Homélie de Mgr Michel Méranville à Notre-Dame du Laus

Publié le par AS

Avant toute chose, je remercie à mon tour Monseigneur Jean-Michel di Falco qui m’a invité à venir célébrer avec lui la fête de la Nativité dans ce sanctuaire magnifique. La fête de la Nativité , c’est la fête de la naissance de la Sainte Vierge Marie, c’est pour parler en clair « son anniversaire ».

Habituellement, l’Eglise ne fête la naissance  de ses enfants qu’au jour anniversaire de leur mort appelée leur « vraie naissance au ciel ». Elle fait cependant trois exceptions : la première pour le Seigneur Jésus-Christ ; la deuxième pour sa Mère, la Vierge Marie et la troisième pour son cousin Jean-Baptiste son précurseur, dont le Seigneur lui-même a  dit qu’il était le plus grand des enfants des hommes.

Pourquoi ces exceptions, me suis-je demandé ? Sans doute parce que ces trois naissances sont celles qui expriment le mieux la bonté de Dieu et la gratuité de son amour. Celles aussi qui permettent le mieux de  percevoir que c’est Dieu seul qui prend l’initiative de nous aimer, sans aucun mérite de notre part.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » dit Saint Jean. Et l’Apôtre Paul ajoute qu’alors que nous étions encore pécheurs et donc ses ennemis, Dieu  nous a livré  son propre fils.
Pour nous faire connaître son amour, Dieu s’est fait l’un d’entre nous, en la personne de son Fils Jésus-Christ : le « Verbe » s’est fait chair. Mais pour devenir véritablement homme, il lui a fallu naître d’une femme. Et cette femme, c’est la Vierge Marie que Dieu a préservée de toute souillure pour qu’elle soit le temple vivant de son Fils. La Nativité de la Vierge Marie , c’est le projet d’amour de Dieu à l’œuvre.

En cette fête de la Nativité  les textes de la liturgie  ne s’attardent pas sur les origines de Marie , mais plutôt sur celles de Jésus. C’est à dessein que l’Eglise ne nous parle pas des parents de Marie dont la Tradition nous a laissé les noms : Anne et Joachim. Elle nous fait plutôt écouter l’évangéliste Matthieu qui ne nous dit pas non plus : « Voici quelles furent les origines de Marie  » mais : « Voici quelles furent les origines de Jésus, le Christ. » Car si Dieu a fait naître Marie, c’est afin de nous donner son Fils. C’est lui, Jésus-Christ le centre de tout et Marie n’existe que pour le donner au monde.

Dans son évangile, Matthieu insiste sur le fait que Marie ait été enceinte avant d’avoir cohabité avec Joseph, son fiancé. « L’enfant n’a pas été conçu par Joseph » nous dit-il. « Il a été engendré par l’Esprit Saint ». Une telle insistance n’a pour seul objectif que de  montrer une fois de plus, que l’initiative du salut  vient de Dieu seul et non d’un désir  humain.

C’est encore Dieu qui donnera son nom à l’enfant à naître de Marie  : il s’appellera « Jésus » ce qui signifie « le Seigneur sauve ». Il portera aussi un deuxième nom : « Emmanuel » c'est-à-dire « Dieu avec nous. » La fête de la Nativité est centrée sur cette Bonne Nouvelle.

Marie est née et a vécu pour porter cette Bonne Nouvelle au monde : le Seigneur est avec nous pour nous sauver. Il est au cœur de notre existence humaine, il vit avec nous, partageant nos joies et nos peines  il s’identifie même à nous pour nous révéler le vrai sens de notre vie et nous garder de la vraie mort. En dehors de lui, il n’y a pas de salut.

Ce message, la Vierge Marie n’a cessé de l’adresser au monde, sous des formes diverses, dans toutes ses apparitions y compris celles dont elle gratifia pendant 54 ans Benoite Rencurel.

Déjà, aux noces de Cana, lorsque le vin se faisait rare, elle avait dit aux serviteurs, pour les tirer de l’embarras : « Allez à mon Fils et faites tout ce qu’il vous dira. » Aujourd’hui encore, à l’humanité empêtrée dans d’inextricables difficultés elle dit : « Convertissez-vous » ce qui signifie : faites un demi tour sur vous-mêmes, cessez de tourner le dos à mon Fils, allez à lui avec confiance, écoutez-le et faites ce qu’il vous dira. »

Mais le monde est dur d’oreilles. D’autant plus fermé à ce message que grisé par sa science, ses connaissances, ses techniques et ses richesses de toute sorte, l’homme prétend être assez grand pour assurer tout seul son salut. Se croyant devenu adulte, il refuse toute référence au Père des cieux. L’autonomie du temporel est devenue synonyme d’indépendance totale à l’égard de Dieu. La laïcité est vécue comme l’absence de toute référence religieuse. La loi naturelle elle-même est remise en cause si elle évoque  une intelligence suprême. Car l’homme se veut l’auteur et le maître de sa propre vie dont il se croit l’unique propriétaire. Et pour être heureux l’homme s’invente continuellement des « saluts » qui en définitive sont pour lui autant de rochers de Sisyphe.

La Vierge Marie nous redit ici, au Laus, comme ailleurs : Il n’y a pas de salut en dehors de Jésus-Christ :« Convertissez-vous » « Allez à mon Fils et faites ce qu’il vous dira. »

Et le Fils nous invitera toujours à aimer Dieu, par-dessus tout, de tout notre cœur, de toutes nos forces et de tout notre esprit. Et il ajoutera toujours : « Aimez aussi votre  prochain comme vous-même » car on ne peut prétendre aimer Dieu que l’on ne voit pas sans aimer son prochain que l’on voit.

« Tout homme qui aime est né de Dieu » dit Saint Jean. « Tout homme qui aime est passé de la mort à la vie ».

La Vierge Marie est née pour  nous aider à naître nous aussi à la vie de Dieu. Elle a aimé Dieu par-dessus tout. « Servante du Seigneur  » elle n’a qu’un seul souci :être à notre service pour nous aider à naître à l’amour. Ainsi, à peine a-t-elle dit « OUI » au Seigneur que la voici courant vers les collines voisine, où demeure sa cousine Elisabeth. Elle se met à son service comme  simple femme de ménage pour lui venir en aide, car elle est âgée et se trouve à son sixième mois de grossesse. Mais c’est aussi et surtout, pour  lui révéler, ainsi qu’à toute sa maisonnée, la grâce d’être aimé de Dieu.

Que la Vierge Marie , relayée par la voyante Benoite Rencurel  intercède pour nous et nous obtienne la grâce de naître nous aussi à l’Amour qui a pris chair en elle.

+ Michel Méranville
Archevêque de Fort-de-France

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