Installation du Père Bertrand Gournay et accueil du Père Yves Scelle

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Durant ce week-end du 11 et 12 septembre ont eu lieu l’installation comme curé du Père Bertrand Gournay en l’église Saint-Catherine pour le Briançonnais, et l’accueil du Père Yves Scelle en l’église Saint-Roch pour le Gapençais. Mgr Félix Caillet, Vicaire général, présidait chacune de ces célébrations.

Retour sur ces deux célébrations :

 

  lettre Père Gournay copie

Lettre de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au Père Bertrand Gournay,
lue par celui-ci au début de la célébration

 

 

 

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Au premier plan, le Père Bertrand Gournay,
visibles à l'arrière-plan, Mgr Félix Caillet et les diacres Henry Pascal, Pierre Ferraris, Michel Gruère, Jean-Pascal Casanova et Hugues Chardonnet (de dos)

 

 

Homélie de Mgr Félix Caillet
Installation du Père Bertrand Gournay
Briançon, le 11 septembre 2010

 

 

« Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus-Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère » Ni toi, ni moi, Bertrand, nous n’avons choisi cette parole de Paul pour ce jour où notre évêque te confie la charge d’être curé des paroisses du Briançonnais : Briançon, Cervières, Pont-de-Cervières, Puy Saint-André, Puy Saint-Pierre, Saint-Blaise, Montgenèvre, La Vachette, Val des Prés, Les Alberts, Nevache, Prelles, Saint-Martin de Queyrières, Villard Saint-Pancrace, La Roche de Rame, Champcella et Fressinières. Certes, notre ministère presbytéral est jalonné de ces moments où il nous faut quitter, partir pour une nouvelle mission. Cela se vit toujours avec déchirement et inquiétudes : de quoi demain va-t-il être fait ? Saint Paul t’invite à le vivre le cœur plein de reconnaissance. A vrai dire, il faut que le temps passe pour pouvoir relire notre histoire et reconnaître que des mutations, des nouvelles charges pastorales deviennent des motifs de reconnaissance. Il faut laisser du temps au temps. En attendant ce temps-là, je sais que tu vis dans la confiance et dans la foi en Celui qui donne sa force, Jésus-Christ, notre Seigneur. Reçois aujourd’hui les hommes et les femmes qui te sont confiés comme un don du Seigneur !

La charge pastorale est triple, tu le sais : charge d’enseignement, charge de sanctification et charge de gouvernement qui, d’une manière paradoxale, est à vivre dans une dynamique diaconale, avec un grand souci de charité et de compassion.

Seul le disciple peut enseigner… seul celui qui se laisse instruire est en capacité d’instruire. Le pasteur que vous recevez, frère et sœurs du Briançonnais, est un homme de parole, je devrais dire un homme habité par la Parole. Depuis longtemps, certains bénéficient de ses compétences en exégèse. La première lecture nous resituait à l’époque où Moïse tardait à redescendre de la montagne.

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Trois mois après la merveilleuse sortie d’Egypte, le cœur des fils d’Israël a perdu de son enthousiasme. On n’entend plus rien, on ne voit plus rien. Où donc est Dieu ? Où donc est Moïse ? Alors le peuple se fabrique un dieu à sa mesure : un veau d’or comme on en a retrouvé dans des nécropoles anciennes. Mettre la main sur Dieu n’est pas une tentation d’hier mais une recherche toujours actuelle à convertir. Se fabriquer un dieu à notre taille ! Laissons Dieu être Dieu. Accueillons-le comme le Tout Autre, tout autre que nous pouvons l’imaginer, tout autre que la manière dont nous nous le représentons. Découvrons-le comme celui qui répond tout autrement à nos appels et à nos demandes. Nous voudrions un Dieu qui se laisse aller à la colère pour mieux nous venger ; il se présente à nous comme le Père de la parabole de l’Evangile, les bras ouverts au pardon. Le Synode sur la Parole de Dieu l’a rappelé : une communauté chrétienne ne peut être telle et ne vivre comme telle que si elle se fonde chaque jour sur la Parole de Dieu. Tu auras à cœur Bertrand de faire grandir celles et ceux qui te sont confiés dans la connaissance du vrai Dieu tel que le Christ dans l’Esprit nous le révèle.

