Homélie de Noël

Publié le par AS

Plusieurs personnes ont demandé l’homélie prononcée par l’évêque de Gap lors de la messe de minuit du 24 décembre 2006 en la cathédrale de Gap. Celle-ci n’ayant pas été écrite vous pourrez trouver ci-dessous quelques éléments rédigés à partir de notes…

(…) En ce soir de Noël, chacun de nous porte sa hotte. Cette hotte, c’est notre cœur. Il est bien plein notre cœur, chargé de joies et de tristesses. Il est parfois bien lourd à porter et nous aimerions bien être aidé. Encore faut-il que nous acceptions d’être aidé.

Ce soir, vos pas vous ont conduits jusqu’à cette cathédrale avec au bout des lèvres balbutiantes des mercis et des pourquoi. Qu’il s’agisse de mercis, de pourquoi où même de colère et de révolte vous n’êtes pas ici par hasard. Peut-être êtes vous prêt à accueillir l’Amour qui s’incarne dans ce tout petit enfant juif nommé Jésus.

Mireille, vous dont la fille s’est suicidée et qui n’arrivez pas à surmonter votre douleur, Dieu vous aime !

Marc, vous qui, parvenu au terme de votre vie, vous adressez de nombreux reproches, Dieu vous aime !

Louis, vous qui avez amassé une fortune considérable au mépris de ceux qui souffrent du froid, de la faim, de la maladie, Dieu vous aime !

Alice, vous qui n’avait pas gardé l’enfant que vous portiez et qui regrettez le geste que vous avez alors accompli, Dieu vous aime !

Alexandre, vous qui vivez avec un compagnon et souffrez d’être rejeté par votre famille, montré du doigt, Dieu vous aime !

Michèle, vous qui avez abandonné mari, enfants pour vivre votre vie, comme vous dites, Dieu vous aime !

Robert, vous qui avez fait le choix du divorce et d’un second mariage, Dieu vous aime !

Roger, vous qui avait renoncé au ministère sacerdotal et souffrez aujourd’hui de votre situation, Dieu vous aime !

Pierre, Jacques, Jean, Luc, Marie, Christine, Eloise et tant d’autres, sachez que c’est le jugement des hommes qui humilie, pas celui de Dieu. Vous qui croyez que l’Eglise vous rejette, qui avez le sentiments que les autres vous jugent et vous condamnent, que vous ne comptez plus pour personne, que vous n’avez même plus droit à l’aumône d’un regard, sachez qu’il y a quelqu’un qui croit en vous, qui vous aime, qui vous tend les bras, c’est le Christ. C’est pour nous le dire et nous en donner la preuve qu’il vient chaque jour à notre rencontre.

Et moi alors, se disent peut-être certains d’entre vous : « J’ai toujours été fidèle, je ne suis pas divorcé, je n’ai pas commis d’avortement, je n’ai pas renoncé au sacerdoce, je ne suis pas homosexuel, j’ai été généreux, j’ai donné de l’amour autour de moi… »,  rassurez-vous, le Christ vous aime aussi bien sûr, mais il a dit lui-même, je ne suis pas venu pour les bien portants. Il vient pour ceux qui souffrent. Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer écrit notamment : « Dieu ne se complait pas dans la compagnie des croyants mais dans la compagnie du monde ». Oui, soyez sans crainte vous qui ne vous reconnaissez pas dans les situations que j’ai citées, Dieu vous aime tout autant mais il vous demande d’aimer comme lui ceux qui ont un plus grand besoin d’amour.

Nous sommes ce soir le cœur ouvert, débordant de générosité. Et demain ? Notre cœur va-t-il se refermer repris que nous serons par la routine ? Notre coeur de chair redeviendra-t-il un cœur de pierre  ? Si c’est le cas, ne serions nous là ce soir que pour nous laisser charmer par les grandes orgues de la mélodie du bonheur dont nous tirerions les jeux une fois par an ?

Nous avons, nous chrétiens, à témoigner que dans une société impitoyable il est possible d’aimer et de pardonner.

Avec le Christ , cette nuit est la nuit de tous les possibles. Si vous le voulez. Si nous le voulons.

 

 

 

 

 

 

 

 

+ Jean-Michel di Falco Léandri 
   Evêque de Gap

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