Lettre de l'évêque aux prêtres du diocèse après le départ de l'un d'entre eux

Publié le par AS

Un certain nombre de personnes a eu connaissance partiellement de la lettre adressée aux prêtres par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap, au moment du départ de l'un d'entre eux. Nombreux sont ceux qui ont souhaité la lire dans sa totalité. C’est pourquoi nous la publions ci-dessous. 

 

 

Gap, le 20 juin 2005

 

Chers amis,

 

Ce soir, en écrivant ces lignes, j’ai le coeur gros ! Je ressens une peine semblable à celle d’un père qui voit son fils s’éloigner de la maison familiale sans espoir de retour, même s’il conserve en lui une lueur d’espérance. C’est le sentiment que j’éprouve, depuis que l’un d’entre vous est venu me faire part, il y a plusieurs mois, de son intention de renoncer à l’exercice de son ministère sacerdotal.

 

Dès ma nomination comme évêque de Gap, c’est à vous, les prêtres, que j’ai aussitôt pensé. Je vous ai aimés avant même de vous connaître, un peu comme un père avant la naissance de son enfant. Dès ce jour-là, vous êtes devenus ma famille, celle que Dieu m’a confiée. Les jours et les mois ont passé, désormais je peux mettre un visage sur le nom de chacun. J’aime les plus anciens comme des frères aînés, ceux de ma génération comme des frères, et les plus jeunes comme des fils. Aujourd’hui, c’est l’un d’eux qui a décidé de quitter la famille.

 

Le départ d’un prêtre est une épreuve pour tous. Je n’oublie pas celles et ceux que nous accompagnons sur les chemins de la foi. Nous aurons à les écouter, à faire face, avec eux, aux questions que pose pour la ville de Gap et pour notre Eglise dans les Hautes-Alpes, l’absence d’un jeune prêtre. Ensemble, nous devrons nous laisser interroger pour comprendre ce que Dieu nous dit dans ce départ, nous interroger, peut-être même, sur l’avenir du ministère sacerdotal dans un diocèse comme le nôtre et sur la place de l’Eglise, de quelle Eglise, dans la société contemporaine. Dans tout événement qui marque notre vie, Dieu nous parle ! Nous aurons à veiller, avec plus de soin encore, sur les plus jeunes, sur celles et ceux auxquels le Christ s’est révélé par le ministère de ce prêtre et qui vont se sentir comme orphelins.

 

Sans doute quelques-uns trouveront-ils mes propos trop « affectifs », comme on dit aujourd’hui. Qu’importe, après tout la foi n’est pas uniquement du domaine de la raison, de l’esprit, elle se loge aussi au fond de notre coeur. Elle ne se résume pas à des idées auxquelles nous adhérons, elle est une Parole que nous croyons et dont nous vivons, prononcée par quelqu’un que nous vénérons, que nous adorons, vivant parmi nous aujourd’hui et pour toujours : le Christ Ressuscité.

 

Gardons-nous de juger ; qui sommes-nous pour juger ?  Abstenons-nous de chercher à savoir pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Evitons de tenir des propos inutiles ou blessants. Recevons ce départ comme un invitation à resserrer toujours davantage les liens entre nous, à faire grandir la fraternité, l’unité, la confiance mutuelle, l’attention que nous nous portons les uns aux autres. Et puis prions, prions pour les prêtres, ceux qui continuent et ceux qui arrêtent.

 

Les lectures des vêpres de lundi et mardi de cette semaine sont pour nous source de méditation après cette nouvelle : « Frères, nous dit saint Jacques, cessez de dire du mal les uns des autres ; dire du mal de son frère ou juger son frère, c’est dire du mal de la Loi et juger la Loi. Or, si tu juges la Loi, tu n’en n’es plus le fidèle sujet, tu en en es le juge. Un seul est à la fois législateur et juge, celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? »

 

Et dans l’Epître aux Romains : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon ; priez avec persévérance ».

 

Que Dieu vous bénisse et vous garde !

 

 

                  + Jean-Michel di FALCO LEANDRI

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