
Les annonces ci-dessous concernent quelques-unes des activités de l'Evêque. Pour consulter le calendrier diocésain, cliquez ici.
17 et 18 mai
Fêtes mariales
à Notre-Dame de Bonsecours (Rouen)
19 mai
Rencontre avec des journalistes de
la chaine de télévision italienne RAI pour un reportage sur le Laus
20 mai
Rencontre des formateurs et évêques de la Province PACA au séminaire d’Aix-en-Provence à
15h30
21 mai
Messe et petit-déjeuner avec les laïcs responsables des services diocésains à la Maison
épiscopale
21 mai
Réception sur rendez-vous
22 mai
Table ouverte pour les
prêtres
22 mai
Messe et repas avec les 15 adultes se préparant à la confirmation à 19h30 à la Maison épiscopale de
Gap
23 mai
Inauguration de l’école Sainte-Jeanne d’Arc de Gap à 15h30
24 mai
Rencontre avec
les jeunes futurs confirmés du doyenné de Gap à 16h30
24
mai
Confirmation de 15 adultes et des jeunes du doyenné de Gap à la cathédrale de Gap à 18h00
25 mai
Confirmation
de jeunes à la cathédrale d’Embrun à 11h00
27 mai
Conseil diocésain pour les Affaires économiques à 19h00
28 mai
Messe et petit-déjeuner avec les laïcs responsables des services diocésains à la
Maison épiscopale
29 mai
Table
ouverte pour les prêtres
30 mai
Réception sur rendez-vous
31 mai
Fête du livre à la Comédie de
Montpellier
2 et 3 juin
Assemblée des
évêques de la Province à Notre-Dame du Laus
4 mai
Messe et petit-déjeuner avec les laïcs responsables des services diocésains à la Maison épiscopale
5 juin
Conseil des doyens de 9h30 à 16h30 à la Maison
diocésaine
6 juin
Réception sur
rendez-vous
7 juin
Célébration du mariage d’un ancien élève à Mosnac
9 juin
Conseil pour
la communication de la Conférence des évêques de France à Paris
11
juin
Messe et petit-déjeuner avec les laïcs responsables des services diocésains à la Maison
épiscopale
12 juin
Table ouverte pour les prêtres
18
au 20 juin
Conseil épiscopal de fin d’année
22 juin
Bénédiction de l’orgue de l’abbaye de Boscodon à
11h00
22 juin
Inauguration d’une exposition à Ceillac à 17h00
23 au 25 juin
Réception sur rendez-vous
26 et 27 juin
Intervention au colloque à l’Université d’Aix-en-Provence sur « Ethique et Médias
»
27 juin
Conseil diocésain pour les Affaires économiques
29 juin
40ème anniversaire d’ordination
sacerdotale de Mgr Jean-Michel di Falco
30 juin
Messe anniversaire des ordinations sacerdotales des prêtres du diocèse de Gap et d’Embrun à 18h30, suivie d’une
soirée festive à la Maison épiscopale
1er au 4 juin
Réception sur
rendez-vous
6 juillet
Messe d’envoi à 10h30 à la cathédrale de Gap pour les jeunes partant aux JMJ de Sydney en
Australie
8 au 26 juillet
Journées Mondiales de la Jeunesse à Sydney avec les jeunes du diocèse de Gap et
d’Embrun
26 juillet au 3 août
Visite
pastorale au Vietnam, à la rencontre des évêques des séminaristes du diocèse de Gap et d’Embrun
Homme dEglise reconnu, Mgr Jean-Michel
LVR : Comment fonctionne la communication de lEglise sur le territoire français ? Peut-on parler en terme de « stratégie » de communication ?
J.-M.d.F. : Jacques Séguéla a dit un jour que lEglise avait beaucoup davance en terme de communication. Les raisons quil en donnait navaient dailleurs pas plu à tout le monde. Je le cite tout de même « lEglise a un slogan (« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ») et un logo (le crucifix.) Il y a plus de deux mille ans : Douze apôtres, quelques femmes, quelques disciples, sans moyens, sans érudition particulière, et aujourdhui, environ deux milliards de chrétiens. Ce qui faisait dire à Séguéla que le bilan était plutôt positif
Plus sérieusement, je réponds non à votre question, la communication fait partie de lêtre même de lEglise. Elle est communication, cest la définition que je placerais en premier. Cest sa vocation pour conduire à la communion avec le Christ. Les sacrements sont en quelques sorte des actes de communication entre Dieu et son peuple..
