Peut-on critiquer les religions ? Réaction de Mgr di Falco au sondage réalisé par "Le Pèlerin"

Publié le par AS

L'hebdomadaire catholique "Le Pèlerin" vient de publier un sondage sur le thème : "Les religions sont-elles intouchables ?". Interrogé sur le résultat de l'enquête, d'où il ressort que 3 Français sur 4 jugent inacceptable de se moquer des religions, Mgr di Falco commente....


Quelques chiffres (pour consulter la totalité du sondage, cliquez ici) :

- 79% des Français estiment inacceptable de se moquer publiquement d'une religion
- 76% estiment inacceptable de se moquer publiquement des représentants des religions,
- 78% de ses croyants,
- 78% de son fondateur 

"Voici d’étonnants résultats de sondage. Ils viennent bousculer toutes les idées reçues. Certains, qu’ils vont déranger, crieront même à la manipulation. Chacun sait que l’on accorde du crédit à un sondage lorsqu’il va dans le sens de ce que l’on pense et qu’on le met en cause s’il démontre le contraire.

Que dire de ces résultats  ? Que le prêt à penser majoritaire que les médias nous servent régulièrement ne correspond en réalité qu’à ce que pensent ceux qui ont accès au porte-voix médiatique ? A en croire ce sondage, la réponse est oui !

Nous vivons dans une société où les espaces de libre expression se réduisent comme peau de chagrin. Des lois balisent chaque jour davantage ce qu’il est permis de dire ou de ne pas dire à propos de tel ou tel groupe, de telle ou telle communauté. En revanche tout est permis à propos des croyants, pas de tous les croyants, surtout des chrétiens. Robert Redecker avouait lui-même récemment que, lorsqu’il critiquait les chrétiens, il avait les encouragements de ses collègues, mais lorsqu’il a dit ce qu’il pensait à propos de l’islam, tous l’ont lâché. Alors, deux poids deux mesures ? La liberté d’expression serait-elle à sens unique ? Pourrait-on massacrer verbalement les religions, leurs responsables et  les croyants sans qu’ils aient droit à la parole ? Lorsque j’ai participé récemment à l’émission « L’Arène de France  » sur FR2, sur le thème : « Peut-on critiquer les religions » j’ai cité le Nouveau Testament. Les grands défenseurs de la liberté d’expression se sont mis à hurler m’intimant de me taire. Alors là encore, deux poids deux mesures ? Liberté d’expression à sens unique ? 

Les résultats de ce sondage sont d’autant plus étonnants qu’ils arrivent après ceux publiés récemment sur la foi et la pratique religieuse des français. Le respect des religions et des croyants pour l’un, le doute et la désaffection pour l’autre. 

Puis-je avouer que j’aurais été dans l’embarras si j’avais dû répondre aux questions de ce sondage. D’abord parce qu’il est impossible d’introduire la moindre nuance dans un sondage. Or le sujet est trop complexe pour que l’on puisse répondre à des questions à partir de trois réponses possibles et cela sans commentaire.

« Se moquer », « critiquer »… 

« Se moquer »… Mais pourquoi pas ? On peut mettre un qualificatif qui rend la moquerie plus ou moins acceptable. La moquerie douce, teintée d’humour et la moquerie violente, agressive, destructive, vulgaire. Celle dont le but est d’humilier, de blesser. Celle qui s’en prend aux handicaps, à la maladie. Celle qui peut faire progresser, grandir et celle qui détruit. Tout dépend de la capacité de chacun à encaisser la moquerie. Mesurée , intelligente elle peut offrir la possibilité d’une prise de conscience. Mal placée, elle tue !

« Critiquer »… Bien sur que l’on peut critiquer. Une saine critique est source de progrès. Faite dans un esprit de dialogue, la critique peut-être accueillie, doit être entendue. Il n’y a que dans les Etats totalitaires que la critique n’est pas autorisée, que ceux qui se le permettent sont jugés et condamnés.

Si des croyants ont souvent du mal à accepter moqueries et critiques c’est que celles-ci passent le plus souvent par la dérision, qu’elles reposent sur des clichés, de fausses informations, sur la volonté de nuire. Cela nous amène à la dernière question du sondage : Que penser du recours aux tribunaux pour poursuivre en justice ceux qui les critiquent ? Se tourner vers le tribunal peut être utile. De quoi s’agit-il ? De critiques ? De calomnies ? D’accusations mensongères ? Du détournement de symboles auxquels les croyants sont attachés ? On le voit, tout n’est pas du même ordre. Le recours aux tribunaux, à manier cependant avec prudence, est une liberté que toute personne se sentant violemment agressée est en droit de pratiquer. Mais, j’insiste, il devrait être le moyen de défense vers lequel on se tourne lorsque tout a été tenté.

Au termes de ces quelques remarques j’invite volontiers ceux dont le fond de commerce est de prendre les croyants comme tête de turc à méditer ce sondage. 

Devant de telles questions je ne puis m’empêcher de penser à ces paroles du Christ  : « Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi » (Matthieu 5/11).

Entre indifférence, critique et moquerie, mon choix est fait. Le chrétien, à l’image du Christ , reste un « signe de contradiction » (Luc 2/34)."

+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI
   Evêque de GAP
   Président du Conseil pour la Communication

Publié dans Actualité

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Jaco 12/02/2007 10:50

Effectivement... se moquer dans le seul but d'humilier l'autre, de le mettre à part et de se créer un faux sentiment de supériorité, est-ce bien utile ? Alors que la moquerie constructive, qui pousse à l'amélioration, qui prend ainsi la forme d'une critique (constructive) teintée d'humour afin d'être mieux acceptée par sa "cible", n'est ce pas le plus grand service qui puisse être rendu ?

Augeai 12/02/2007 09:09

je ne peux que partager cet avis.
Je n\\\'\\\'avais envie d\\\'ajouter qu\\\'une chose: ces résultats ne m\\\'étonnent pas vraiment car parler de religion, n\\\'est-ce pas toucher à la profondeur de la personne ? dans le plus secret de son intimité ?
Et on comprend bien alors que nous touchons là une limite vitale, non ?

NossyBe 08/02/2007 23:49

Monseigneur,
Je suis certes d'accord avec votre analyse mais je pense que l 'on n'a pas le droit, surtout si l'on est chrétien, de se moquer de la religion de quelqu'un surtout  lorsqu'on le fait de manière vulgaire comme les fameuses caricatures dénuées de toute valeur artistique.
Je comprends qu'un musulman soit peiné tout comme le serait un catholique si l'on mettait Jésus en cause de la meme manière.
Je pense que par leurs moqueries soit disant spiriutelles tous ces pseudo-intellectuels ne comprennent rien au petit peuple qu'ils méprisent.
Avec mon plus cordial souvenir.
 

JMdF 09/02/2007 10:34

Merci, pour votre message. Ne croyez pas que je pense autrement que vous et en particulier pour ce qui est des « petits » dans la foi car rien  n’autorise à les blesser. Cela nous renvoi à nos responsabilités, sont-ils suffisamment formés et solides dans leur foi pour faire face aux agressions ? De quelle manière le sont-ils ? C’est la que nous devons dépenser notre énergie plutôt que dans des positions défensives. Dans ces situations, inspirons nous de l’attitude du Christ face à ces ennemis et détracteurs.  Cela bien entendu ne doit pas nous empêcher de nous faire entendre et de dire ce que nous pensons de ces agressions.Cordialement, + Jean-Michel di Falco