La Nativité de la Vierge Marie célébrée dimanche au Laus

Publié le par TP

Dimanche 6 septembre, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la fête de la Nativité de la Vierge Marie au sanctuaire Notre-Dame du Laus. "On peut se réconcilier avec la vie !" disait-il à une assemblée nombreuse et fervente. Ci-dessous l'homélie et des photos de la célébration :

Il m’arrive de rencontrer des personnes qui ne se sentent exister que lorsqu’elles disent non. Tout oui de leur part est vécu comme une démission, une soumission. Elles auraient aimé avoir à choisir pour tout : leurs parents, leur famille, leur pays, leur religion.

La semaine dernière par exemple, une femme d’une soixantaine d’années m’a demandé d’être rayée du registre des baptêmes. « J’ai été baptisée enfant sans rien avoir demandé. C’était un baptême forcé. La religion, je préfère ne plus en entendre parler. »

Mais est-il vivable de se révolter ainsi contre tout ? De rejeter tout ce qui n’a pas été choisi au nom de la liberté ! Poussée à l’extrême, une telle attitude devient vite absurde. Voit-on par exemple quelqu’un refuser de parler français parce qu’il aurait été plongé dedans petit sans l’avoir demandé ? Ou refuser de manger avec une fourchette puisqu’on mange tout aussi bien avec les doigts ou avec des baguettes ? Non. Il y a bien des choses que nous ne choisissons pas mais que nous apprenons à accepter, à assumer, à faire nôtres. En premier lieu peut-être le simple fait de vivre.

Vivre, personne ne l’a demandé. Tous nous sommes venus au monde sans l’avoir demandé. Ni à Dieu, ni à nos parents. Notre vie a commencé non pas par un choix de notre part, mais par un acte posé par deux êtres qui ont agi indépendamment de notre volonté. Nous n’avons pas eu notre mot à dire…


Que faire alors ? Faut-il refuser la vie parce qu’on ne l’aurait pas choisie ? Ne faut-il pas l’accepter bien qu’on ne l’ait pas choisie ?...

N’est-il pas étonnant que notre vie tienne à la fois à si peu de choses et qu’elle soit porteuse de tant de choses ? Elle tient à peu de choses. C’était ce matin-là, et pas un autre matin, ou ce soir-là, et non un autre, entre tel couple, et non tel autre. La vie est porteuse de beaucoup aussi, car c’est de cette rencontre, aussi fortuite fût-elle, que je suis né. Et en entrant dans le monde, je me vois intégrer une histoire qui me dépasse, je deviens héritier d’un passé et porteur d’un avenir.

Nous célébrons aujourd’hui la Nativité de la Vierge Marie, la venue au monde de Marie. Elle naît d’un couple, Anne et Joachim. Elle entre dans une histoire dont elle n’a pas conscience. Elle n’est qu’un bébé vagissant. Mais déjà, elle porte tout le passé de l’humanité avec son poids de péché (comme la généalogie que nous avons entendue nous le suggère), et elle porte en elle toute l’espérance de l’humanité en attente du salut.
Elle est l’Immaculée. C’est une immense grâce. Mais c’est aussi une charge. Elle est appelée à répondre oui au projet de Dieu. Et quel projet ! Donner naissance au Sauveur du monde, rien de moins ! Aussi tout l’avenir de l’humanité est-il suspendu à son « fiat », un grand fiat à Dieu qui sera comme l’aboutissement de tous ses petits oui quotidiens à la vie de son enfance et de son adolescence.

« Ô Marie, nous vous voyons aujourd’hui petite enfant dont on vient juste de couper le cordon, et qui repose sur le sein de sa mère. Vous venez de dire oui à la vie en poussant votre premier cri, mais vous êtes bien incapable encore d’un seul oui conscient. Quand viendra le jour de dire votre grand « oui », s’il vous plaît, dites « oui » ! Vous n’avez pas choisi d’être immaculée. Vous n’avez pas prévue d’être la mère de Jésus et notre mère. Et pourtant vous êtes née pour cela, pour coopérer à l’œuvre de Dieu. Alors dites oui ! Nous vous en prions ! Dans l’élan de votre confiance en Dieu, de votre confiance en la vie malgré les croix qui se profileront à l’horizon, dites oui ! »

Marie, quand le jour de l’annonciation fut venu a dit oui, et elle est devenue la mère du Sauveur. Marie, quand l’heure de la passion fut venue, a dit oui au pied de la croix, et elle est devenue la mère des sauvés, la mère des rachetés, la mère de l’Eglise, notre mère à tous.