lEglise na pas vraiment de « stratégie » de communication. De plus je naime pas ce terme emprunté au vocabulaire militaire. Pour le reprendre tout de même disons que, si stratégie il y a, elle est définie par cette parole du Christ : « Allez enseigner toutes les nations
» Pour y parvenir, plusieurs diocèses ont fait des plans de communication. Globalement lEglise a un déficit en terme de communication. Pourquoi ? Il y a de nombreuses raisons, jen évoquerai quelques-unes. Jai le sentiment que l
LVR : LEglise se construit-elle une image, à laquelle elle voudrait aujourdhui faire adhérer ? Comment veut-elle quon la perçoive ? Que cherche-t-elle à faire croire ?
J.-M.d.F. : Permettez-moi de vous dire que votre question me donne limpression que vous traitez lEglise comme un produit, et que ceux qui sont chargés de sa communication chercheraient quel est le meilleur emballage pour promouvoir ce produit ! Elle ne cherche pas à « faire croire » mais à être un signe de sa foi en Jésus-Christ.
Cependant, je peux dire que pour des événements ponctuels les JMJ (Journées mondiales de
LVR : Quels sont vos critères de choix ?
J.-M.d.F. : Au risque de vous surprendre, le critère économique est souvent déterminant. L
LVR : Quel intérêt a aujourdhui lEglise à être présente dans les médias ?
J.-M.d.F. : Quand saint Paul arrive à Athènes, il se rend à laréopage. Il sait que sur cette place publique il va retrouver des gens dont les croyances sont diverses. La télévision est la place publique des temps modernes. Cest une nécessité pour lEglise dêtre présente sur cette place et de faire entendre sa voix parmi les autres voix. Les cathédrales du XXIème siècle seront médiatiques. Ce nest pas un défi pour elle dêtre présente, cest un devoir ! De la même façon, que je considère comme un devoir que nous, prêtres, nous regardions à la télévision ce que tout le monde regarde et pas seulement les émissions dites culturelles. Ne serait-ce que pour savoir quelle est la culture que la télévision véhicule et qui façonne celle de millions de français. Nous devons connaître le langage de nos contemporains pour parler de Dieu dans la langue des hommes.
LVR : Le télévangélisme a-t-il un intérêt pour vous ?
J.-M.d.F. : La messe nest pas un concert ! Le Pape, les évêques, les prêtres, les diacres ne sont pas des gouroux ! Ils sont des « médiateurs » pour indiquer le chemin qui conduit au Christ et accompagner ceux qui lempruntent.
LVR : Quel est le plus chrétien des médias ? Le message évangélique passe-t-il mieux par le son ou par limage ?
J.-M.d.F. : Jai eu peur, je croyais que vous alliez me demander quel était le média le plus chrétien
LVR : Les médias participent-ils selon vous de la laïcisation de la société contemporaine ? Que pensez-vous du traitement réservé par les journalistes "généralistes" aux sujets religieux ?
J.-M.d.F. : La relation qui sétablit entre la télévision plus particulièrement, et ceux qui la regardent a quelque chose dune religiosité païenne. Dans un certain nombre de cas, la télévision se substitue à la religion, comme à la plupart des institutions dailleurs. Elle se positionne en magistère ! Cest elle qui définit ce qui est bien et ce qui est mal. Pour les journalistes « généralistes » traitant de religion cest lanecdotique, le marginal, le scandale qui les intéressent. Cela ne peut évidemment pas rendre compte de ce quest la réalité de lEglise et de celle que vivent plusieurs millions de chrétiens.
LVR : Pensez-vous que lEglise est bien accueillie dans les médias ?
J.-M.d.F. : Difficile de répondre à votre question. LEglise sera plus ou moins bien accueillie selon le sujet abordé ! Les journalistes informateurs religieux disent quil est de plus en plus difficile de faire passer un sujet ou un papier.
LVR : Mais lEglise na-t-elle pas donné, sur certaines querelles comme celle du préservatif, une image qui méritait quon la malmène, ne serait-ce que pour lui faire comprendre les changements de la société ?
