Homélie de Mgr di Falco à l'occasion du rassemblement diocésain

Publié le par AS

« Je ne connais pas cet homme »

Cette phrase, qui fut prononcée pour la première fois par l’apôtre Pierre,  serait-elle secrètement inscrite au fronton de notre conscience ? Peut-être même dans notre inconscient au point de l’ignorer ?

« Je ne connais pas cet homme »… Mais de quel homme s’agit-il ? Vous l’avez compris, du Fils de Dieu, un certain Jésus-Christ. C’est tellement plus facile de prétendre ne pas le connaître, cela nous déculpabilise. Ainsi nous pensons pouvoir vivre en hommes et femmes libérés. Libre de toute contrainte, libre de tout choisir sans s’encombrer de savoir ce qui est bien et de ce qui est mal.

« Je ne connais pas cet homme »… Sans jamais avoir prononcé cette phrase, ne vivons-nous pas comme si nous ne le connaissions pas ? Oh bien sur, il nous arrive de penser à lui lorsque ça va mal dans notre vie. Lorsque nous ne savons plus vers qui nous tourner, lorsque nous avons besoin de lui pour ceci ou pour cela. Mais pensons-nous à lui aussi pour lui demander de nous aider à nous convertir ? Trop souvent nous prions avec l’espoir que Dieu se pliera à notre volonté au lieu de lui demander de nous faire la grâce de savoir accueillir la sienne.

« Je ne connais pas cet homme »… Oserons-nous avouer que nous ne le connaissons pas ou si peu ? En fait oui, nous le connaissons à la mesure de ce que nous en avons fait. Pour les uns il n’a pas dépassé le stade du « Petit Jésus » pour d’autres il a pris le visage d’un ange aux cheveux blonds et au doux regard transparent, pour d’autres encore il est ce contestataire sachant manier le fouet de la colère , il serait aussi le grand responsable de la guerre entre les peuples, je ne parlerai pas de ceux pour lesquels il n’aurait même pas existé.

Qu’a apporté Jésus-Christ ?

Ayant existé ou pas, ressuscité ou pas, serait-il encore si dérangeant pour que naisse ici et là une littérature des plus fantaisistes pour tenter de l’enterrer une fois pour toutes dans les oubliettes de l’histoire. Mais qu’a t-il donc apporté ? J’emprunte la réponse au Pape Benoit XVI dans son tout récent livre : « Jésus de Nazareth ». Qu’a apporté le Christ  ? « Telle est la grande question (…) qu’est ce que Jésus a vraiment apporté, s’il n’a pas apporté la paix dans le monde, le bien être pour tous, un monde meilleur ? Qu’a-t-il apporté ? La réponse est très simple : Dieu. Il a apporté Dieu. Il a apporté le Dieu dont la face s’est lentement et progressivement dévoilée depuis Abraham. (…) Il a apporté Dieu : dès lors, nous connaissons sa face, dès lors nous pouvons l’invoquer. Dès lors, nous connaissons le chemin que, comme hommes, nous devons prendre dans ce monde. Jésus a apporté Dieu et avec lui la vérité sur notre origine et notre destinée  : la foi , l’espérance et l’amour. »

Vivre sans amour ce n’est pas vivre

Que devient la vie sans amour et sans espérance ? Que devenons nous ? Seul l’amour nous fait exister, seul l’amour nous fait vivre ! Seul l’amour nous fait grandir ! Seul l’amour nous sauve ! L’Amour avec un grand A nous est donné par Dieu lui-même. Mais si nous n’y répondons pas qui donc se fera les relais de cet amour ?  Que nous reste t-il ? La jungle ?  La barbarie ?  Le désert ? Nous ne serions plus que des plantes qui se consument sous le soleil ardent faute de n’avoir su se désaltérer à la source de l’Esprit Saint de Pentecôte.

Soyons unis comme le Père et le Fils sont unis

Un regard sur notre histoire le montre, les chrétiens sont capables de s’entredéchirer. A l’intérieur même de notre Eglise l’esprit de division poursuit son œuvre, montant les uns contre les autres, alimentant un regard de jugement sur nos frères, nous faisant condamner hâtivement ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui ont d’autres habitudes, ceux qui ont d’autres sensibilités. Mais voilà, la communion entre chrétiens n’est pas le fruit d’un effort que nous aurions à faire pour être plus tolérants les uns envers les autres. La communion que le Christ demande au Père de réaliser n’est pas autre chose que la communion qui existe entre le Père et le Fils. De même que l’unité qui rassemble le Père et le Fils est la personne même de l’Esprit Saint, de même la communion entre chrétien et avec le Christ dépend du don de l’Esprit Saint et de notre capacité à l’accueillir. Lui seul est capable de transformer nos cœurs, nos méfiances et nos rivalités pour que nous progressions réellement dans la pratique du pardon, de la réconciliation et de la communion.

