Adieux du Père Jean-Marie Lefebvre à sa paroisse

Publié le par AS

Homélie du Père Jean Marie Lefebvre à l'occasion de son départ de la paroisse Saint-Roch de Gap.

Sans doute aurais-je dû vous composer une homélie normale, commentaire des textes bibliques… il y avait matière à dire :

1ière lecture :

‘Elisée se leva et partit à la suite d’Elie’

2ième lecture :

‘Appelés à la liberté’

‘Il y a un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez’

Evangile :

‘Jésus prit avec courage la route de Jérusalem »

 

®    Départ, abandon, route, épreuves, courage…

Il y avait là de quoi parler de vous, de ce qui nous advient : moi qui pars, et vous qui allez accueillir un jeune ‘prophète’

 

Mais mon imagination est partie avant toute logique et s’est arrêtée sur 3 images, afin de méditer à la vie des prêtres et à celle des communautés chrétiennes.

 

I la boite de mouchoirs

 

Je suis envahi, depuis longtemps, par un lourd sentiment d’usure, usure profonde et durable. Alors la première image qui me soit venue est celle d’une boite de mouchoirs en cellulose… gros rhume, petit chagrin,… vous savez : on prend… on use… on jette… et cela semble sans fin.

 

Cependant, un jour, la boite est vie ! Or, il n’y a pas de petit projet pour les grosses entreprises. Nos boites de mouchoirs ne contiennent plus 100 mouchoirs, mais seulement 90 mouchoirs !

 

Comme son nombre, l’espérance de vie et de santé du clergé n’est plus ce qu’elle était ! Chacun donc est venu, vient ou viendra à notre port avec sa demande de servie, sans même imaginer l’usure, la rareté, puis le vide. « Donnez-vous un curé », disent les paroissiens, quand l’un de vous s’en va ou meurt… mais on ne peut plus remplace tout le monde.

 

C’est une chance, une aubaine, presque un miracle, quand on accueille quelque « Elisée » venu de plus loin : de Bretagne ou du Nord, de Madagascar, de Pologne ou d’Afrique…

Mais les miracles sont rares, de nos jours. Alors ?... pour l’avenir ? Nous ne pourrons pas indéfiniment aller puiser plus loin, ailleurs. Il faut toujours soigner le rhume ou le chagrin autant que prendre de mouchoirs… il faut que notre Eglise diocésaine puisse à nouveau accueillir, susciter, mener à maturité des vocations sacerdotales issues de chacun de nos doyennés. Il faut que des jeunes, d’ici aussi, se sentent appelés et répondent ‘OUI ‘ ! à leur vocation… c’et urgent ! c’et nécessaire !

 

Il faut aussi, bien sur, que les prêtres ne s’usent pas à devoir tout faire et qu’ensemble, laïcs, clergé et religieux nous bâtissions l’Eglise des temps qui viennent, dans un esprit de grande fraternité et de responsabilité partagée.

 

II L’image de l’haltérophile

 

Sur le parquet usé du gymnase de banlieue s’avance un homme fort. On affiche 150 kg. Sans faiblir il soulève la barre. Le concours continue. On augmente la charge. Certains ne peuvent plus. S’effondrent soudain, dans la douleur…tandis que quelques autres y parviennent encore. Avec un énorme effort. (Moi, je ne serais jamais qu’un haltérophile gringalet)

 

Notre ministère sacerdotal y ressemble un peu : les petites charges s’accumulent… pèsent sur nos épaules le poids des absences et des défections. Il n’y a pas si longtemps la moindre des paroisses était portée par un ou deux prêtres… chaque problème de santé, chaque année qui passe, chaque traumatisme… un banal déménagement, quand on est fatigué…autant de charges additionnelles.

 

Il faut à l’haltérophile, et au prêtre une constitution solide et la sagesse du repos autant que celle de l’effort. Il ne faut pas oublier que la solidité de l’ensemble est égale à celle de sont point le plus faible. Pour le sportif, c’est un genou, un coude. Pour un prêtre ce peut-être le Foie, la Foi…ou la Voix.

St Paul nous invitait à porter les fardeaux les uns des autres. Ce qui est interdit aux sportifs est permis aux Simon de Cyrène.

 

Alors merci, un grand merci à tous ceux qui jusqu’à ce jour m’ont permis de tenir debout et de porter au mieux ma charge ! Merci !

Merci également à tous ces points d’équilibre qu’ont pu être pour moi la nature, la marche, la sculpture, les champignons… et surtout le dialogue avec des gens de bonne volonté !

Je constate également, comme tout vétéran, le secours nécessaire reçu des gens de médecine et celui, que je devine, reçu des gens de prière.

Il existe des personnes qui ont la grâce de savoir alléger les fardeaux et de donner force et courage, pour avance « quand même ». Il y en a parmi nous ce soir. Ce sont les ailes qui allègent les boulets de la vie !

Mon successeur, malgré son jeune âge, comme chacun, a sans doute un point de faiblesse… il faudra y être attentif et l’y soutenir. Aidez-le…avec patience et respect de sa liberté !

 

III l’image du funambule

 

Sous les regards des badauds, un funambule s’apprête à traverse la place, quelques mètres au dessus du pavé, sur un maigre fil d’acier. Va-t-il tomber ?

Il s’avance, portant aux bras un long balancier de bois terminé par deux boules de fer. Les débuts sont aisés : cela descend et ne bouge pas trop.

Au milieu, c’est le vent ; ce sont les oscillations. C’est la peur qui vient. Enfin de parcours, ça remonte, la pente est rude vers le palier du repos. Arrivée ! Ouf !

 

Et si un des contrepoids venait à se détacher entrainant l’artiste dans sa chute ? Le premier de ces poids peut être celui des exigences ; l’autre celui de la Miséricorde.

 

Il nous semble parfois que certains pèsent de toutes leurs forces du coté des exigences tandis que d’autres apportent tant de Miséricorde, douceur, patience…que la traversé demeure cependant possible. L’équilibre est toujours assisté !

Un jour, il est plus sage de reposer le balancier parque les forces manquent, parce que le pas n’est plus assuré, parce que la vue se brouille, parce que le vent est  trop violent. Il faut savoir descendre du perchoir, plutôt que tomber et saluer, en remerciant, tous ceux qui ont encouragé.

 

Les prêtres ne sont pas les uniques funambules de l’existence… et je pense souvent à tous ceux qui risquent de tomber. Ai-je eu tord, au long de mon existence sacerdotale, de n’avoir pas souvent appuyé coté exigence, loi, mais bien plus souvent du coté de la Miséricorde ? Je désire demeurer dans cet esprit.

Et voici venir vers vous un autre Messager, un autre FRERE. Je lui transmets le balancier, la barre de l’haltérophile et une boite neuve de mouchoirs… voici un jeune funambule… ne le laisser pas tomber !

Père Jean-Marie Lefebvre
Curé de Saint-Roch

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