J.-M.d.F. : Il y a des pages de lhistoire de lEglise dont nous navons pas de raison dêtre fiers. LEglise est faible et forte à la fois. Elle est faible des faiblesses des hommes qui la constituent et forte de lEsprit qui lanime. Quant à la polémique autour du préservatif, cest lexemple même de la désinformation. On dit : le Pape condamne le préservatif. Faux ! Il nen a jamais parlé. En revanche, cest vrai, il rappelle régulièrement quil faut être fidèle lorsquon est marié et sabstenir de relations sexuelles lorsquon ne lest pas.
Parce quil rappelle ces valeurs, certains en concluent quil condamne lusage du préservatif. Pendant des années, en tant que porte-parole, jai toujours dit : LEglise vous montre le chemin quil faut emprunter si vous voulez vivre votre foi dans la fidélité au Christ, et elle vous accompagne sur ce chemin. Mais si vous ne parvenez pas à vivre cet idéal, alors vous navez pas le droit dêtre suicidaire, vous navez pas le droit dêtre criminel, et utilisez le préservatif.
LVR : Pourquoi ce message nest-il jamais passé ? Nous nous souvenons dun passage au Cercle de minuit de Laure Adler où vous disiez exactement cela, en ajoutant même que lon ne vous avait pas démis de vos fonctions malgré ce discours sans équivoque
J.-M.d.F. : Le message nest peut-être pas passé parce quil sest trouvé une certaine catégorie de chrétiens pour dire que le sida était une malédiction de Dieu ! Si nous suivions leur raisonnement nous nous retrouverions au Moyen âge avec les sorciers et les sorcières. Cette image, certains médias lont complaisamment étendue à lEglise toute entière malgré toutes les mises au point. On a même dit que le Pape était un criminel parce quil nencourageait pas à utiliser le préservatif
Je le répète il nen a jamais parlé parce que sa mission est de conduire les chrétiens vers lidéal de la foi en Jésus-Christ et non daborder les cas particuliers.
LVR : Diriez-vous que dans le débat sur la pornographie et la violence à la télévision, lEglise est encore victime de son image ?
J.-M.d.F. : Je ne vois pas en quoi lEglise est victime de son image ! Ce genre de débat est un piège. Prenons lexemple des campagnes Benetton. LEglise garde le silence à propos dune affiche, on lui reproche de laisser faire. Elle se prononce, elle tombe dans le piège de la provocation et contribue à faire de la publicité pour la marque incriminée. De plus, on laccusera de censure quand ce ne sera pas de porter atteinte à la liberté de création. Cest ce que recherchent certains publicitaires : la provocation. On est sans cesse pris dans ce type de dilemme. Mais je ne vois pas pourquoi lEglise serait exclue de ces débats de société. Que chacun prenne ses responsabilités y compris lEglise.
LVR : Si les médias constituent les cathédrales du XXIème siècle, ne peuvent-ils pas changer assez radicalement et assez durablement le fonctionnement et lorganisation de lEglise ?
J.-M.d.F. : Le fonctionnement des médias et leur nature ont des conséquences sur lecclésiologie, cest-à-dire sur les structures même de lEglise. Ne serait-ce que parce quils réduisent les notions despace et de temps. Un média comme la télévision fait que sont court-circuités les corps intermédiaires. Ce que je dis à propos de lEglise est valable pour toutes les institutions qui nont pas pris en compte cette nouvelle donne. A cela il faut être attentif. Le risque est de favoriser la relation verticale au détriment de la relation horizontale, et ainsi détruire le tissu ecclésial comme le tissu social. LEglise nest pas une juxtaposition dindividus où chacun serait directement relié au plus haut responsable ; cest aussi une communauté où les personnes sont en relation entre elles. Il ne faudrait pas, par exemple, que les retransmissions télévisées (aussi prestigieuses soient-elles, comme la messe du Pape à Rome) se fassent au détriment de la vie de lEglise locale. Autrefois on sortait de chez soi, pour se rendre sur la place publique si on voulait connaître les nouvelles. Aujourdhui cest le mouvement inverse : il faut rentrer chez soi et se placer devant son téléviseur. Tout cela contribue à favoriser lindividualisme.
LVR : De ce point de vue, la surmédiatisation du Pape nest-elle pas dangereuse ?