Accueillons la force de l’Esprit Saint de Pentecôte.

C’est l’Esprit Saint que nous célébrons aujourd’hui et nous portons tout particulièrement dans notre prière ceux qui tout à l’heure vous l’accueillir dans le cœur en recevant le sacrement de confirmation et ceux qui vivent le Renouvellement de la grâce de cet Esprit Saint. C’est lui aussi, l’Esprit Saint,  que nous prions. Demandons au Père d’envoyer son Esprit. Qu’il nous donne la même force que celle accordée à Pierre. Alors qu’il avait prononcé les terribles pa rol es : « Je ne connais pas cet homme », celui-ci, après avoir reçu l’esprit Saint et proclamé le Christ ressuscité, répondra avec tout son cœur au Christ qui l’interroge et qui nous interroge à notre tour : « Seigneur toi qui sais tout, tu sais bien que je t’aime. »

L’Esprit Saint libérateur des forces de l’amour que chacun porte en lui

Alors ce soir, demandons à l’Esprit saint de nous libérer des chaînes qui emprisonnent notre cœur, des chaînes qui emprisonnent la pa rol e de Dieu, des chaînes qui emprisonnent encore l’Eglise, des chaînes qui emprisonnent l’amour de Dieu qui est offert à  tous et tout particulièrement à ceux que trop souvent nous montrons du doigt : les personnes qui se droguent sont aussi aimées de Dieu, les personnes qui se prostituent sont aussi aimées de Dieu, les personnes homosexuelles sont aussi aimées de Dieu, les femmes qui ont avorté sont aussi aimées de Dieu, chacun et chacune de ceux qui se trouvent à la Maison d’arrêt de Gap sont aussi aimées de Dieu. Son amour n’est pas sélectif et même lorsque nous désapprouvons sans ambiguïté des actes, Dieu aime toujours d’un amour infini ceux qui les ont commis. Comment oserions-nous dire autre chose dans ce sanctuaire que Marie a désigné comme le refuge des pécheurs ? Dans un refuge on se sent accueilli, entouré d’attention et aimé.

Voyez comme ils s’aiment

Alors vous le voyez, quelles que soient l’ampleur et la qualité des orientations issues du pèlerinage diocésain elles ne valent rien si nous ne sommes pas décidés à nous laisser aimer par Dieu. Elles ne valent rien si nous ne sommes pas décidés à nous convertir, à nous laisser habiter par l’Esprit de Pentecôte. Elles ne valent rien si nous ne sommes pas habités par la volonté de vivre notre foi dans l’unité, elles ne valent rien si nous ne sommes pas capables de mettre notre orgueil sous le boisseau. « Regardez comme ils s’aiment » disait-on des premières communautés chrétiennes. Peut-on le dire aujourd’hui en regardant vivre les chrétiens ? Lorsque chacun entend faire triompher sa vérité, lorsque chacun à sa propre vision de l’Eglise, lorsque chacun se veut l’Eglise à lui tout seul, le visage du Christ est défiguré et nombreux sont ceux qui s’en détournent. Que devient la symphonie de l’Evangile lorsque chacun veut interpréter sa propre musique ?

Tous ensemble nous sommes l’Eglise

Ne l’oublions pas, baptisés dans le sang du Christ , confirmés dans l’Esprit de Pentecôte, en communion avec le Pape Benoit XVI  nous sommes l’Eglise. Je l’aime cette Eglise, j’ai tant reçu d’elle… Mais souvent je me surprends à rêver d’une Eglise qui se laisse interpeller toujours davantage par la souffrance de celles et ceux qui à cause des épreuves de la vie se croient considérés comme des chrétiens de second rang. Je pense notamment aux personnes divorcées remariées. La tradition de l’Eglise et son enseignement sont beaux et pleins de sens. Je souhaite seulement que ces hommes et ces femmes qui souffrent de ne pas pouvoir communier au corps du Christ soient accueillis avec toujours plus de fraternité évangélique dans nos assemblées. Ils sont en bonne place dans le cœur de Dieu. Sachons le leur montrer !

