Discours de clôture Assemblée plénière 2006

Publié le par AS

Notre Assemblée s’achève. Elle a expérimenté avec satisfaction la nouvelle méthode de travail que nous avons mise en place. Autour d’un thème choisi par notre Assemblée, des évêques intéressés se sont réunis, ont réfléchi, ont souvent fait appel à des experts et nous ont proposé le fruit de leur réflexion. Je souhaite ce matin, au nom de notre Conférence, dire nos plus vifs remerciements au Comité Etudes et Projets, aux présidents des groupes de travail, aux évêques et aux experts pour l’investissement précieux qui a été le leur.

LES DOSSIERS DU COMITE ETUDES ET PROJETS
Nous avons abordé successivement les dossiers suivants.

Trois différences structurantes dans notre société : homme/femme, père/mère, frère/sœur
En choisissant ce thème de travail, nous sentions le besoin de revisiter et d’approfondir nos convictions anthropologiques concernant des réalités aussi fondamentales que la différence sexuelle, le couple, la parenté, la filiation… Le groupe d’évêques qui a mené à bien ce travail a voulu le conduire de façon interdisciplinaire. Il a donc commencé par solliciter la collaboration de théologiens, de psychanalystes, de philosophes, d’historiens et de juristes. Ceux-ci ont reçu la commande de rédiger des fiches de compréhension et d’argumentation. Nous en avons reçu une quinzaine. L’objectif était de nous faire travailler et ainsi de mieux comprendre cette modernité dans laquelle nous exerçons notre ministère de pasteurs et de docteurs.
L’exposé, dense et technique, donné par Monsieur Jacques Arènes le premier jour, nous a fait entrer dans la « théorie du gender ». Celle-ci est devenue la matrice idéologique d’où sont issues la plupart des remises en cause du moment. Les défis qu’elle lance sont redoutables. Nous voulons les aborder de face. Comment dialoguer avec une philosophie individualiste et « constructiviste » ? Comment rejoindre un être humain qui souhaite se construire sans se référer à une filiation, à une tradition et à un héritage ? Les échanges entre nous, dans un climat de grande liberté, nous ont permis de redire quelques convictions fondamentales. 
Les textes bibliques de la création demeurent pour nous des textes d’inspiration qu’il convient de relire et de réinterpréter continuellement. Des approfondissements restent plus que jamais nécessaires : la figure masculine, l’autorité, la fraternité et la filiation, d’autres encore…
Pourquoi ne pas intéresser à cette réflexion, vitale pour l’avenir de notre société, des cercles plus larges : des philosophes, des spécialistes des sciences humaines, des responsables politiques… ? La voie de la recherche sera longue. Nous sommes heureux d’en avoir parcouru aujourd’hui les premiers pas.

L’Enseignement catholique en France : un engagement éducatif chrétien
Nous avions également souhaité, lors de notre Assemblée plénière de novembre 2005, que soit mis en œuvre un groupe de travail sur la mission de l’Enseignement catholique aujourd’hui. Son objectif était de préciser ce qui définit le « caractère propre » des établissements catholiques d’enseignement et d’inciter tous leurs responsables à le mettre en œuvre avec confiance et courage. Or cette référence au « caractère propre » est pour beaucoup de parents et d’enseignants source d’interrogation et de perplexité. Il désigne pourtant ce qui fait l’originalité et la particularité de l’Enseignement catholique : d’une part, un projet éducatif inspiré par une conception de l’homme qui a sa source dans l’Evangile et, d’autre part, une proposition explicite de la foi chrétienne et de la vie ecclésiale. Nous sommes tous d’accord sur les principes. Mais il nous faut voir comment ce « caractère propre » est mis en œuvre très concrètement sur le terrain. Cela implique un souffle, un esprit, l’engagement chrétien des responsables, une traduction institutionnelle dans les propositions pratiques faites aux enfants et aux jeunes. Cela ne se fait pas sans tension car nos établissements sont ouverts à tous les jeunes et sont souvent des lieux d’une première évangélisation.
Nous sommes conscients que les chefs d’établissement et leurs collaborateurs sont engagés dans un travail exaltant mais difficile. Ils l’accomplissent et le vivent comme une mission reçue de l’Eglise. Nous les assurons à nouveau de notre confiance et de notre soutien, notamment dans l’exercice de la responsabilité pastorale et missionnaire qui est prioritairement la leur. Mieux que quiconque, ils savent bien qu’on n’a jamais fini d’évangéliser ni de se laisser évangéliser.
Nous avons besoin de la collaboration de tous – communauté éducative, familles, enfants et jeunes – pour continuer à réaliser le projet de l’Enseignement catholique, avec sa vocation propre et au bénéfice de toute la société.