J.-M.d.F. : Non si on est attentif à ce que jai dit précédemment. Certes, la surmédiatisation des hauts responsables renforce le pouvoir central. Celui du chef de létat, du Premier ministre, etc. On connaît mieux le président du Sénat, par exemple, que le sénateur local. Lorsque des étudiants protestent devant lElysée, et que le Président de
LVR : Dune certaine manière, le christianisme en tant quorganisation ecclésiale nest-il pas beaucoup plus horizontal que vertical ?
J.-M.d.F. : Je ne vois pas ce qui vous conduit à cette conclusion. Ce nest pas ce que
Le synode des évêques, cest à dire la réunion des évêques du monde entier pour travailler ensemble sur un sujet touchant la vie de lEglise, est un instrument qui contribue à ce que les dimensions horizontales et verticales soient respectées. Il y a aussi les visites « ad limina » où là encore, les évêques viennent rendre compte de leur mission au Pape et à ses collaborateurs. Cest au croisement des poutres horizontales et verticales de la croix que repose la tête du Christ, tête de lEglise.
LVR : Même sil ny a donc pas « stratégie » mais seulement « plan », on peut dire que lEglise communique de façon à « faire croire ». Mais y a-t-il pour vous une différence entre foi et croyance ?
J.-M.d.F. : Je naime pas votre expression « faire croire », elle a une connotation négative et péjorative. Pour moi, qui suis méridional, dire : « Je lui ai fait croire que
» signifie, « Je lai trompé, je lui ai menti, je lui ai fait croire quelque chose de faux ! » LEglise communique aussi, en donnant à voir ce quelle vit. Ce fut le cas pour les JMJ à Paris. LEglise a davantage communiqué en donnant à voir comment les jeunes vivaient leur foi quen faisant des discours. Les conseillers en communication sont intervenus en aval, pour annoncer lévénement. En écoutant votre question, spontanément, je pense à Bernadette de Lourdes. Elle répond à ceux qui linterrogent : « On ne ma pas demandé de vous le faire croire, mais seulement de vous le dire. » Il sagissait du message de
LVR : On a tout de même du mal à vous suivre sur ce terrain quand on pense aux campagnes de prosélytisme et dévangélisation initiées par lEglise dans lhistoire
J.-M.d.F. : Nous sommes en 2003, comme je lai dit précédemment nous navons pas toujours des raisons dêtre fiers de certaines pages de lhistoire de lEglise. Le Pape Jean-Paul II la lui-même reconnu en demandant pardon, au début du troisième millénaire, pour les fautes commises au nom de Dieu au cours des 2000 ans de cette histoire. Aujourdhui, le premier média de Dieu, cest chaque chrétien ; cest ce que chaque chrétien est dans son comportement, par sa façon dêtre et de vivre. Ce qui nexclut pas de publier des journaux ; ce qui nexclut pas, non plus, de créer des radios. Cest aussi ce que nous vivons aujourdhui avec la télévision catholique KTO, dont jai été lartisan sous la conduite du cardinal Lustiger. Ce ne sont que des instruments pour dire : « Voilà ce que croient les chrétiens, voilà ce quest leur foi, voilà les réponses quils apportent aux questions fondamentales de la vie » En regardant KTO, les téléspectateurs sauront en quoi et surtout en qui croit lEglise. Journaux, radios, télévision ne sont pas des instruments de « propagande ! »
LVR : Cela veut-il dire que, lorsquon est chrétien, on peut « croire » mais pas « faire croire » ?
J.-M.d.F. : La mission dun chrétien cest dêtre témoin de sa foi et non pas de manipuler les autres pour quils croient ou pour reprendre votre expression leur « faire croire » ce quils croient ! Saint Pierre dit à ce propos : « Chacun de vous doit être en mesure de témoigner de lespérance qui le fait vivre. » Si vous partagez la même espérance que moi, je men réjouis. Dieu est humble, on loublie trop souvent ! Lui qui est la perfection accepte de se révéler, de se faire connaître, par la médiation de limperfection humaine.
