Dans la peau d'un évêque

Publié le par PF

 




Comme Georges Bernanos a donné le Journal d’un curé de campagne, un récit écrit par Pietro De Paoli donne aujourd’hui le journal de Mgr Marc Belhomme, cinquante-trois ans, évêque (fictif) d’un diocèse assez rural. Un évêque plein d’ardeur pastorale et inventif. Il ne parle pas en termes de manque, ni de peur pour l’avenir du catholicisme, mais il crée un actif « Comité de l’avenir ». Soudain, tout s’écroule : alerte à la tumeur du cerveau. Rude occasion de placer l’évêque Marc devant un radical bilan de vie, de ministère épiscopal, et de vie d’Eglise en France et de l’Eglise universelle. Bibliste, il se nourrit de la Parole de Dieu. Il va vivre un véritable « combat de Jacob ».

Il tient compte des faiblesses des personnes, des institutions de l’Eglise (pesanteurs diocésaines, risque de routine, difficultés romaines, etc.), des pressions traditionnalistes et du besoin d’un vrai sens de la Tradition… La question qui lui paraît essentielle : comment dire l’Evangile aujourd’hui, d’une manière crédible, fraternelle et mobilisatrice ? Depuis sa nomination d’évêque, depuis trois ans, il s’y emploie à fond : messe avec les jeunes chaque dimanche soir, visites dans les paroisses, soutien des séminaristes, visite à une jeune hospitalisée, encouragement envers tous, etc.

De l’Avent 2008 à Pâques 2009, ce Journal de l’évêque Marc fait preuve de courage. A Noël, il publie une Lettre pastorale pleine d’élan. Puis, au fil des rencontres, il aborde bien des questions débattues, et surtout les trois « crises » récentes autour des décisions ou propos du Pape : la levée des excommunications, l’affaire Williamson, les événements de Recife. Mais ce récit ne s’y enferme pas : il appelle à construire une parole d’espérance avec l’apport de tous.

Quand il apprend que sa vie n’est pas menacée par la maladie, il vit une véritable « résurrection ». Il se relance dans sa visée pastorale avec tout le diocèse. L’évêque Marc veut avancer avec foi et dynamisme tout en gardant le cap de l’avenir : « oser inventer du neuf avec l’Esprit Saint ». Un souhait en direction des évêques pour qu’ils réalisent le « rêve » de l’Evangile. Cet évêque Marc le dit bien : « Je rêve que l’Evangile soit annoncé. » […] que [tous] se disent que leur vie a du sens parce qu’ils espèrent en Dieu. Parce qu’ils croient qu’il y a un Dieu […] qui les chérit » (p. 280). Une annonce de l’Evangile qui soit portée réellement par tous les baptisés, hommes et femmes, dans la pleine responsabilisation des uns et des autres. L’évêque Marc apprécie quand il entend parler ses interlocuteurs en disant non pas « l’Eglise » en général, mais « nous », en s’impliquant. Le type d’évêque qui est mis en valeur ici est l’évêque « avec » (avec les ressources apostoliques de tous) et l’évêque « vers » : confiant vers un avenir évangélique. Le récit se termine symboliquement la semaine de Pâques. L’évêque célèbre une « messe sur le monde ». Il « célèbre pour le peuple qui [lui] a été confié, pour cette foule qui ne sait pas encore que Dieu l’attend. » (p. 291)

Ce livre est un hommage à tous les porteurs d’Evangile, un éloge de toutes les collaborations dans les diocèses, et un appel à une espérance de Pentecôte. A la fin, l’évêque Marc fait cette confidence: « Ce matin, dans ma tête, c’est Pentecôte. » (p. 290)

Sur le plan littéraire, l’écriture se caractérise à la fois par sa détermination et sa délicatesse, de belles descriptions, et une quasi tendresse de ton pour les passionnés de l’annonce de l’Evangile.

Pietro De Paoli a déjà publié Vatican 2035 en 2005. Il fait ici de nombreuses références à son récit précédent, 38 ans, célibataire et curé de campagne, paru en 2006. Mais, sous ce pseudonyme, qui est cet auteur ? Peut-être une femme qui veut faire avancer l’apport de l’ensemble des femmes à l’annonce de l’Evangile ? Ce récit consonne bien avec la militance de personnes et de groupes qui « se réveillent et se sentent concernés par l’Eglise ». Au final, voici un livre tonique, très « évangélique ».

Père Pierre Fournier

Pietro De Paoli, Dans la peau d’un évêque, éd. Plon, 2009, 292 p., 19,90 €.

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