Homélie de Mgr Félix Caillet, vicaire général, prononcée au cours de la messe du Jeudi Saint en la cathédrale de Gap

Publié le par VA

 

« Je te propose aujourd’hui de choisir ou bien la vie et le bonheur ou bien la mort et le malheur… Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance. » C’est par ces paroles du livre du Deutéronome que l’Eglise ouvre le Carême au lendemain du mercredi des Cendres.

Tu as devant toi la vie ou la mort… Choisis !

Quarante jours plus tard, alors que l’ombre de la mort commence à se profiler sur le drap qui va envelopper le corps du Crucifié, retentissent quelques mots : « Prenez et mangez,  ceci est mon corps !  Prenez et buvez ceci est mon sang »

Loin d’être seulement un temps de privations et de sacrifices, le Carême est un chemin de conversion,  un temps où l’être humain est placé devant ce choix : que vais-je faire de ma vie ? Comment vais-je devenir totalement responsable de ma vie et véritablement libre?

Le Carême est ce temps où l’on est invité à creuser en soi une faim.  Il faut du temps et de la sueur pour creuser, coup de pioche après coup de pioche, dans un sol résistant, le puits qui apaisera la soif. Il fallait bien quarante jours pour creuser en chacun de nous une faim insatiable que seul le Christ peut apaiser.

Les souffrants savent ce que c’est que de perdre le goût des aliments. Ils sont là pour nous redire le bonheur de retrouver l’appétit.  Ils attendent la distribution des plateau-repas et sont vite rassasiés à leur seule vue.  Ils nous redisent qu’on ne peut pas se nourrir correctement tout seul. La table familiale, le repas entre amis, alimentent l’appétit. Pourquoi en serait-il autrement de la table eucharistique ? Celui qui prétend nourrir sa vie de baptisé seul  deviendrait vite anorexique de l’Eucharistie.

A cette faim creusée, jour après jour, durant ces quarante jours, le Christ répond en se faisant pain offert, pain partagé, pain de vie. « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »  Ces paroles, il les accompagne d’une attitude, d’un geste : le lavement des pieds.

 

Les trois repères avec lesquels nous avons commencé notre Carême le mercredi des Cendres trouvent ce soir leur sens, dans ces paroles et ce geste.

 

Le jeûne vécu la tête parfumée et le visage lavé  a ce soir l’odeur du parfum de Marie-Madeleine et du savon du lavement des pieds. Le jeûne a ouvert une faim en nous. Elle se voit comblée par Celui qui s’est fait chair et qui se donne en nourriture : « Ceci est mon Corps qui est pour vous. »

  

La prière, vécue dans le secret, dans le retrait, dans la distance à l’égard des préoccupations quotidiennes, porte fermée au fond de la maison,  nous invite à recevoir et à accueillir Celui qui se donne, Celui qui aime jusqu’à l’extrême et qui veut demeurer chez nous.  La prière du pauvre traverse les Cieux. Le Père l’entend. Il y répond en son Fils, le Christ. Il se fait Serviteur, venu pour servir et non pour être servi : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Les malades que je rencontrais cet après-midi à l’hôpital de Gap savent ce que cela engage que de se laisser laver,  et le soignant de faire avec délicatesse et tendresse la toilette.  La prière convertit le priant en l’engageant à se faire serviteur à son tour.  Qui donne, reçoit. L’autre grandit à nos yeux et prend une dimension d’infini.

 

L’aumône vécue, non sur notre superflu mais sur notre nécessaire, trouve sa réponse dans l’Amour donné sans limites à la taille de l’Amour de Dieu.  La miche de pain, donnée et partagée,  libère le creux de la main pour recevoir le pain de l’autre qui nourrit et rassasie.

En nous privant dans l’expérience du jeûne, en perdant du temps pour Dieu dans la prière et la méditation, en nous laissant déranger par celui qui tend la main et réclame l’aumône, nous avons pu penser que c’était nous priver de bonheur. Erreur ! C’est choisir la Vie, c’est faire choix du bonheur.

Le Jeudi Saint, au cours du dernier repas avec ses disciples, le Christ nous donne le sens.

Le sens du jeûne : Dieu se fait, en Christ, nourriture pour la vie éternelle.

Le sens de la prière : au temps perdu, Dieu nous offre l’éternité comme mesure du temps.

Le sens de l’aumône : Dieu se fait mendiant d’Amour pour mieux nous offrir son Amour. Il nous donne cette ouverture à l’autre et à l’humanité entière en nous montrant le chemin du serviteur.

« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » ; « je vous ai lavés les pieds pour qu’à votre tour, vous vous laviez les pieds les uns aux autres. »

 

L’Eucharistie, mémorial de la mort et de la Résurrection du Christ, à l’image de la manne de l’Exode, est nourriture pour nous engager sur le Chemin de Croix, sur la voie de la passion de Dieu pour les hommes. La Cène, remémorée en chaque Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, nous donne la force de traverser la mort à nous-mêmes pour ressusciter avec le Christ.

 

Mgr Félix Caillet,

vicaire général du diocèse de Gap et d'Embrun,

Jeudi 1er avril 2010

 

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