Inauguration des travaux du clocher de Saint-Crépin

Publié le par AS

L'église de St Crépin a fêté ces années dernières ses 550 ans. Le 29 octobre 2006, la fête patronale en l'honneur des Saints Crépin et Crépinien, a marqué la fin des travaux de restauration de la Tour du Clocher faisant suite à ceux de la réfection de la flèche. Cette décision fut initiée par le Maire, Bernard Esmieu et votée par son conseil municipal.


Le village de Saint-Crépin et son clocher


Comme souvent une surprise a accompagné cette opération : au-dessus de la porte d'entrée, ont été découvertes des traces de peintures murales. Des sondages ont alors été réalisés et l'avenir en révèlera peut-être un peu plus… Pour l'évènement, l'église était fort bien remplie... pour la grande joie du Père André Bernardi, curé de la paroisse. Le Père Bernard Lorenzato , en séjour au presbytère, était également présent. Au début de la célébration, trois croix destinées à être érigées dans trois hameaux de la commune ont été bénies, présentées par des hommes du pays. Au cours de l'Eucharistie, la communauté s'est unie aux frères chrétiens du Liban que visitait au même moment Mgr Jean-Michel di Falco au nom des évêques de France. Voici l’homélie du Père Félix Caillet qui le représentait à cette occasion.

 



C'était dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Je viens voir à la brune
Sous le clocher jauni
La lune
Comme un point sur un i.
(Alfred de Musset)

Alfred de Musset aurait quelque difficulté aujourd’hui à venir ici, à la nuit brune, contempler la lune, suspendant sa course au-dessus du clocher de St Crépin, tel un point sur un i. Toutefois, l’histoire peut nous le concéder, les ancêtres d’un contemporain de ce poète, musicien quant à lui, Frédéric Chopin, venant du hameau des Chapins, ont pu, eux, admirer ce clocher jauni. Aujourd’hui, de la RN 94, les regards s’arrêtent sur ces maisons aux toits de lauze, faisant la cour telle une ronde d’enfants, au clocher restauré en lui servant d’écrin. Ces toits pourraient même servir de vaste cadran solaire dans ce village serré à l’ombre de son clocher. A l’ombre du clocher ! Une expression du langage courant qui en dit long de la symbolique d’un clocher.

On connaît certes l’histoire de ce maire, Barthélémy Piechut, qui mit ses administrés à feu et à sang pour avoir envisagé installer une vespasienne (un urinoir) aux abords de l’église… Cela se passait évidemment sur une autre terre que celle des Hautes-Alpes à Clochemerle-en-Beaujolais. Nos villages, quant à eux, préfèrent se rassembler à l’ombre des clochers même et surtout si on doit prendre un peu de hauteur pour atteindre son parvis.

Le clocher, de sa base à son sommet est en quelque sorte à la croisée du divin et de l’humain. Il invite les uns à tourner leur esprit et leur cœur vers un divin qui les élève et les grandit. Il rappelle aux autres, rassemblés pour prier leur Dieu, qu’ils ne peuvent oublier l’humain dont ils sont pétris.

Si le prêtre lorsqu’il est installé comme curé reçoit symboliquement les clefs de l’église dont il est l’affectataire, maire et curé, dans la tradition républicaine de laïcité, disposent en commun des clefs du clocher. C’est là encore tout un symbole. Les cloches se mettent en fête pour baptêmes et mariages  et chantent leur chagrin quand l’un du pays a fermé les yeux pour son repos éternel. Elles ont sonné les alertes d’hier mêlant leurs voix aux sirènes. Elles ont annoncé la libération. Combien de fois, leurs sinistres tintements ont fait sortir des maisons, seaux à la main, toute âme vaillante pour lutter contre le feu. Au monde de Dieu, le clocher vibre au rythme de la vie des hommes.

Pour nous, qui croyons en Dieu, il nous faut donner ce signe visible et sonore que nous avons de la joie à nous rassembler le premier jour de la semaine, au nom du Ressuscité. Nous retrouvons tout le sens de la lecture de Sophonie d’aujourd’hui : « Pousse des cris de joie ! … car je suis un Père pour Israël ».  Il nous faut montrer que nous avons de la joie à nous retrouver ensemble pour la prière. C’est un bonheur pour nous de nous rassembler pour laisser le Tout Autre nous donner sa Parole, Bonne Nouvelle pour aujourd’hui, Parole vivante pour les hommes d’aujourd’hui.

Il n’est pas indifférent aux St Crépinois d’entendre sonner les cloches quand des hommes et des femmes, de toutes générations, se rassemblent pour faire mémoire de Celui qui a vécu l’Amour jusqu’à l’extrême  jusqu’au don de sa Vie. A sa suite, St Crépin et St Crépinien ont emboîté le pas, au troisième siècle. Ils y ont laissé leur peau, pourrions-nous dire, puisque la légende indique qu’on aurait, dans leur martyre, découpé leur peau en lanières. Ce qui est plus certain, c’est qu’ils chaussaient, cordonniers qu’ils étaient, riches et pauvres, pauvres gratuitement quand les seconds reconnaissaient qu’il n’y avait meilleures chaussures.

Le clocher, solide sur sa base, solidaire de l’ensemble jusque dans sa beauté, se dresse fier et discret à la fois, comme rappel que le divin et l’humain ont rendez-vous depuis que le Fils de Dieu s’est fait homme. L’aveugle, Bartimée, en a fait l’expérience. Sa cécité guérie était le signe d’une autre vision plus intime et personnelle : la reconnaissance que cet homme Jésus était le Fils de Dieu.

Le clocher, pour les gens de la mer, est appelé « amer », il est mentionné sur les cartes comme les phares. C'est un repaire infaillible pour repérer son cap et trouver l’entrée du port ou le point de pêche.  Le clocher est cet amer qui permet aux hommes du XXIème siècle, de retrouver ces points de repères   qui leur rappellent quand ils les cherchent qu’ils ont en chacun une dimension de l’infini de Dieu  tout en étant et restant en pleine pâte humaine.

A nous qui nous rassemblons le dimanche, nous lamentant parfois au fond de nous, d’être le seul ou la seule de la famille, il nous faut comme nous y invite l’auteur de la lette aux hébreux, nous souvenir que nous sommes prêtres, prophètes et rois, au jour de notre baptême. Prêtre, cela veut dire chargé « d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu » en offrande personnelle.

Le portail sculpté de St Crépin n’a pas été construit au milieu du XV° siècle pour que nous y laissions notre vie humaine et celle des nôtres… mais pour que nous la présentions, comme offrande sainte, à Dieu le Père pour sa gloire et pour le salut du monde. Même seul, c’est toute la famille qui est là avec ses soucis, ses joies, ses espoirs et ses tristesses. Que de personnes nous disent quand nous partons à la messe, « tu prieras pour moi » !

C’est le sens de la prière des fidèles que nous allons faire monter vers Dieu tout à l’heure après avoir confessé notre foi, en fidélité à celle de nos anciens et des générations qui se sont retrouvés ici à l’ombre du clocher depuis le XV°.

Père Félix Caillet
Vicaire général

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