Hommage au Père Henri Prayer, rappelé à Dieu jeudi 20 août 2009

Publié le par VA

Décédé à Marseille à l’âge de 83 ans ce jeudi 20 août 2009, le Père Henri Prayer, ancien professeur au Collège-Lycée Saint-Joseph, a été inhumé à Saint-Etienne-en-Dévoluy lundi 24 août. Né en 1926 au foyer de Bénoni et Marie Prayer à Saint-Etienne-en-Dévoluy, au hameau du Pin, le Père Henri Prayer était le second d’une famille d’agriculteurs de quatre enfants. En voici la biographie.

 

Après être entré tout jeune à la Maîtrise de Notre-Dame du Laus, le Père Henri Prayer entre au Petit Séminaire de Gap et y termine ses études secondaires par un baccalauréat de philosophie en juillet 1945. Fort de son baccalauréat, il suit des études supérieures au Séminaire universitaire Notre-Dame à Lyon. Il y restera d’octobre 1945 à juin 1950, après avoir reçu la tonsure à Gap le 21 décembre 1946 et suivi le service militaire obligatoire de novembre 1947 à décembre 1948 dans l’Armée de l’Air. Ordonné diacre à Lyon le 18 mars 1950, Henri Prayer est par la suite ordonné prêtre à Veynes à 24 ans, le 2 juillet de la même année, quelques jours après avoir été diplômé d’une licence en théologie.
Le Père Henri Prayer commence son ministère sacerdotal à Briançon où il est nommé vicaire dès 1950 et aumônier du Lycée d’Altitude. En 1956, il devient vicaire à la cathédrale de Gap et aumônier du scoutisme en collaboration avec des laïcs engagés auprès des jeunes scouts, en particulier avec Pierre Bonnardel et Guy Tartarin.

En 1957, il est nommé professeur au Petit Séminaire de Charance. Il reprend alors ses études universitaires, cette fois-ci à l’Institut de Géographie et de Géologie Alpine (IGA) à Grenoble, avec le doyen Veyret.

Désormais, il consacre toutes ses compétences et son énergie à la formation des élèves au Petit Séminaire, puis également, à partir de 1968, au Collège-Lycée Saint-Joseph où il enseigne l’Histoire-Géographie et l’Instruction religieuse en classe de 3°. Ses élèves ont toujours apprécié son exigence éducative imprégnée à la fois de gravité et d’humour.

Tout au long de ses années de professorat, le Père Henri Prayer apporte son aide à des confrères en paroisses. Il devient aumônier de la Délégation des Alpes du Secours Catholique. Arrivé à la retraite, le Père Henri Prayer continue à servir à la paroisse de la cathédrale où il devient prêtre auxiliaire de 1992 à 2000. Entré en 2003 à la maison des prêtres aînés au Foyer Saint-Marcellin, il continue à aider par divers services en paroisse.

Le Père Henri Prayer était connu pour son attention particulière auprès des personnes malades, pour son souci de l’éducation des jeunes lorsqu’il enseignait au Petit Séminaire et au Collège-Lycée Saint-Joseph. Impliqué dans l’animation du scoutisme auprès de laïcs engagés, il manifestait une profonde exigence du travail bien fait, de l’effort, et se montrait très sensible à l’idée de vivre un idéal d’amitié et de foi.

Son soutien aux personnes en difficulté a été constant. Il était habité par la question du mal, par le mystère de la souffrance. Il citait volontiers les réflexions de l’écrivain Jean Giono et mettait en garde : « nous ne pouvons pas traverser la vie comme on traverserait un champ de bataille une rose à la main ! ». En ce sens, il était toujours très attentif aux problèmes soulevés par l’athéisme et se montrait très respectueux envers les incroyants et les personnes en proie au doute. Le Père Henri Prayer n’était cependant pas un « penseur » du mal, mais quelqu’un d’engagé en permanence auprès des personnes en souffrance et des malades à qui il rendait de multiples visites.

Aumônier du Secours Catholique, il avouait en confidence : « Pendant des années (celle de son service au Secours Catholique), je n’ai jamais dormi dans la nuit du lundi au mardi ». Le lundi, en effet, c’était la réunion avec les responsables du Secours Catholiques et des assistantes sociales. Celles-ci disaient, de leur côté : « Nous n’osons pas dire entièrement la gravité des cas que nous rencontrons : on ne nous croirait pas ! ».

Le Père Henri Prayer a ainsi vécu les paroles du Christ dans l’Evangile du Jugement Dernier : « J’avais faim, j’avais soif,….chaque fois que tu as donné à manger, à boire, à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que tu l’as fait…. » (Matthieu, 25,31-46). Sa vie laisse un beau et fraternel témoignage de discrétion au service de l’Eglise.


