L'Eglise n'a pas peur de la vérité !

Publié le par AS

Ce 29 mai à 23h20, sur TF1, sera présenté un documentaire fiction intitulé « Le tombeau retrouvé du Christ  ». Réalisé avec le cinéaste James Cameron, l’auteur du film à succès « Titanic », ce documentaire reprend sous la forme d’une fiction, le déroulement des recherches qui ont été récemment faites autour d’un tombeau par un réalisateur canadien, Simcha Jacobovici. A l’origine de son initiative, des rumeurs selon lesquelles ce tombeau, découvert en 1980, renfermerait en particulier une urne sur laquelle est inscrit « Jésus, fils de Joseph  ». Le film est suivi d’un débat entre Simcha Jacobovici et Mgr di Falco. Voici quelques éléments de réflexion au sujet de cette découverte.

Il est tout d’abord intéressant de noter que l’intérêt du cinéaste pour ce tombeau coïncide avec le succès commercial de nombreux ouvrages à thème ésotérico-religieux, tels que le Da Vinci Code, alors que le tombeau était connu des archéologues depuis 27 ans. Ces derniers n’avaient apparemment pas jugé nécessaire d’approfondir la présence de l’urne funéraire d’un certain « Jésus, fils de Joseph  », cette inscription n’étant pas rare à cet emplacement, à quelques kilomètres de Jérusalem.

La curiosité de Simcha Jacobovici a été suscitée par la présence, dans le même tombeau, d’autres urnes sur lesquelles des graffitis représentent les noms de Joseph , Marie, Marie-Madeleine, Jacques, Matthieu et Judas. La mention de ces prénoms , tous connus dans la Bible, fait ainsi dire au réalisateur qu’il s’agit du tombeau de la famille de Jésus : Jésus, « époux » de Marie-Madeleine, Judas, leur « fils », Jacques, le « frère »… Sur quoi se base-t-il ? La seule analyse ADN a permis de montrer que Jésus et Marie-Madeleine avaient un ADN différent. Simcha Jacobovici en conclut bien rapidement qu’ils sont mari et femme. Or, aucune analyse sur ce Judas, leur prétendu fils…

D'autant que cette conclusion repose sur une statistique douteuse : il y aurait une chance sur 600 pour une telle concordance de prénoms. Mais des archéologues se demandent quelles sources de données ont permis au réalisateur d'établir de telles statistiques puisqu’en Israël, le nombre de tombes non découvertes surpasse des millions de fois le nombre des tombes mises à jour. Par ailleurs, les prénoms de Jésus, Joseph et Marie-Madeleine étaient très fréquents à l'époque. Et même si ces statistiques s'avéraient justes, elles présupposent que Marie-Madeleine et Jésus sont mariés et que Judas est leur fils. Or, aucune indication n’est donnée en ce sens, ni dans la Tradition de l’Eglise, ni dans aucun évangile apocryphe.

D’ailleurs, concernant Marie-Madeleine, un problème survient sur celle qui est ainsi appelée, sans nuance, par le réalisateur. Pour tous les lecteurs du Da Vinci Code et d'autres récits du genre, ce nom de «  Marie-Madeleine » fait tilt ; or, sur l'inscription retrouvée, on a le nom « Mariamne », qui pourrait se traduire, d'après les archéologues, « Marie, connue sous le nom de son maître ». Rien ne dit donc qu'il s'agit là de Marie-Madeleine des évangiles, d’autant plus que ce même nom condense la figure de trois femmes  : Marie de Magdala, Marie sœur de Lazare et la femme de Béthanie. Autre curiosité, ces tombeaux contiennent des inscriptions en araméen, hébreu et grec ; il est étonnant que, dans une même famille, on ait ainsi des inscriptions de langues différentes.

Enfin, la localisation géographique pose question : si Jésus a été mis au tombeau à Jérusalem puisqu'il y a été crucifié, il n'y a aucune raison à ce que Joseph , père de Jésus , ait été lui aussi enterré (avant Jésus) à Jérusalem et non à Nazareth. De même, si Marie-Madeleine et son prétendu fils Judas ont vécu après la mort de Jésus, on peut supposer qu’ils seraient retournés à Nazareth ou du moins sur les bords du Lac, où ils auraient dû, selon la logique du réalisateur, être enterrés.

En conclusion, la découverte récente de la tombe du roi Hérode, par des archéologues qui ont travaillé dessus pendant une dizaine d’années, paraît plus sérieuse que celle d’un cinéaste et d’un réalisateur dont le premier est particulièrement connu pour ses fictions à succès commerciaux. En outre, l’évangile est passé au feu de la critique depuis 150 ans, et son interprétation dans l'Eglise, reste le meilleur portrait de Jésus qui soit recevable aujourd'hui, le plus crédible et le plus vraisemblable. Mais pour reprendre les propos du Pape Pie XII qui donnait l’autorisation de faire des fouilles sous la basilique Saint-Pierre où l’on craignait de ne pas retrouver les restes de saint Pierre , « l’Eglise n’a pas peur de la vérité  ».

                          + Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
                             Evêque de Gap

Pour écouter la réaction de Mgr di Falco sur Radio Vatican,
cliquez ici.

