Jeudi 27 mai, visite de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à Rosans

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

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Par une heureuse coïncidence de la Providence, c’est en la fête de Saint Augustin de Cantorbéry, grand ami de Saint Arey, évêque de Gap au VIe siècle, que Mgr Jean-Michel di Falco Léandri vient visiter les moniales de Notre-Dame de Miséricorde à Rosans et qu’il y célèbre la messe conventuelle, entouré de l’aumônier de la communauté et d’un prêtre du voisinage. Plusieurs familles et amis du monastère sont là.

 

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Mgr di Falco Léandri commentant dans son homélie l’Évangile du jour et plus particulièrement la phrase de Bartimée « Seigneur, aie pitié de nous », fait remarquer combien chacun, qu’il soit prêtre, religieux ou laïc, peut faire sien cet appel, car si, nous sommes tous appelés à la sainteté, tous, nous sommes pécheurs et pauvres.

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Au début de l’après-midi, accompagné de Joseph, séminariste du diocèse, Mgr di Falco voit la communauté. Nous sommes heureuses de pouvoir l’interroger sur la vie du diocèse, notamment sur son voyage à Madagascar, et de regarder les documents photographiques qu’il a apportés. Mgr di Falco témoigne aussi du l’accueil extraordinaire réservé au CD « Spiritus Dei » correspondant à une véritable soif spirituelle. Pour les moniales c’est une invitation à porter dans la prière cette forme d’apostolat et d’évangélisation.

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La rencontre « pastorale » se termine par quelques pas dehors pour une traditionnelle photo de famille et surtout par la bénédiction de notre évêque.

 

 

Les sœurs bénédictines de Rosans

 

                     


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Ci-dessous, l’homélie de Mgr Jean-Mchel di Falco Léandri


Mes sœurs,

A voir votre vie bien réglée, bien ordonnée, on vous imagine riches de vertus, de charité, d’amour mutuel. A nous voir revêtus des vêtements sacrés, célébrant les saints mystères, on pourrait penser que c’est le paradis sur terre !

Serions-nous meilleurs que les autres ?

Le croire voudrait dire que sommes pleins de suffisance ! Est suffisant celui qui croit se suffire à lui-même. Or vous savez bien que nul ne se suffit à lui-même. Tous nous dépendons les uns des autres, tous nous dépendons en premier lieu de Dieu.

Nous sommes comme Bartimée. Nous sommes des aveugles. Nous sommes des mendiants. Nous devons tout à Dieu. En premier lieu la vie, œuvre du Père, en deuxième lieu le salut, œuvre du Fils, en troisième lieu la sainteté, œuvre de l’Esprit Saint en nous. Devant Dieu, nous sommes des débiteurs insolvables.

« Fils de David, aie pitié de moi. » Cette prière de Bartimée rejoint celle du publicain, reprise dans la formule de la célèbre Prière au Saint Nom de Jésus, répétée de manière litanique : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur. »
J’ai pu remarquer que beaucoup de jeunes avaient des difficultés avec cette prière. Ils ne se sentent pas pécheurs ! Vous direz que ce sont des jeunes… Mais pour nous-mêmes, n’en est-il pas ainsi ? Nous est-il si facile de nous reconnaître pécheurs ?

Se reconnaître pécheur, c’est se rappeler le mal que nous avons fait, le bien que nous avons omis de faire. Nous le rappelons-nous si facilement ?...
Se reconnaître débiteur, c’est se rappeler tous les bienfaits reçus. Sommes-nous si conscients de tous ces bienfaits ?...

 « Fils de David, aie pitié de moi. » Telle devrait être notre attitude normale et constante. Mais il est bien difficile de se reconnaître pour ce qu’on est vraiment, pour des pauvres, alors même qu’au fond de notre cœur nous nous savons tous bien pauvres.
Pourquoi donc une telle difficulté à reconnaître l’abîme de notre pauvreté d’un côté, l’abîme de ce qui nous est gracieusement offert de l’autre ?

Peut-être parce qu’il est bien difficile de vivre notre dépendance à l’égard de Dieu de manière juste.

Notre dépendance peut être vécue de manière infantile. Dépendre en tout de Dieu peut être écrasant. Les deux réactions opposées à une dépendance ainsi perçue sont soit la fuite soit la révolte. Ces deux réactions sont tout aussi infantiles l’une que l’autre.

La dépendance totale bien vécue est celle qui se vit dans l’amour, un amour de type conjugal, nuptial, de deux adultes qui se donnent l’un à l’autre.
Vous savez que les textes et images bibliques s’appellent et se répondent les uns les autres. En pensant à l’amour nuptial, image de l’amour de Dieu pour son peuple, de Dieu pour chacun et chacune de nous, en pensant à la dépendance d’amour, à la prière de Bartimée, à la manière dont Jésus y répond, en pensant à ce que nous a rappelé saint Pierre, à savoir qu’à nous, qui étions privés d’amour, Dieu nous a montré son amour, j’ai pensé à ce beau texte d’Ezéchiel où Dieu rappelle à Jérusalem tout ce qu’il a fait pour elle (ch. 16) :
« À ta naissance, au jour où tu es née, on ne t’a pas coupé le cordon, tu n’as pas été lavée dans l’eau pour être purifiée ; tu n’as pas été frottée de sel ni enveloppée de langes. Nul œil ne s’est apitoyé sur toi pour te faire par pitié une seule de ces choses : par le dégoût qu’on avait de toi, tu as été jetée dans les champs, le jour où tu es née.
Passant près de toi, je t’ai vue te débattre dans ton sang ; je t’ai dit, alors que tu étais dans ton sang : Vis ! Je t’ai rendue vigoureuse comme une herbe des champs : alors tu t’es mise à croître et à grandir et tu parvins à la beauté des beautés […]. En passant près de toi, je t’ai vue : or tu étais à l’âge des amours. J’ai étendu sur toi le pan de mon habit et couvert ta nudité : je t’ai fait un serment et suis entré en alliance avec toi – oracle du Seigneur Dieu. Alors tu fus à moi. »