Une Eglise toujours à construire selon la volonté du Christ

Oui, je rêve, je rêve encore d’une Eglise aux murs de verre, telle que le Pape Jean-Paul II la souhaitait, et non forteresse assiégée. Une Eglise qui ne craint pas de se montrer fragile dans l’humanité de ceux qui l’incarnent mais forte par l’Esprit Saint qui l’habite. Dans le combat entre David et Goliath, ce n’est pas le géant et puissant Goliath qui est sorti vainqueur mais le frêle petit David  ! Il était habitait par l’Esprit de Dieu.

Je rêve d’une Eglise où laïcs et prêtres, chacun selon la mission reçue, sans querelles stériles de pouvoir savent se mettre au service de leur communauté. Je rêve d’un presbyterium où les prêtres et les diacres vivent la fraternité sacerdotale et diaconale entre eux et en communion avec leur évêque quelles que soient leurs sensibilités, leur histoire, leur âge. Je rêve d’une Eglise où les laïcs responsables reconnaissent les charismes de chacun sans en prendre ombrage.
J’en suis certain, ces rêves sont en voie de devenir réalité. 

Des chrétiens engagés dans la société 

Le taux de participation aux élections présidentielles a montré une forte mobilisation des français. J’invite les chrétiens qui auraient un goût pour la politique et notamment les jeunes adultes à accepter des responsabilités dans ce domaine. Qu’au nom même de leur foi ils s’engagent dans un combat incessant pour bâtir une société plus juste et plus humaine. Où il n’y aura plus de laissés pour compte, où les jeunes pourront entrer dans la vie active sans avoir à passer des mois et parfois des années à mendier un emploi, où ils pourront sans crainte de l’avenir créer une famille. Je reprends bien volontiers à mon compte certaines propositions des mouvements de Pastorale familiale dont les Associations Familiales Catholiques et pour que soit valorisée  la dimension sociale du mariage et qu’il soit conforté dans sa dimension institutionnelle, que soit reconnu le premier corps social que constituent les familles, que soient mises en place des politiques sociales qui prennent en compte la dimension familiale, que l’on redonne confiance aux parents dans leur capacité à éduquer leurs enfants, que soit mise en place une véritable politique d’accueil de la vie et de toutes les vies.

Les jeunes, jeunesse de l’Eglise

J’invite les jeunes et les moins jeunes à se poser la question de la vocation sacerdotale et religieuse. Puissent-ils découvrir auprès de leurs prêtres le bonheur d’une vie donnée au Christ pour le service de leurs frères et de leurs soeurs. Je vous invite, vous les jeunes, à prendre votre place dans l’Eglise. Vous n’êtes pas l’ Eglise de demain mais bien celle d’aujourd’hui. Communiquez nous votre enthousiasme, votre énergie et votre amour de la vie.

Ce ux qui sont proches loin à la fois

J’adresse un signe d’affection à celles ceux qui sont avec nous par l’intermédiaire de RCF, la radio chrétienne des Hautes Alpes, et tout particulièrement les malades qui prient avec nous sur leur lit de souffrance et les détenus qui toujours grâce à RCF ont pu entendre ce matin en direct les messages que leur adressait leur famille.

Vous êtes chez vous chez nous

Il y aurait tant de choses que j’aimerais encore vous partager. Il y parmi nous non seulement des catholiques mais aussi d’autres chrétiens. Il y a également des incroyants. Je veux vous remercier tous pour votre présence. Je suis heureux de vous savoir avec nous en ce jour. Puissiez-vous trouver ce que vous êtes venus chercher ici.

Notre-Dame du Laus

Et maintenant, tournons-nous vers Notre Dame du Laus. N’oublions pas le « Faites ce qu’il vous dira » des noces de Cana. Pour faire ce que le Christ nous dit encore faut-il être disponible pour le percevoir, demandons à la Vénérable Benoîte de nous y aider elle qui fut si attentive aux messages reçus. Elle dont la fidélité nous vaut d’être ensemble en ce lieu béni pour prier et pour tracer des chemins d’Evangile aujourd’hui vers demain, avec le souffle nouveau que nous donne le Christ.

                                            + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
                                               Evêque de Gap

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