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Adri 06/10/2007 15:26

! Eh bien !Au revoir et bonne continuation à ce blog.

Michel 26/06/2007 06:06

Que n'avez vous exposé  ces remarques aux auditeurs ??
merci d'avoir répondu
Danielle MICHEL

AS 26/06/2007 08:44

Une heure et demie d'enregistrement pour 15 minutes de débat passé à l'antenne, les producteurs ont malheureusement de quoi supprimer ce qui les intéresse !... C'est le fonctionnement de la TV !

Jean 31/05/2007 01:12

Comme vous le dîtes en reprenant le pape Pie XII, "l'Eglise n'a pas peur de la vérité". Je le sais, nous le savons tous je pense, la vie de Jésus de Nazareth n'est pas précise. Personne ne connait exactement sa date de naissance, de mort, de ressurection (si résurection il y a lieu). Personne ne connait vraiment les liens qu'ils avaient avec d'autres personnages de la Bible tel que Marie Madelène.
Toutes les interprétations sont possibles dans la mesure où nous ne possédons pas assez de renseignements. L'Eglise il y a des siècles, (dans son élan de popularité à l'époque), a choisis une interprétation parmis des miliers - elle avait ses raisons - en "choisissant" les évangiles à conserver pour permettre une meilleure adhésion à l'interprétation choisis. A cette époque contreverser cette hypothèse aurait été impensable.
Aujourd'hui, je pense qu'il est tout à fais normal de se poser des questions sur les faits qui se sont réellement passé il y a 2000 ans. Les gens, chrétiens ou non, ont ressentis un besoin de savoir. Alors que (mais ce n'est qu'une opinion personnelle) la foi doit être basé sur des supositions. Il y a des raisons à certaines moeurs de l'Eglise. SI on ne représente pas Dieu, si les Ecritures ne sont pas si explicite que ça sur leur véritable sens, c'est qu'il y a une raison. Chacun a besoin d'y voir sa propre interprétation.
Notre foi chrétienne est basé sur la Résurection de Jésus Christ, "fils de Dieu", Jésus de Nazareth, fils de Joseph. Que l'on puisse retrouver le tombeau de Jésus aujourd'hui, en authentifiant par des preuves irréfutables que c'est bien Jésus, ne doit pas ébranler notre foi. Et au contraire : je pense que d'avoir une preuve de la véritable existence de cet "homme" pas comme les autres doit plutôt ravifier la foi et non la détruire, surtout dans une période comme celle d'aujourd'hui, où l'Eglise est en déclin. La résurection décrite dans les évangiles n'est pas précise ... On ne sait pas (et je trouve que cela fais parti de la foi) ce qui c'est passé, et surtout on ne l'explique pas, que cette résurection soit physique ou sprituelle. Des éléments archéologiques sur la véritable vie de Jésus sont donc, je pense, à prendre de leur bon côté, et non à chercher une bataille avec l'Eglise.
Aujourd'hui, avec le succés commerciaux qu'ont de nombreux ouvrages et films (Da Vinci Code, le linceul de Turin ...), je pense qu'il y a un surcrois d'évenements qui ne vont que dans un sens : prouvé que l'Eglise a menti. Et dans chacun d'eux on ne trouvera que des éléments allant dans ce sens. Avant d'y réfléchir autant, je pensais qu'autant ces films et livre en rajoutés, autant l'Eglise et ses représentants se défendaient trop. Mais je commence à comprendre. Pour pouvoir atteindre et attirer l'attention sur ce qu'ils souhaitent ces livres (ou films) ont besoins d'un surcroit d'informations, il faut le plus possible pour mettre le plus de gens de "son côté". L'Eglise elle ne peut donc riposter que de cette manière : en critiquant ceux qui la critique et en mettant la dose adéquate.
En tout cas, je voulais remercier les acteurs du débats de TF1 du 29 mai même si c'était toujours et encore la même histoire : qui a raison ...
 
Jean Eymerit
première S, Saint Joseph de Périgueux (24)

le lorrain 30/05/2007 16:43

Vu le documentaire hier. Comme toutes les reconstitutions de ce type, il me semble fait d'un peu de sciences (scientisme ?) et beaucoup de bagout (définition dans CNRTL ==> Bavardage volubile où entrent de la hardiesse, de l'effronterie et l'envie de duper l'interlocuteur )
Même certains indifférents à la Foi restent sur leur faim quant au sérieux de l'émission...
Merci à Mgr d'avoir témoigné à la fin du documentaire.
 

Ester 30/05/2007 15:30

Merci pour votre intervention au cours de l'émission télévisée sur TF1. Vous montrez le  caractère fictif de ce scénario et vous avez bien raison.  N'étant pas moi-même un spécialiste de la bible pourriez-vous  m'éclairer sur un point que vous avez soulevé. En effet, vous dites que l'évangile selon saint Marc ne mentionne pas la Résurrection de Jésus. Comment comprendre alors Marc 16, 6 : "C'est Jésus le Nazarénien le crucifié que vous cherchez : il est ressuscité, il n'est pas ici" ?