Ministères des prêtres et vie des communautés chrétiennes
Les échanges proposés par le groupe de travail sur « Ministères des prêtres et vie des communautés chrétiennes » nous ont permis de lancer une réflexion qui va se poursuivre dans les mois à venir, en Assemblée mais aussi avec les prêtres de nos diocèses. Dans nos partages, nous avons pu mesurer une nouvelle fois la générosité avec laquelle les prêtres portent le poids de la mission, mais aussi l’ampleur des évolutions qui leur sont demandées.
En ces circonstances, l’importance du presbyterium, autour de l’évêque, nous est apparue comme une réalité dont il fallait redécouvrir la richesse théologique et spirituelle. Mais cette dimension constitutive du ministère presbytéral demande aussi des mises en œuvre pratiques, en particulier pour permettre aux différentes générations de prêtres de s’enrichir mutuellement.
La réflexion est également à poursuivre pour mieux discerner les conditions à favoriser afin de mettre en œuvre la dimension missionnaire du ministère des prêtres. Beaucoup de prêtres ont découvert la richesse de leurs collaborations avec des diacres, des laïcs, des communautés religieuses. Il ne s’agit pas d’un transfert de tâches, mais bien d’une collaboration à la même mission, dans le respect de la spécificité de chacun. Nous pressentons encore combien les communautés chrétiennes sont appelées à avancer pour que la charge de cette mission soit réellement portée par tous.
Avec les prêtres, nous n’échapperons pas également au nécessaire discernement pour hiérarchiser les tâches de leur ministère en fonction de la mission concrète qui est la leur aujourd’hui. Les pistes que continuera de nous donner le groupe de travail seront une chance pour avancer dans cette réflexion.

De nouveaux chantiers
Sur proposition du Comité Etudes et Projets l’Assemblée a décidé de lancer deux nouveaux groupes de travail : l’un sur Catholiques et Musulmans dans la France d ’aujourd’hui et l’autre sur La Formation des futurs prêtres. Par ailleurs, l’Assemblée a décidé aussi la création d’un Observatoire Foi et Culture qui devrait permettre à notre Conférence d’être particulièrement attentive à l’environnement culturel dans lequel nous avons à inscrire l’Evangile.