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Les jeunes pendant l'offertoire


Je dirai demain dans mon homélie à la paroisse Saint-Roch, pour l’accueil du père Yves Scelle, que la parabole des deux fils, j’aime l’appeler la parabole inachevée…

La suite n’est pas donnée, elle est à écrire. Elle est à vivre dans nos communautés chrétiennes. Les fils aînés gonflés de certitude, cette certitude d’avoir tout fait pour la maison, ouvrent les bras à des recommençants dont la vie a connu parfois l’errance. Les fils prodigues se souviennent que d’autres ont travaillé dur depuis toujours au service du Royaume. Une communauté s’épanouit quand les plus jeunes reconnaissent que tout ne commence pas avec eux et quand les anciens croient que quelque chose de neuf peut aussi commencer avec ceux que l’on accueille. Le « mais on a toujours fait comme cela » doit se décliner avec le « mais on peut aussi faire ceci ! » Le prêtre est l’homme de la communion. Il permet à chacun de se reconnaître fils et à tous de se regarder comme des frères. La vie sacramentelle construit cette communion. La mission de sanctification est un autre visage de la charge que tu reçois aujourd’hui.

2010-sept.-11-et-12---Briancon-et-Gap 2747Le Père Bertrand Gournay et Jean-Pascal Casanova, diacre, au cours de l'offertoire

 

Alors, la troisième facette de la charge pastorale te sera douce et légère ! Gouverner avec une profonde et indéfectible charité. Tu sauras être ce pasteur qui rappelle aux plus démunis, aux plus fragilisés, qu’ils ont une place de choix dans le cœur de Dieu et par là, leur place dans les communautés paroissiales. Nos frères diacres, Hugues et Pierre, seront à tes côtés pour porter ce souci. Dans ta tâche de gouvernement, tu seras entouré, aidé des autres prêtres du doyenné : Michel, Jean-Pierre, Sami, André. Tu seras aussi porté dans la prière par celle des religieuses et par celle de tes confrères de plus de soixante-quinze ans : Maurice, Paul, Jean et Jean… Je sais que tu peux compter sur l’engagement d’une multitude de frères et sœurs laïcs. Nos communautés doivent apprendre à vivre autrement pour mieux répondre à leur mission d’être Corps du Christ et Temple de l’Esprit. Tu sauras les accompagner dans leur participation à la charge pastorale. Parfois, on pense qu’un laïc qui se met au service de la mission désamorce l’appel à la vocation sacerdotale. Au contraire, seule une communauté vivante de laïcs, religieux, religieuses, diacres et prêtres, est appelante. La vie appelle la vie. Soyez disponible à l’Esprit qui nous rend libres, libres de cette recherche de vouloir reproduire le passé, libres d’adopter de nouvelles façons d’être autant que de faire, libres d’être l’Eglise de Jésus-Christ dans ce coin des Hautes-Alpes aux frontières de l’Italie. Que nos frères italiens se sentent d’autant plus chez que tu parles leur langue !

 

 

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Homélie de Mgr Félix Caillet
Accueil du Père Yves Scelle
Gap, le 12 septembre 2010

 

Comme certaines personnes de l’assemblée étaient hier au soir à Briançon pour la célébration d’installation du père Bertrand Gournay comme curé, sachant que je les retrouverais ce matin, je leur ai annoncé qu’elles auraient aujourd’hui la suite de l’homélie d’hier au soir.

2010-sept.-11-et-12---Briancon-et-Gap 7214La procession se met en place


La liturgie nous propose aujourd’hui la parabole bien connue du fils prodigue. On l’appelle aussi la parabole des deux fils ou celle du Père de miséricorde. J’aimerais qu’on l’accueille aujourd’hui comme la parabole inachevée ! Il y a bien une Symphonie inachevée, pourquoi n’y aurait-il pas une parabole qui attende son achèvement ?

En effet, quelle a pu être la suite de l’histoire ? Le fils aîné est-il toujours en colère, n’ayant pas connu l’exhortation de Paul : « Que votre colère ne dépasse pas le coucher du soleil » ? Est-il rentré à la maison ? A-t-il continué à déserter la table familiale et à se refuser à entrer ? Est-il retourné aux champs ? Le fils revenu, celui pour qui fête et festin ont été organisés, a-t-il repris ses marques ? Son travail à côté de son frère ? Avec quel état d’esprit ? A-t-il pu raconter son expérience ? La psychologie nous a appris l’importance de pouvoir formaliser les accidents de notre histoire.

Oui, l’histoire ne nous dit rien de cela… Saint Luc ne répond pas à ces questions. On peut supposer que chez les anges de Dieu c’est toujours la fête car eux, la fête ça les connaît.

Une parabole inachevée !!! Inachevée parce qu’elle est toujours « en achèvement » Les communautés des paroisses de Saint-Roch et de Neffes en écrivent la suite.

