Commentaire d'Evangile du 2ème dimanche de Carême

Publié le par AS

[25] Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? [26] Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. [27] "Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu." [28] Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. [29] Et il advint, comme il priait, que l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d'une blancheur fulgurante. [30] Et voici que deux hommes s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie [31] qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem. [32] Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S'étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. [33] Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : "Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie" : il ne savait ce qu'il disait. [34] Et pendant qu'il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. [35] Et une voix partit de la nuée, qui disait : "Celui-ci est mon Fils, l'Elu, écoutez-le." [36] Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu. (Lc 09, 25-36)


Commentaire :

Le carême est une invitation à entrer sous la tente de la Transfiguration avec Moïse, Elie, le Christ Jésus et les trois disciples de Jésus et bien d’autres encore. Que s’y passe-t-il ?

Lorsque Jean de La Fontaine ou Charles Perrault, nos célèbres écrivains de contes ou de fables du 17ème siècle, ont cherché à faire parler les animaux, c'est chaque fois pour décrire ce qui se joue entre les hommes. Au 17ème siècle, dans la Cour du Roi Soleil, il était difficile de s’opposer à l’hypocrisie des sujets de Louis XIV. Les fables de La Fontaine ont pu ainsi décrire les orgueilleux et les humbles, les besogneux et les profiteurs…Les contes de Charles Perrault sont plus politiques, décrivant ainsi l’immense misère du peuple que parcourent par exemple les bottes de sept lieues et la ruse qu’il a engagée pour faire d’un pauvre, un riche : « Quelque grand que soit l'avantage de jouir d'un riche héritage venant à nous de père en fils, aux jeunes gens, pour l'ordinaire, l'industrie et le savoir-faire valent mieux que des biens acquis », conclut Charles Perrault.

Walt Disney a très bien su rendre ces contes pour adultes accessibles aux enfants. Même par l'image, on oublie vit qu'il s'agit d’ours, de lapins ou de renards ; ces animaux aux sentiments si humains, rendus sympathiques ou antipathiques. C'est dire que ce qui décrit nos vies d'hommes et de femmes, est moins ce que nous faisons ou ce que nous possédons en général que les liens  qui nous unissent aux autres. Ce qui s’échange entre nous, ce qui fait la joie de nous revoir, de reparler ensemble, de nous écrire si nous sommes éloignés, n'est-ce pas l'affection, l'amitié, l'amour des uns pour les autres ? Lorsque l’un de nos proches, un ami ou un parent s’en va. Ce qu’il laisse dans son absence, c’est ce qu’il nous a apporté en amitié, en dévouement, en humilité ? Quelqu’un manque certes, mais son corps continue de parler en nous.

C'est cela que le Fils de Dieu est venu sauver en prenant chair dans la vie des hommes. St François de Sales en parle ainsi dans le langage de son temps : « Je remarque premièrement que dans la vie éternelle nous nous connaîtrons tous les uns les autres, puisque en ce petit échantillon que le Sauveur en donna à ses Apôtres, il voulut qu'ils reconnussent Moïse et Elie qu'ils n'avaient jamais vus. Si cela est ainsi, o mon Dieu, quel contentement recevrons-nous en voyant ceux que nous avons si chèrement aimés en cette vie !... Les amitiés qui auront été bonnes dès cette vie se continueront éternellement en l'autre. Nous aimerons des personnes particulièrement, mais ces amitiés  particulières n'engendreront point de partialités, car toutes nos affections prendront leur force de la charité de Dieu qui, les conduisant toutes, fera que nous aimerons un chacun des Bienheureux de cet amour éternel dont nous aurons été aimés de la divine Majesté. » (Sermon sur la Transfiguration
(2ème dimanche de Carême, 20 février 1622) - Mt XVII 1-9).

Lorsqu'il monte sur la montagne, comme il est écrit dans le récit d'aujourd'hui, Jésus prend soin d'être avec des témoins : Pierre, Jacques, Jean. La scène qui se déroule sous les yeux de ces trois disciples vient décrire ce qui se vit chaque instant entre nous et Dieu. Jésus et les disciples vont se trouver pris dans un nuage qui se forme tout d'un coup autour d'eux et avec deux autres personnages disparus depuis des siècles, Moise et Elie. A eux deux, Moïse et Elie représentent tous les anciens d’Israël qui ont reçu et su écouter la Parole invisible de Dieu qui leur parlait déjà et sans qu’ils le sachent encore, du Christ. Cela peut nous apparaître comme un phénomène extraordinaire. Et pourtant, c’est un événement de chaque instant, le Ciel étant si proche de la terre. Ici, à Notre Dame du Laus, Benoîte Rencurel en a elle-même porté un témoignage et cela se poursuit aujourd’hui, autrement...

Nous sommes nés pour échanger de la vie et de l'amour entre nous et avec Dieu. Et tout ce que nous vivons dans ces deux domaines essentiels nous fait vivre déjà une expérience éternelle. Moise fait parler les liens de chaque homme avec Dieu, les termes de l’Alliance. Elie est le premier des prophètes. Il témoigne de l'importance pour l'homme de se réconcilier avec Dieu, avec les autres et avec lui-même, l'importance de vivre dans la paix en soi-même et avec les autres. Jésus est le Fils de Dieu, il ouvre un chemin qui doit devenir accessible pour tout homme, celui qui mène vers le Père du Ciel.

Le temps du Carême est la période de l’année qui mène vers Pâques. Il nous permet de regarder autrement le monde des hommes, les violences et les égoïsmes et de nous situer dans les bruits du monde. Devant ce que nous rejetons parce que cela nous indigne, il ne s’agit pas de condamner les autres, ni même de les juger, dit Jésus, il nous faut simplement faire de choix de vie. Nous avons certes besoin de notre vie de chair, de notre propre corps, pour exprimer ce que nous portons en nous. Mais que voulons-nous dire aux autres quand nous parlons ou quand nous nous agitons ? Jésus a témoigné de cela. Il s’en va parce qu’il est nécessaire que le Fils de Dieu retrouve la place qu’il avait auprès de son Père dans les Cieux avant de venir parmi les hommes. Mais il nous ouvre toutes les portes du Royaume. Il devient alors nécessaire que notre chair sache laisser aller vers le Père cette part de nous déjà mise en lien avec Dieu par notre baptême, dans l’eucharistie et dans le sacrement du pardon et dans les autres sacrements que nous avons reçus.

Walt Disney a fait rêver des millions d'enfants en pariant sur un monde  basé sur la victoire de l'amitié contre l'agressivité des méchants. Chacun sait que ce monde de Walt Disney est espéré plus que réel. L'Evangile dit l'inverse : ce qui est espéré par l'homme est offert par Dieu qui le rend réel. Voici ce qu'est à mes yeux, la Transfiguration.

                  Père Bertrand Gournay
                  Recteur du Sanctuaire Notre-Dame du Laus

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