LVR : Si lon vous suit dans ce raisonnement, cela voudrait dire que la foi ne se transmet pas
J.-M.d.F. : Ce nest pas ce que jai dit. Notre malentendu vient de votre expression : « faire croire » qui na pas le même sens pour vous et pour moi ! Si la foi ne se transmettait pas, nous ne serions pas occupés à en parler en ce moment. Que serait lEglise ? Les sacrements ? Cependant, il ne faut pas confondre les connaissances que nous avons « sur le » Christ et la connaissance « du » Christ, que je crois vivant aujourdhui. Les connaissances « sur » se situent au niveau intellectuel, elles peuvent conduire ou ne pas conduire à la foi. Le pas vers la foi est franchi lorsque de la « connaissance sur » on passe à la « connaissance de ». Les Evangiles ne sont pas un livre historique. Pendant longtemps, on a pensé que les connaissances sur
LVR : Si le message chrétien ne peut être pensé en terme de transmission, peut-être peut-on lenvisager en terme de propagation ? Y a-t-il quelque chose de commun, de ce point de vue, entre la foi et la rumeur, qui est une autre modalité du « faire croire » ?
J.-M.d.F. : Je crois avoir déjà répondu sur ce point : on peut parler de transmission de la foi ! Quant à la rumeur, on lui accorde ou non du crédit. La foi nest pas de lordre de la rumeur. Une rumeur, on ne sait pas doù elle vient, ce quelle devient et où elle va. La foi est transmise par des témoins bien identifiés : les apôtres !
LVR : Sil ne peut pas le « faire croire », quest-ce quun chrétien peut faire pour quelquun dautre ?
J.-M.d.F. : Que sa vie soit un témoignage qui conduise les autres à sinterroger. Que sa vie soit une question pour les autres. Quand par exemple, comme cela sest produit, des parents pardonnent, au nom de leur foi, à lassassin de leur fils ou de leur fille. Certains allant jusquà laider à retrouver sa place dans la société à sa sortie de prison. Une telle attitude est une question pour les autres. Cela est de lordre de lêtre plus que du dire ou du faire !
LVR : Oui mais cela, la philosophie le fait aussi, et dune certaine manière la conscience humaine tout court. Il doit bien y avoir une spécificité de la foi chrétienne dans la façon dinterroger le monde ? Est-ce ce que lon appelle « le mystère de la foi » ? Naît-on chrétien ou la foi est-elle un processus évolutif qui senracine peu à peu ?
J.-M.d.F. : Oui, bien sûr ! Le chrétien interroge le monde avec le prisme de lEvangile. Avec sa foi, qui lui donne un certain regard sur sa vie, sur les autres, sur ce qui se passe autour de lui. On ne naît pas chrétien, on le devient avec le baptême et on continue à le devenir tout au long de sa vie. La foi est un don de Dieu ! Un don offert à tous, certains laccueillent, dautres pas. En trente-quatre ans de sacerdoce, jai rencontré des personnes qui venaient me trouver pour me dire leur souffrance de ne pas parvenir à croire en Dieu, malgré leur désir. Cela me fait souffrir aussi. Je ne peux que leur dire de continuer à chercher Dieu sans se décourager et leur rappeler ces mots : « Tu ne me chercherais pas si tu ne mavais pas déjà trouvé. » Dieu prend le risque de la liberté. Il fait don de la foi à tous. Ce nest pas un don sélectif mais un don offert à tous. Après, cela dépend de chacun. Quand on assiste à un spectacle de marionnettes, elles paraissent autonomes, on ne voit ceux qui les manipulent dans lombre que lorsquon rétablit la lumière. La foi, ce nest pas cela ! Nous ne sommes pas des marionnettes entre les mains de Dieu. Dieu nous donne la liberté en prenant le risque dêtre rejeté.
LVR : Si la foi ne se transmet pas mais quelle est donnée à tous, on peut tout de même se pencher sur ses représentations, et notamment sur le pouvoir symbolique de la fiction pour figurer les principes de la foi. Quel regard portez-vous sur ce pouvoir symbolique de la fiction ?
J.-M.d.F. : De ce point de vue
LVR : Le récit biblique peut donc être considéré comme une suite de métaphores, de paraboles, un peu comme une fable de
J.-M.d.F. :
LVR : Peut-être peut-on rapprocher cela du fonctionnement des images pieuses et des souvenirs religieux, qui dune certaine manière sont des supports symboliques de la foi. Quel statut ont pour vous ces objets ? Supports de croyance ou produits dérivés ?
J.-M.d.F. : Vous employez des termes de marketing qui sont inappropriés (rires). Il faut avoir du respect pour les gens qui se procurent ces objets sils les aident à vivre leur foi même si parfois on peut y trouver une part de superstition.
LVR : Quel regard portez-vous sur le rôle historique des arts visuels dans le « faire croire » du catholicisme ?
