuse et généreuse par nature. La misère est un mal qu’il nous faut combattre. Non pas simplement pour notre propre sécurité, ce serait trop intéressé. Mais pour le bien de tous, pour un meilleur vivre ensemble. Un mal contre lequel nous pouvons tous être partie prenante.

 

Les people, les VIP, les personnes de renoms, j’ai pu en rencontrer, et on m’en a fait souvent le reproche. Mais combien savent la misère affective que certains tentent tant bien que mal de cacher ! Pendant quinze ans, j’ai été l’aumônier d’une école pour les élites, une école de pensionnaires où je me rendais le week-end. Quelle détresse j’ai pu trouver chez ces jeunes qui avaient soi-disant tout, sauf trop souvent l’essentiel : l’amour !

 

Nous sommes appelés à donner. Mais donner du bout des doigts sans donner du temps, sans donner un sourire, sans donner de sa sueur et de son sang, sans un cœur à cœur, ce n’est pas donner. Celui avec qui nous partageons ce n’est pas un anonyme, c’est quelqu’un, une personne, un visage. Et ce que nous avons à partager, ce n’est pas en premier lieu quelque chose, c’est quelqu’un. C’est nous-mêmes avec notre pauvreté. Et c’est ce Quelqu’un que nous appelons Dieu et qui vient combler cette pauvreté.

 

Nous ici, la vraie richesse que nous pouvons donner et recevoir c’est le Christ lui-même, une richesse que nous dilapidons par notre tiédeur à servir nos frères et nos sœurs en humanité, riches et pauvres, tous fils et filles comme nous d’un même Père.

 

« Je suis tant homme et rien de plus » disait saint François de Sales. Nous sommes tous pétris de la même glaise. Nous sommes tous pauvres. Nous sommes tous frères. Nous sommes tous signes du Christ les uns pour les autres. Nous avons tous besoins de relations vraies et sincères qui élargissent notre cœur. Toute personne isolée voit tôt ou tard quelque chose se figer à l’intime de son cœur, meurt tôt ou tard de ne pas avoir quelqu’un à aimer et de ne pas être aimée.

 

Le riche tout comme le pauvre sont des êtres isolés. Le riche, on l’approche trop souvent de manière intéressée alors qu’il aimerait une parole gratuite. Le pauvre, on l’approche trop souvent par pitié alors qu’il aimerait être traité d’égal à égal.

En se reconnaissant pauvre soi-même, on se met à égalité avec tous. En se reconnaissant pauvre, on reconnaît soi-même qu’on a besoin d’aimer et d’être aimé. En se reconnaissant pauvre, on laisse la place au Christ pour aimer en nous.

 

Choisissons un Noël des visages plutôt qu’un Noël des vitrines. Un visage n’est-il pas plus beau qu’une vitrine !  

 

Pour conclure, je citerais Saint Augustin : « Aie tout ce que tu voudras ; si l’amour te manque le reste ne te sert de rien. Mais si tout le reste te manque et que tu aies l’amour, tout est accompli. »

 

                                                                                                                  + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
                                                                                                                      Evêque de GAP et d’EMBRUN



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