Un jour je suis né. Un jour, je me suis trouvé embarqué dans ce monde sans rien demander. Peut-être ai-je été désiré. Peut-être ne l’ai-je pas été. Peut-être suis-je né d’un couple qui s’aimait, peut-être au contraire d’un couple qui se haïssait, ou d’un couple qui a cru qu’il pourrait se réconcilier en ayant un enfant. Peut-être suis-je un enfant hors-mariage. Peut-être suis-je né sous x. Peut-être n’ai-je aucune connaissance de ceux qui m’ont engendré. Peut-être suis-je le fruit d’un adultère, d’une passade, d’un viol, d’une violence conjugale, d’un inceste, que sais-je encore ?... Peut-être mes débuts dans la vie ont-ils été douloureux. Peut-être m’est-il insupportable de voir tout le poids d’une enfance subie. Peut-être…

Nous pouvons penser alors à la lignée dans laquelle Jésus a choisi d’entrer, où les unions illégitimes se sont succédées, où les enfants ont dû avoir bien du mal à assumer leur naissance. Nous pouvons penser à Pharès, qui naît de l’union de sa mère, Tamar, avec son beau-père, Juda, et qui se trouve donc avoir le même homme pour père et grand-père. Nous pouvons penser à Booz, qui naît de l’union de sa mère, Rahab, une prostituée, avec Salmone, un ennemi et un exterminateur de son peuple. N’est-il pas proche, ce Booz, de ces enfants de la guerre, nés de pères allemands, et dont on commence tout juste à parler ? Nous pouvons penser à Salomon, qui naît de l’union de David avec Bethsabée, l’épouse d’Ourias, que David a envoyé au plus fort de la mêlée pour le faire mourir. Salomon, si réputé pour sa sagesse, a bien dû apprendre un jour qu’il n’était venu au monde que suite à un meurtre.
Que de crimes, que de souffrances, que de descentes aux enfers pour aboutir à Marie, l’immaculée, pour aboutir à Jésus, le prince de la paix !

Un jour donc je suis né. Un jour, je me suis trouvé embarqué dans ce monde sans rien avoir demandé. Peut-être avais-je été désiré, peut-être pas. Mais vais-je me laisser entraîner par le poids du passé et du péché, ou vais-je au contraire croire en une libération possible ?

Un jour j’ai été baptisé. Peut-être était-ce par conviction. Peut-être était-ce par convention. Peut-être l’Eglise a-t-elle été une bonne mère pour moi, peut-être à l’inverse ai-je beaucoup souffert d’elle. Mais vais-je tourner le dos à mon baptême, ou vais-je dire oui à la vie de Dieu en moi ?

Regardons Benoîte Rencurel. Elle a bien souffert dans son enfance. Elle naît dans une famille pauvre et n’a pas sept ans quand son père meurt brutalement. Elle ne s’est pas révoltée contre Dieu pour autant. Benoîte a souffert de l’Eglise aussi. Les calomnies ne l’ont pas épargnée. Et elle n’a pas renié son baptême pour autant. Au contraire, elle l’a approfondi.

« Tout contribue au bien pour ceux qui aiment Dieu », nous a rappelé saint Paul. Oui, quand on aime on peut se réconcilier avec sa propre naissance. On peut se réconcilier avec la vie. On peut se réconcilier avec son baptême, germe de vie éternelle en nous. On peut se réconcilier avec le projet de Dieu sur chacun de nous, ce projet de « gloire », comme nous l’a rappelé Saint Paul.

