Discours de Mgr di Falco à l'occasion du 60ème anniversaire du Secours Catholique

Publié le par AS

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Vienne le jour où ce que nous vivons ensemble ce soir, l’anniversaire d’une association caritative n’aura plus lieu, vienne le jour où les associations caritatives laïques et confessionnelles n’auront plus de raisons d’être ! Vienne le jour où chaque homme, chaque femme, chaque enfant et chaque jeune  trouvera sa place dans la société et sera reconnu parmi les autres ! Vienne le jour où chacun pourra avoir sa part légitime de bonheur ! Vienne le jour où le regard des autres ne sera plus celui du mépris ou de l’indifférence ou de la condamnation ! Oui, qu’advienne ce jour là ! Celui où la devise de notre pays « Liberté, Egalité, Fraternité » ne figurera plus seulement sur le fronton de nos édifices publics ou sur la face de nos pièces de monnaies, mais sera définitivement gravée dans les cœurs et passée dans les actes.

Quand donc verrons-nous seulement pointer l’aurore d’un tel jour ? Ce bonheur sera-t-il offert à notre génération ? Saurons-nous en être les artisans, car c’est bien de chacun de nous que cela dépend.

C’est parce que nous sommes encore loin de célébrer ce jour que nous voici réunis ce soir pour célébrer cet anniversaire.

Ce sont la souffrance, la détresse, la désespérance de bon nombre de nos concitoyens qui nous réunissent ce soir et nous permettent  de dépasser nos différences de quelques ordres qu’elles soient, politiques, idéologiques ou religieuses. Le service de l ’homme, quelles que soient les raisons qui l’inspirent, doit faire tomber les murs qui dans d’autres circonstances nous séparent. C’est pour nous une question de dignité. La nôtre, mais aussi celle de ceux dont nous nous chargeons. Le bonheur de l’homme doit être placé avant tout.

Le fondateur du Secours catholique, Mgr Rodhain, s’inscrit dans la lignée de tous ceux qui ont donné leur vie pour que vivent les autres, parmi eux, je voudrais citer Saint-Vincent de Paul. Il est l’un des grands précurseurs de l’action caritative. Sans doute ignorait-il que trois siècles après lui il serait encore l’inspirateur d’actes d’amour, de solidarité de charité et de fraternité.

Permettez-moi de vous confier une phrase tellement significative que j’ai retenue de Saint-Vincent de Paul. Elle peut avoir quelque chose de choquant et cependant elle est criante d’actualité. Celui-ci disait : « Il faut savoir quitter Dieu pour Dieu. » Quitter le Dieu de l’autel pour le retrouver dans le pauvre. Le Dieu présent sous les apparences du pain eucharistique est le même Dieu que celui qui est présent en nos frères les pauvres.  Il ajoutait encore, s’adressant aux premières jeunes filles de la haute société venues l’aider dans sa mission : « Et s’il y a un sujet légitime, mes chères filles, c’est le service du prochain. Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est à dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre… Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! Sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est le servir ? »

Aujourd’hui encore, de telles phrases, si simples, atteignent notre cœur et notre intelligence. Depuis Saint-Vincent de Paul les temps ont changé, mais les formes de pauvreté n’ont pas pour autant disparu ! Elles ont pris un autre visage. Tantôt celui de la prostitution, de la drogue, de la violence, tantôt celui de l’errance, du chômage, de la révolte, du suicide, du manque d’amour, tantôt encore celui de toutes les détresses morales et spirituelles, devant lesquelles notre société se trouve démunie, voire désemparée.

Mgr Rodhain par la force de son bon sens su s’adapter à toutes les situations y compris les plus dramatiques. Il a pris l’Evangile à la lettre et essayé de le vivre chaque jour dans sa relation aux pauvres. C’est sans doute là que son regard atteint sa véritable profondeur : le pauvre, c’est Jésus-Christ.

Mgr Rodhain a non seulement prêché, mais institué, répandu un nouveau modèle de rapports humains. Aux notions traditionnelles de pouvoir, de force et de violence, il en a substitué d’autres : la bienveillance, l’attention, le respect de l’autre, la compassion, la tendresse, la douceur…en un mot la Charité. Il avait bien compris que la justice ne pouvait a elle seule résoudre tous les problèmes sociaux. Il faut un cœur, une âme, une fidélité sans condition et sans rupture. Il témoigne par sa vie qu’il n’y a pas de séparation entre l’intelligence et le cœur. Le cœur chez lui, élève l’esprit comme aussi bien l’esprit élève le cœur. A côté du droit au bonheur, du droit à la santé, du droit à la paix, l’homme à droit à des égards, réflexion de l’intelligence mais aussi faculté cordiale, faculté de sympathie.

Alors je voudrais ce soir exprimer toute ma gratitude à celles et ceux qui permettent à L’ Eglise de réaliser l’essentiel de sa mission : l’attention aux plus pauvres, aux blessés dans leur corps et dans leur cœur, à ceux qui ont le sentiments de ne plus compter pour personne. Merci à ceux qui animés par leur foi en Jésus-Christ deviennent ses yeux, ses oreilles, ses bras, ses mains, son coeur.

Je garde en mémoire ce magnifique film qui retrace la vie de Monsieur Vincent, merveilleusement interprété par Pierre FRENAY. J’ai vu, comme beaucoup d’entre nous, ce film lorsque j’étais adolescent. J’avais été particulièrement ému par la scène au Monsieur Vincent dépose sur la table un bébé abandonné, trouvé sur les marches d’une église. Les jeunes femmes de la bonne société qui sont auprès de lui alors se détournent, refusant d’accueillir «le fruit du péché » qu’est à leurs yeux cet enfant innocent. Monsieur Vincent dans un long moment de silence, les regarde chacune puis leur dit : « Faites moi au moins l’aumône d’un regard. »

Je suis certain que celles et ceux qui viennent frapper à la porte du Secours Catholique ne trouvent pas seulement  l’aumône d’un regard, mais l’Amour, le véritable Amour celui qui seul peut remettre un homme debout.

Cet Amour, reçu de Dieu,  qui nous fait saisir la main de celui qui n’a même plus la force de tendre la sienne.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Evêque de Gap

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