Obsèques du Père Henri Prayer à Saint-Etienne-en-Dévoluy

 

Homélie prononcée par le Père Bertrand Gournay, Recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus :  

 

Le père Henri Prayer semblait pourvu d'un tempérament et de traits de caractère très personnels. En fait, lorsque vous côtoyez peu à peu les habitants et que vous entrez plus profondément dans le paysage du Dévoluy, vous percevez tous les ingrédients de la personnalité attachante d'Henri. Il était un homme qui collait à son pays, parfaitement en osmose avec le paysage et le tempérament des hommes. N'oublions pas la manière dont nous entrons en Dévoluy, un tunnel qui ouvre sur un couloir, longe la Béoux jusqu'au col du Festre. Un immense jardin se présente alors aux yeux : une forme de chartreuse avec ses empierrements de montagnes qui encadrent des espaces ordonnés et des groupes de maisons comme des massifs floraux. Une grande intimité envahit le visiteur, l'intimide presque. Les sommets côtoient le bleu du ciel, mais les vallées peuvent demeurer durablement dans une épaisse brume. L'hiver trop froid ne peut faire qu'espérer le printemps, l'été trop sec fait languir la douceur de l'automne. On y est bien en Dévoluy, mais l'installation y est rude pour les non initiés puisqu'on y attend toujours un autre moment à vivre.

Henri me semble avoir porté en lui toute la personnalité de ce pays. La fidélité avec laquelle il retrouvait inlassablement les sites et les hommes de Verdun, d'Ouradour-sur-Glane; sa souffrance devant les drames des dernières guerres; son attention aux personnes malades, isolées pour lesquelles il pouvait traverser la France entière avec ses diverses petites Peugeot, toutes ces démarches, tous ces gestes de sympathie manifestaient une sensibilité hors du commun mais la plus rentrée possible pour ne pas déranger les autres; rester discret pour demeurer humble. Bien des traits des habitants du Dévoluy.


"Le massif calcaire du Dévoluy, enseignait Henri, fait partie des soulèvements alpins de la fin de l'âge tertiaire et du début du quaternaire…" Ce sont des données géologiques et Henri a vécu avec une passion extrême jusqu'à souffrir terriblement de l'insouciance des élèves, pour la géographie et l'histoire de leur propre pays. Les années d'enseignements au Lycée Saint Joseph ont rempli l'existence de cet excellent professeur qui fut, avec Pierre Gleize et Joseph Peyre, l'un des derniers prêtres-enseignants de notre diocèse. Mais la passion d'Henri pour la géographie de son pays dépassait le lycée. Un voyage en voiture avec lui de l'ouest à l'est, du nord au sud du département des Hautes-Alpes vous remplissait les oreilles de détails géologiques et historiques pour la vie entière.


Ce n'est pas tout. On ne peut faire le contour de la personnalité d'Henri si l'on n'évoque pas sa foi. Cette foi, sa manière de l'exprimer, lui permettait de laisser exploser tout le sous-sol de son tempérament, son émotivité certes encore devant le drame de la mort, mais aussi sa révolte face à la violence de la vie, ses questionnements jusqu'à espérer les solutions d'une philosophie devant l'injustice de la condition humaine. La famille Prayer est une très belle famille, naturellement pourvue d'un sens immense de la dignité devant la souffrance. Elle n'a pas été épargnée comme beaucoup de nos familles. Dans ce contexte de drames familiaux comme dans les drames de l'histoire large de l'humanité, Henri me semblait souvent subir un écartèlement parfois insupportable pour lui. Offrir à ses contemporains l'Espérance de Jésus-Christ qui annonce une terre nouvelle, une consolation, un pardon et la vision de Dieu dans l'instant même de toute souffrance, lui était une joie bien réelle. Mais devant l'immensité de cette Espérance, nous sentions monter en lui une souffrance, parfois rentrée et parfois exprimée, devant ce retard des hommes à mettre l'esprit de l'Evangile en pratique.


C'est à nous de retrouver le regard clair d'Henri, sa rigueur et sa sensibilité devant le mystère de la vie, de la souffrance et de la mort. C'est son héritage. Son pays du Dévoluy lui a offert les qualités de ses émotions. C'est donc à cette terre qu'il chérissait tant, de le recevoir aujourd'hui. Une autre terre, un bien autre royaume l'accueille et lui ouvre les portes de tous les mystères cachés depuis la fondation du monde.


              Photo du Père Henri Prayer, avant l'inhumation

 


Vous pouvez également écouter le chant traditionnel du Père Henri Prayer au cours de la traditionnelle cérémonie d'échange des voeux à Notre-Dame du Laus entre l'évêque et le clergé le 6 janvier 2006 :

dewplayer:http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/01/30/68/Chant-du-P-re-Prayer.mp3&

Pour plus d'information, vous pouvez également consulter le site Internet de RCF Hautes-Alpes en cliquant ici. Vous trouverez notamment les deux interviews accordées par le Père Henri Prayer à l'émission Ministère et Vocation.

 

Publié dans Actualité

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