Nous ne sommes pas propriétaires de nos vies. Nous en sommes gestionnaires. Nous héritons et nous léguons. Nous recevons et nous donnons. Tout ce qui m’entoure est là sans que j’aie eu mon mot à dire, c’est vrai. Mais la vie dans laquelle je suis embarqué, il suffit que je l’assume librement et pleinement pour qu’elle rende au centuple.

En ce jour où nous fêtons sa naissance, en ce sanctuaire qui lui est dédiée, tournons-nous vers Marie.
Demandons-lui la grâce de transformer nos pauvres « non » qui enferment et rendent malheureux en « oui » qui libèrent et rendent heureux.
Demandons-lui cette grâce de savoir accueillir notre existence comme un don. Un don à faire fructifier pour le salut et le bonheur de ceux qui nous entourent.

                                                                                        + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
                                                                                        Evêque de Gap et d’Embrun



Les soeurs et l'assemblée


Au cours de la prière eucharistique


Mgr Jean-Michel Léandri présidant en chasuble bleue,
couleur de la Vierge Marie


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri saluant les uns et les autres à l'issue de la célébration


 

Dans l'après-midi, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait les Vêpres, suivies du Salut du Saint-Sacrement au cours duquel il délivra la méditation suivante :

Seigneur Jésus. Tu es présent au milieu de nous, ici même, dans ton Eucharistie. Nos yeux de chair ne voient qu’un morceau de pain mais les yeux de la foi voient le Seigneur de gloire, le Seigneur immolé et ressuscité. Tu es présent aux hommes, tu es présent à tout homme, tu veux te faire proche de tous. Si absence il y a, elle n’est pas de ton fait, elle est du nôtre. Donne-nous, nous si absents à toi, d’être présents à toi, toujours si présent à nous.


Seigneur, toi que nous voyons-là tel que tu as désiré te donner à ton Eglise, c’est comme si nous voyons sous une forme voilée à la fois les ténèbres du Vendredi saint, le vide du Samedi Saint et l’incandescence du dimanche de Pâques. Donne-nous en t’accueillant de te laisser vivre ta Pâque en nous.

Seigneur Jésus. Dans ton eucharistie tu te donnes à nous comme tu te donnais à Benoîte Rencurel. C’est ainsi que tu nourrissais sa capacité d’infini. Tu viens à nous comme tu allais à elle sous les apparences si humbles du pain car tu ne veux pas forcer notre liberté. Mais dès lors que nous le désirons, tu nous transformes en toi, et ta force de transformation est immense. Donne-nous de vivre de toi pour les autres.

Seigneur, toi que nous voyons-là, dans un ostensoir avec tous ses rayons comme pour montrer de quel feu tu réchauffes nos cœurs. Sois le réconfort des malades et des mourants à qui tu es apporté, pour que malgré leurs angoisses, ils puissent aussi être confiants.

Seigneur, tu ne te donnes pas dans ton eucharistie pour satisfaire les besoins religieux particuliers de chacun. Tu nous rejoins là où nous en sommes pour nous mener là où tu en es, pour nous ouvrir aux autres, pour être nous-mêmes prêts à nous sacrifier pour les autres, à donner notre vie pour les autres. Seigneur, sors-nous de nos ornières, enlève nos œillères, fais tomber nos préjugés.

Seigneur Jésus, en ce jour où nous fêtons la Nativité de la Vierge Marie, c’est l’aurore du salut que nous célébrons. Toute son enfance et son adolescence seront une préparation au oui de l’Annonciation. Que nos préparations à t’accueillir dans l’Eucharistie soient aussi intenses pour nous que fut pour elle l’attente du Messie.

                                                                                                + Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                                                                                Evêque de Gap et d’Embrun

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Dracipe27 21/09/2009 17:13

Bonjour, mon passage de ce jour sera rapide, mais j'ai décidé de faire un petit tour dans ma communauté. Pourquoi? Simplement pour vous montrer que même si je ne passe pas tous les jours vous voir, je ne vous oublie pas. Je voulais aussi vous remercier de publier dans "Le champ du monde".Une communauté ne peut vivre que grâce à vous .Merci encore et bonne journée.Dracipe27.