A l'occasion de la Quinzaine du Commerce Equitable 2007, Mgr di Falco s'engage !

Publié le par AS

La Quinzaine du Commerce Equitable

Comme chaque année depuis 2001, lors de la première moitié du mois de mai, a lieu la quinzaine du commerce équitable (QCE). Cet événement d'ampleur nationale, initié et organisé par les membres de la Plateforme Française du Commerce Equitable (www.commercequitable.org), connaît un succès qui va croissant avec les années. L'Eglise de fait participe à cet élan notamment par l'implication du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) et du Secours Catholique au sein des acteurs du Commerce Equitable en France.

Dans notre diocèse, à l'occasion de la QCE, un appel collectif du CCFD, du Secours Catholique, du mouvement des Chrétiens en Monde Rural et de la Pastorale Familiale est lancé à chaque chrétien et à tous les hommes et femmes de bonne volonté : « Deviens Consomm'acteur ! ». En effet, une étape de mobilisation collective supplémentaire doit être franchie et l'Eglise voudrait y contribuer plus franchement.

Les principes du commerce équitable

Le commerce équitable est une initiative qui a vu le jour il y a une trentaine d'années. Il s'agit avant tout d'une nouvelle façon de concevoir les échanges commerciaux entre les pays en voie de développement et les économies dites développées. Ses principes essentiels reposent sur le prix des produits majoré et garantis, une relation commerciale durable, une option préférentielle pour les petits producteurs, le refus de toute forme d'exploitation et de discrimination, la mise en place effective d'un droit social du travail et de structures économiques démocratiques (voir notamment la charte du commerce équitable : http://www.commercequitable.org/charte/ ).

Le fossé « Nord-Sud » s'accroît

Cette nouvelle forme de commerce est une réponse à l'accroissement du fossé entre le « Nord » et le « Sud ». A moins d'être inconscient de la réalité de l'état du Monde, ce constat ne peut être contesté. Le pape Jean-Paul II lui-même affirmait sans ambages : « Sans entrer dans l'analyse des chiffres ou des statistiques, il suffit de regarder la réalité d'une multitude incalculable d'hommes et de femmes, d'enfants, d'adultes et de vieillards, en un mot de personnes humaines concrètes et uniques, qui souffrent sous le poids intolérable de la misère. Ils sont des millions à être privés d'espoir du fait que, dans de nombreuses parties de la terre, leur situation s'est sensiblement aggravée. Face à ces drames d'indigence totale et de nécessité que connaissent tant de nos frères et sœurs, c'est le même Seigneur Jésus qui vient nous interpeller (cf. Mt 25, 31-46).La première constatation négative à faire est la persistance, voire souvent l'élargissement, du fossé entre les régions dites du Nord développé et celles du Sud en voie de développement» Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 1987, n° 13 et 14.

Une nécessaire remise en cause des modèles économiques internationaux actuels

Pourtant, les échanges commerciaux entre les pays développés et les économies en voie de développement sont nombreux. A titre indicatif, plus de 75% de la production mondiale de cacao et de café sont consommés par les pays développés. L'accroissement du fossé entre pays riches et pays pauvres est donc le signe d'un dysfonctionnement des échanges économiques « Nord-Sud ». Cette analyse était déjà celle du pape Paul VI en 1967, dans son encyclique « Le Progrès de Peuples » dont l'Eglise commémore les 40 ans cette année. Relisons ces lignes prophétiques : « Les nations hautement industrialisées exportent en effet surtout des produits fabriqués, tandis que les économies peu développées n'ont à vendre que des produits agricoles et des matières premières. Grâce au progrès technique, les premiers augmentent rapidement de valeur et trouvent un marché suffisant. au contraire, les produits primaires en provenance des pays sous-développés subissent d'amples et brusques variations de prix, bien loin de cette plus-value progressive. Il en résulte pour les nations peu industrialisées de grandes difficultés, quand elles doivent compter sur leurs exportations pour équilibrer leur économie et réaliser leur plan de développement. Les peuples pauvres restent toujours pauvres, et les riches deviennent toujours plus riches.C'est dire que la règle de libre échange ne peut plus - à elle seule - régir les relations internationales. Ses avantages sont certes évidents quand les partenaires ne se trouvent pas en conditions trop inégales de puissance économique: elle est un stimulant au progrès et récompense l'effort. C'est pourquoi les pays industriellement développés y voient une loi de justice. Il n'en est plus de même quand les conditions deviennent trop inégales de pays à pays: les prix qui se forment "librement" sur le marché peuvent entraîner des résultats iniques. Il faut le reconnaître: c'est le principe fondamental du libéralisme comme règle des échanges commerciaux qui est ici mis en question. » Encyclique Populorum Progressio, 1967, n° 57 et 58.