2010-sept.-11-et-12---Briancon-et-Gap 7218De gauche à droite : le Père Yves Scelle, Mgr Félix Caillet, Michel Gruère et Henry Pascal, diacres

 

La table eucharistique doit être trop petite chaque jour pour accueillir chacun… Pourtant, des fils aînés refusent toujours de rentrer à nouveau. Il ne nous faut nous lasser d’aller les chercher, de les inviter à entrer. Un jour, ils ont pu penser qu’on en faisait trop pour les gens qui ne sont pas exemplaires à leurs yeux : les divorcés remariés, les homosexuels, les Roms... ou pour d’autres qui n’étaient pas de chez nous. Alors ils pensent qu’ils n’ont plus leur place. Ils se punissent eux-mêmes, se privant de fête, de veau gras et du pain quotidien. A l’enfant enfermé dans sa chambre par punition, il y a toujours quelqu’un qui, discrètement, subrepticement, va porter un peu de douceurs pour compenser le souper. A ces fils qui se refusent d’entrer, il faut qu’il y ait des personnes remplies de complicité qui déposent à leurs pieds quelques choses nourrissantes : un sourire, une parole, un respect, une invitation.

L’enfant qui a pris ses distances pour courir après un bonheur illusoire doit réapprendre à retrouver sa place. De nouvelles habitudes ont été prises sans lui. Son assiette a peut-être disparu de la table familiale depuis quelque temps. Il faut sans cesse veiller à bien le compter parmi le nombre des convives. Combien sommes-nous aujourd’hui à déjeuner ? Et pour que l’on puisse à nouveau savourer la table et prendre goût à la nourriture prise ensemble, il faut savoir réinstaurer une parole, se parler, s’écouter, voire s’expliquer pour être en mesure de se pardonner, de se réconcilier, c'est-à-dire vivre à nouveau avec les liens familiaux de frères et sœurs. Dans cette histoire, dans l’achèvement de cette histoire, il ne nous faut pas oublier le Père… Ses silences sont plus éloquents que ses paroles… Ses encouragements plus forts que la morale assénée.

C’est le Père qui donne à chacun sa place dans un équilibre harmonieux. Alors chaque enfant peut être lui-même, assumer le poids de ses blessures d’hier. Il en gardera sans doute des traces, des cicatrices physiques et morales, mais il pourra vivre avec, les assumer comme le Christ ressuscité montrant ses plaies aux Apôtres : c’est bien moi, n’ayez pas peur.

Cette histoire, Yves, elle devient aussi la tienne. Paroissiens de Saint-Roch et de Neffes, vous accueillez aujourd’hui un frère. Il vient d’ailleurs, d’un ailleurs qui pourra vous sembler lointain. Il aura éventuellement selon les jours le caractère du fils aîné et le lendemain celui du plus jeune. Peu importe, c’est votre frère… Et pour toi, il en de même Yves, le Seigneur te donne, véritable cadeau du ciel, des frères en Christ.

2010-sept.-11-et-12---Briancon-et-Gap 7230L'assemblée

 

Yves devient en même temps le Père de la parabole… celui qui renonce à être propriétaire de ses fils, dût-il en souffrir. Le Père qui se tient sur la porte prêt à ouvrir les bras pour les tendre vers celui qui vient, qui passe ou qui revient : sans jamais poser de questions, sans jamais vouloir régler des comptes. Le Père qui remarquant qu’il manque quelqu’un à l’appel dit : « Qui peut aller le chercher ? », « Va lui dire de venir ! » Le Père qui permet aux enfants de vivre ensemble, de se parler, de se respecter comme des frères… Nous savons combien malheureusement les choses changent dans les familles quand les parents ne sont plus là. Le Père qui jour après jour, sans se lasser invite au pardon. Le Père qui, par sa seule présence, permet à chacun de prendre sa place, de s’épanouir, de donner le meilleur de lui-même. Voilà le Père qui vous est donné ! A vous de le regarder comme tel.

Je termine par où j’ai commencé mon homélie hier au soir : « Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère. La grâce du Seigneur a été encore plus forte avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus. »

Ces paroles de Paul, Yves, tu les fais certainement tiennes…

Que la prière de reconnaissance soit la force de notre ministère. Marie nous en montre le chemin.

 

2010-sept.-11-et-12---Briancon-et-Gap 7271Le Père Yves Scelle et Mgr Félix Caillet au cours de l'apéritif qui suivit la célébration, sur le parvis de l'église

Publié dans Actualité

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