UNITE DE L’EGLISE, RECONCILIATION ET LITURGIE
Durant notre Assemblée, nous sommes revenus sur deux événements qui ont marqué notre actualité ecclésiale récente : la création de l’Institut du Bon Pasteur et l’information donnée par la presse de la publication prochaine d’un motu proprio qui élargirait les conditions mises à la célébration de la messe dite de « saint Pie V ». Nous savons l’émotion que ces deux nouvelles ont provoquée chez bien des prêtres, diacres et laïcs de nos diocèses. J’ai eu l’occasion d’aborder ce point un peu longuement dans mon discours d’ouverture. Je voudrais résumer ici, en quelques mots, le fruit de nos échanges et les convictions qui se sont exprimées lors de notre Assemblée et qui sont rappelées dans le message que vous m’avez adressé. Je vous remercie à ce propos de votre confiance et de votre soutien qui sont pour moi un grand réconfort.
1) Evêques de la Conférence épiscopale, nous voulons, en premier lieu, exprimer notre communion profonde avec le pape Benoît XVI. Il sait qu’il peut compter sur notre collaboration fraternelle et l’aide de notre prière.
2) Nous partageons son souci de travailler à l’unité de l’Eglise et d’offrir un chemin de réconciliation à tous ceux qui, à la suite de Mgr Lefebvre, ont quitté la pleine communion avec le Siège de Pierre. Nous portons dans notre prière cette œuvre de réconciliation qui est un fruit de l’Esprit.
3) Nous avons la conviction que cette œuvre ne pourra se faire qu’en redécouvrant ensemble la réalité sacramentelle de l’Eglise et qu’en accueillant, avec humilité et simplicité, la fraternité chrétienne comme un don de Dieu. Voir toutes les relations dans l’Eglise en termes de stratégies à mener, de combats à livrer, de victoires à remporter et de polémiques à intensifier ne peut que nuire à cette œuvre de réconciliation.
4) Nous affirmons que l’enseignement du Concile et le dynamisme apostolique qu’il a impulsé à toute l’Eglise restent la « boussole » qui oriente notre marche. Nous disons notre vive reconnaissance à tous ceux, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, qui ont contribué, avec beaucoup de générosité, à mettre en œuvre les orientations et les décisions conciliaires. Ils sont de bons serviteurs de l’Evangile.
Mais le Concile Vatican II est encore à recevoir. Il faut toujours vérifier que son souffle anime bien en profondeur la vie et le fonctionnement de nos communautés chrétiennes. Il s’agit de vérifier également que l’on ne met pas sous son patronage des façons de vivre, de penser, de célébrer ou de s’organiser qui n’ont rien à voir avec lui. Rester fidèle au Concile ne veut pas dire non plus qu’on demeure nostalgique des premières décennies de sa mise en œuvre. Le Concile lui-même nous invite à vivre au sein d’une Eglise pérégrinante, d’une Eglise en marche vers le Royaume, qui reçoit au jour le jour les charismes et les ministères que l’Esprit Saint lui envoie, aussi déconcertants soient-ils.
5) Nous savons bien que les différends avec les fidèles qui ont suivi Mgr Lefebvre dans son « non » à Rome ne sont pas d’abord liturgiques, mais théologiques – autour de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux – et politique. Mais nous ne voulons pas pour autant minimiser l’importance de la liturgie qui est au cœur de la vie ecclésiale. Nous remercions à ce propos tous ceux et celles qui se sont formés, qui contribuent à la qualité de nos liturgies et qui permettent que nous ayons, dans bien des lieux, des célébrations belles et priantes, joyeuses et recueillies.
6) Nous souhaitons poursuivre l’accueil de ceux qui gardent un attachement à la messe dite de « saint Pie V ». Une diversité est possible. Mais celle-ci doit être régulée. Il en va de l’unité de la liturgie et de l’unité de l’Eglise. On ne saurait livrer le choix d’une des formes du rite romain – messe de « saint Pie V » ou messe de « Paul VI » – à sa seule subjectivité. Une Eglise où chacun construirait sa chapelle à partir de ses goûts personnels, de sa sensibilité, de son choix de liturgie ou de ses opinions politiques ne saurait être encore l’Eglise du Christ. Il faut résister aujourd’hui à la tentation d’une « religion à la carte ». Comme évêques, nous sommes prêts à veiller, avec le Saint-Père et sous son autorité, à l’unité et à la communion au sein de nos Eglises locales et entre nos Eglises.

PORTER LA BONNE NOUVELLE AUX PAUVRES
La communion est au service de la mission. Le Christ ne dit-il pas : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21) ? Le travail de réconciliation dans l’Eglise est important à condition qu’il soit vraiment au service de l ’annonce de l’Evangile. Il ne doit pas contribuer à refermer l’Eglise sur elle-même, en centrant toutes ses énergies sur des problèmes internes. C’est d’abord aux pauvres que nous sommes envoyés.
Dans la synagogue de Nazareth, Jésus annonce que, par sa venue, se réalise ce qui avait été annoncé par le prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19). A la suite du Christ , nous sommes invités à témoigner de l’amour du Père, de l’amitié du Fils et de la force de l’Esprit auprès de tous les hommes, et tout particulièrement des pauvres, de ceux qui souffrent, de tous ceux et celles qui sont fragilisés par la vie. Oui, « l’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Nous ne pouvons pas nous dérober à l’appel du Seigneur.
Que la Vierge Marie, Notre Dame de Lourdes, nous fasse participer à sa joie, à sa confiance et à sa pleine disponibilité à la volonté du Seigneur !

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

 

Archevêque de Bordeaux

 

Président de la Conférence des évêques de France

 

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