Editorial - février 2005

Publié le par AS

De la montagne à l’escalier

 

 

Chapelle Saint-Marcellin (Hautes-Alpes)

 

Dans le département des Hautes-Alpes, les grands axes de circulation sont situés dans les vallées, des voies secondaires permettant d’atteindre les villages abrités sur les côtés des montagnes.

 

Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans le passé, les cols étaient couramment franchis pour relier une vallée à l’autre. Les randonneurs fréquentent la montagne autrement que les paysans d’autrefois, du moins en Occident.

Avant, il était rarement question d’aller faire un sommet, même si l’on passait sa vie dans un hameau au pied de la montagne. Aujourd’hui, marche et escalade passionnent des milliers de personnes. Ceux qui vont toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus raide, nourrissent l’imagination, rapportent des images et des récits qui nous mobilisent pour des expériences que nous espèrons fortes et enrichissantes.

Depuis toujours, ces aventures physiques et sportives sont le support d’une démarche plus intérieure : désir de nourrir son regard de la beauté des paysages, besoin de sensations extrêmes pour aller au bout de soi même, souhait de vivre des rencontres avec des personnes d’autre culture, quête du divin…

   

Célébration de la messe à Chargès (Hautes-Alpes) le 14 juillet 2004 avec le Père Félix Caillet

 

Certains vont bien loin et dépensent beaucoup pour assouvir ce désir. Avec le risque de ne jamais le combler, de s’engager dans une fuite en avant pour consommer de la rencontre, de la sensation, de l’exotisme religieux ou du dépaysement.

Les mystiques, dans toutes les religions, savent la force de cette expérience intérieure, de cette ouverture du cœur au milieu des montagnes. Ils ont d’ailleurs su habiter l’espace en bâtissant monastères et ermitages à l’ombre des sommets, dans des lieux où le regard qui s’élève, élève l’âme et ouvre à la contemplation.

Bien des rencontres de Dieu, dans la Bible, se passent sur des montagnes, lieux d’expériences majeures, de Moïse à Elie jusqu’à Jésus et ses apôtres.

Et les spirituels n’ont jamais oublié que la montagne était une parabole de l’espace intérieur de la personne humaine. Le chemin de vie de chacun, la quête de bonheur ou d’absolu, l’expérience de la souffrance ou de l’effort s’expriment avec des mots empruntés à la marche en montagne ou à l’ascension. Il en est ainsi des Psaumes comme de saint François d’Assise ou de sainte Thérèse d’Avila.

 Cependant « pour qui cherche Dieu comme Moïse, un escalier peut tenir lieu de Sinaï » rappelle Madeleine Delbrêl ; manière d’indiquer que l’humble quotidien offre largement de quoi avancer dans la vie intérieure. Que l’on soit valide ou handicapé, les véritables sommets de l’amour sont atteints par cette qualité de vie où l’on essaie d’acclimater, au jour le jour, les grands élans de la Bible : où l’on s’engage totalement pour aimer, travailler, lutter même, sans étouffer en soi la capacité à rêver, à prier, à contempler.

 

   

"Les spirituels n’ont jamais oublié que la montagne était une  parabole de l’espace

intérieur de la personne humaine"... (Couleau, Hautes-Alpes)

 

 

Si l’appel au bonheur de Jésus a été lancé un jour passé sur une montagne de Galilée, il continue de retentir aujourd’hui au long des escaliers qui conduisent, ici à une salle de classe, là à une chambre d’hôpital, ailleurs à une cuisine ou à un bureau. L’essentiel est que celui qui marche en ces lieux, vous et moi, sache que ce qu’il vit est unique et important. L’essentiel est de savoir que le bonheur y est déjà offert, sans compter, par le Christ qui grimpe à nos côtés.

 

Père Jean-Pierre Oddon, curé d'Embrun

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