Dieu dans Ezéchiel et Jésus dans l’Evangile sont un seul et même Dieu. « Tu avais été jetée dans les champs », rappelle Dieu à Jérusalem en Ezéchiel. Bartimée était assis au bord de la route, dit l’Evangile.
« En passant près de toi, je t’ai vue te débattre dans ton sang », dit Dieu en Ezéchiel. En passant près de Bartimée, Jésus a vu Bartimée se débattre dans sa cécité et sa pauvreté ; il a entendu son cri ; rapporte l’Evangile.
« Je t’ai dis : « Vis ! » lance Dieu en Ezékiel. Et Jésus dit « Va ! » à Bartimée dans l’Evangile.
« Alors tu fus à moi. » dit Dieu en Ezékiel. Alors Bartimée s’est mis à suivre Jésus sur la route, raconte l’Evangile.

Mes sœurs. Une dépendance d’amour n’est pas une dépendance qui écrase, une présence despotique suscitant la fugue ou la révolte. Elle est une dépendance d’amour qui élève, libère, dilate le cœur et suscite la reconnaissance.

Bartimée n’a pas eu honte de confesser sa petitesse et son besoin de Jésus. Jésus de son côté a exercé son autorité sans abuser de son pouvoir. Jésus en donnant la vue à Bartimée a ouvert un espace de liberté. Bartimée, bien que devenu débiteur insolvable, a su et senti qu’il était libre. « Va ! », lui a dit Jésus. Et Bartimée a utilisé sa liberté recouvrée pour suivre Jésus. Il l’a suivi librement. Jésus ne l’y a pas obligé. Jésus ne lui a rien demandé. Jésus n’a rien exigé en retour. Jésus voulait son libre amour, car il n’y a d’amour que libre. Mais l’amour a sa loi. Et l’amour librement donné de Jésus à l’égard de Bartimée a suscité l’amour librement rendu de Bartimée à l’égard de Jésus.

« Fils de David, aie pitié de moi. »

Mes sœurs, une religieuse, un religieux n’est pas meilleur dans le cloître que celles et ceux qui sont en dehors du cloître. Il en est de même pour un prêtre, un évêque. Nous sommes comme les autres, comme les Bartimée qui frappent à la porte de votre monastère. Rien d’humain ne nous est étranger. Toute tentation, en quelque domaine que ce soit, même lorsque nous n’y consentons pas, nous rend solidaire de nos frères et sœurs en humanité, met à nue notre pauvreté, ne fait que révéler ce qui est en nous, de nous. Ne nous en étonnons pas. Ne soyons pas tristes de cette nudité, de cette pauvreté. Cette tristesse ne serait que vanité blessée. Soyons dans la joie plutôt. Jésus vient ! Votre époux vient ! Jésus nous décillera les yeux comme Bartimée. Lui seul nous les décillera. Nous ne pouvons pas les déciller nous-mêmes. Jésus vient. A son heure. Il passe alors que nous sommes assis à mendier sur le bord de la route. Veillons, pour saisir l’heure de son passage. Il sera alors à nous et nous serons à lui.

Viens, Seigneur Jésus. Aie pitié de moi, Seigneur Jésus. Si c’est ta gloire de sauver un plus grand pécheur, une plus grande pécheresse, un plus pauvre que moi, donne-moi cette pauvreté-là.
Seigneur, ôte de mon cœur toute suffisance et tout orgueil. Je ne vaux pas mieux que les autres. Fais-moi découvrir l’abîme sans fond de ma pauvreté. Fais-moi part de tes largesses. Ainsi je pourrai mieux chanter ton nom pour toute éternité.
Si je suis moniale, prêtre, évêque c’est pour cela : reconnaître ma petitesse, reconnaître que j’ai besoin du lait pur de la Parole de Dieu pour grandir, te suivre en toute liberté et chanter ton nom.

Mes sœurs.
Même la Vierge Marie, pourtant sans péché, s’est considérée comme une pauvre devant Dieu, comme recevant tout de lui. « Il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse. » Ne nous montre-t-elle pas la voie du bonheur ?

Amen.

 

                            + Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                   Evêque de GAP et d’EMBRUN

 

 

 


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COTIN 29/05/2010 10:00



Bonjour !


Lors de mon inscription dans le commentaire que je vous ai adressé concernant le CD LES PRETRES que j'apprécioe beaucoup j'ai omis de cocher la case "autoriser la publication du commentaire".
Jajoute àce premier commentaire qu'enfin l'église ose se montrer à visage découvert avec les termes de notre époque. Celà fait beaucoup de bien alors que dans nos villes nous ne nous
reconnaissons plus.


Bien à vous et bon courage. Janine.