Une réforme du commerce international est nécessaire

Les esprits chagrins, encore une fois, nous expliqueront que le pape a des positions qui relève d'une idéologie « de gauche »... Mais les propos du pape Paul VI ne sont ni de gauche, ni de droite, ni du centre... : c'est de l'enseignement social de l'Eglise, une « catégorie en soi », la transposition de l'Evangile en quelque sorte dans la situation historique et économique présente.

Le pape Jean-Paul II a d'ailleurs repris à son tour ces positionnements de son prédecesseur, affirmant : « L'intérêt actif pour les pauvres - qui sont, selon la formule si expressive, les «pauvres du Seigneur»- doit se traduire, à tous les niveaux, en actes concrets afin de parvenir avec fermeté à une série de réformes nécessaires. (...) A ce sujet, je désire rappeler notamment: la réforme du système commercial international, grevé par le protectionnisme et par le bilatéralisme grandissant; la réforme du système monétaire et financier international, dont on s'accorde aujourd'hui à reconnaître l'insuffisance; le problème des échanges des technologies et de leur bon usage; la nécessité d'une révision de la structure des Organisations internationales existantes, dans le cadre d'un ordre juridique international. » Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 1987, n° 43

C'est en ce sens d'ailleurs que les organisations de solidarité de l'Eglise (CCFD et Secours Catholique) participent à la campagne d'interpellation des candidats aux élections en cours, la campagne « Etat d'Urgence planétaire » (voir www.etatdurgenceplanetaire.fr ), campagne relayée dans les Hautes-Alpes par un collectif d'associations.

A chacun d'agir dès à présent
Mais au-delà de réformes nécessaires à l'échelle internationale, c'est à chacun de se mobiliser dès aujourd'hui. Comme nous le rappelions dans notre chronique « élections » : « Que l'on prenne garde cependant de ne point s'en remettre aux seuls efforts de quelques-uns, sans se soucier de son état d'esprit personnel. Car les chefs d'Etat, (…) sont très dépendants des opinions et des sentiments de la multitude (…) Nous avons tous assurément à changer notre coeur et à ouvrir les yeux sur le monde (…) » Vatican II, GS 82-3
A chacun d'entendre cet appel que Paul VI lançait il y a 40 ans, mais qui n'a pas pris une ride, au contraire :

« Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. (…) A chacun d'examiner sa conscience qui a une voix nouvelle pour notre époque. (..) Est-il prêt à acheter plus cher les produits importés pour rémunérer plus justement le producteur ? »
Encyclique "Le progrès des Peuples", 1967, Paul VI, n° 47

Conclusion : A chacun de devenir consomm'acteur !

Plus près de nous, Benoît XVI a repris à son compte les appels de ces prédecesseurs : « Que ne cesse donc jamais la contribution de chaque croyant à la promotion d'un véritable humanisme intégral, selon les enseignements des encycliques Populorum progressio et Sollicitudo rei socialis (...).» (Benoît XVI, Message pour la Journée de la Paix, 1er Janvier 2007)

Les principes du commerce équitable sont en de nombreux points conformes à l'enseignement social de l'Eglise. On pourra certes discuter tel ou tel aspect de la démarche, en souhaitant l'amélioration de la transparence, du contrôle. Les structures actuelles offrent néanmoins un niveau de garantie que l'on peut considérer comme fiable et surtout offrent une réelle efficacité concrète pour l'amélioration de la vie des petits producteurs et de leurs familles. C'est peut-être encore insuffisant, il faudrait peut-être faire encore davantage...mais « sous le prétexte du mieux, que l'on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait. » (Jean XXIII)

Le commerce équitable est une des solutions qui s'offrent à chacun pour « changer le monde en faisant ses courses » : c'est la consomm'action ! A chacune de nos familles, de nos communautés, de nos mouvements, de nos paroisses, bref, à chacun et chacune d'entre nous de se sentir concerné par ces enseignements et de passer aux actes !

                                  + Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 

 

 


En pratique, on peut suggérer :

Acheter Quoi ?
- les produits de consommation courante (café, thé, cacao, sucre,...) labellisés par l'ONG "Max Havelaar", soutenue par le CCFD et le Secours Catholique en France : pour consommer équitable toute l'année ! (www.maxhavelaarfrance.org)
- les produits d'artisanat "Artisans du Monde" ou "ASPAL", par exemple
Acheter où ?
Boutique du commerce équitable, Biocoop (coopérative Bio), Magasin Bio, Grande surface et Internet. (Plus d'infos sur www.familles-diocesedegap.com ) Acheter est un acte qui nous engage, le lieu d'achat est important aussi.
La Consommation Responsable, c'est aussi les finances solidaires !
Le chrétien est également appelé à vivre en cohérence avec sa foi ses placements financiers. Voir notamment : www.finansol.org et www.oikocredit.org

 

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Hermas 07/05/2007 09:48

Merci à l'équipe du site de nous avoir signalé ce texte, auquel on ne peut qu'adhérer, et dont nous nous faisons l'écho sur hermas.info. Cordialement.