J.-M.d.F. : Il est dabord historique. Limage est accessible à tous. Dans le passé, les vitraux, les fresques, les sculptures, les tableaux permettaient à tous, quel que soit leur niveau de culture de découvrir le Christ. Limage est polysémique, il y a donc un risque !
LVR : Il nous semble pourtant quun texte est tout aussi polysémique, tandis que la peinture religieuse est tout de même très codée, ce qui tend à réduire sa polysémie
J.-M.d.F. : Dans le texte cette polysémie me paraît moins contraignante. Mais pour aller dans votre sens, je dirai quà la suite dune homélie il arrive parfois que ceux qui viennent en parler ensuite mettent laccent sur ce que je considérais comme secondaire et ne parlent pas de lessentiel de ce que je voulais communiquer.
LVR : Quelle serait pour vous, dans lhistoire de lart, limage la plus efficace pour « faire croire » à lexistence du Dieu des Chrétiens ? Y a-t-il pour vous une uvre particulièrement frappante de ce point de vue ?
J.-M.d.F. : Je continue à ne pas aimer votre « faire croire » Pour répondre à votre question je citerais Le Retour de lenfant prodigue de Rembrandt. Il rassemble tout le message évangélique. Lamour et le pardon. Si lon accorde sa confiance à Dieu, rien nest jamais perdu. Si on accepte de reconnaître sa faute, et que lon demande pardon, la miséricorde de Dieu est accordée. Dans la parabole « du fils prodigue », le père ne laisse même pas le temps au fils de demander pardon ainsi quil avait prévu de le faire. Cest lamour du père qui est le plus fort.
LVR : Au cinéma, quel film retiendriez-vous, dans le même esprit ?
J.-M.d.F. : De tous les films qui ont été réalisés sur
LVR : LEglise est-elle, encore aujourdhui, un grand mécène ? Entretient-elle des relations privilégiées avec certains artistes qui auraient pour mission de célébrer la foi ou de porter la bonne parole ?
J.-M.d.F. : Au cours de son histoire, lEglise a été un grand mécène, mais aujourdhui cest devenu beaucoup plus rare faute de moyens. LEglise pour autant ne se désintéresse pas de lart. Au sein de
LVR : Lart contemporain, comme le montre la récente exposition Corpus Christi, a beaucoup produit de détournements et de réinterprétations des sujets religieux. Quel regard portez-vous sur ces tentatives ?
J.-M.d.F. : Je me suis rendu compte que ces artistes pèchent dans certains cas par provocation, dans dautres cas par ignorance. Ils utilisent les symboles religieux sans savoir quel est leur sens pour les chrétiens. Je men suis aperçu lorsque jai moi-même interrogé des publicitaires qui utilisaient le religieux. Bettina Rheims, lorsquelle ma montré les photos de son exposition « Corpus Christi » je nai pas reconnu, malgré ma culture religieuse, les pages dEvangile quelle avait voulu représenter ; il a fallu quelle mexplique. Je navais pas la capacité de les reconnaître. Comment croire quil soit possible de transmettre le message évangélique par des images que lon ne parvient pas à décoder ? Or, lintention de Bettina Rheims était positive, faire découvrir
LVR : Dune certaine manière, ces détournements ne sont-ils pas une bonne chose pour lEglise, au sens où le déplacement de contexte quils opèrent montre que le fait religieux est vraiment devenu un fait culturel ?
J.-M.d.F. : Pourquoi pas, si on ne perçoit pas le fait religieux seulement comme un fait culturel. Lusage dimages religieuses dans la publicité par exemple. Elles sont utilisées, pour donner une image positive du produit. Il y a tout de même une limite à cette coïncidence entre fait religieux et fait culturel : le créateur de ces uvres détournées de leur sens premier doit accepter la critique. Et cette réciprocité nexiste pas toujours.
LVR : LEglise sest beaucoup insurgée contre certaines affiches (celle de Larry Flint de Milos Forman et celle dAmen de Costa-gravas notamment), contre certains films aussi (on pense au Je vous salue Marie
J.-M.d.F. : Je naime pas que lEglise réagisse pour un oui ou pour un non contre des utilisations détournées de ce quelle est. Car les chrétiens donnent alors deux -même une image négative de censeurs ! Dans certains cas, il est préférable dorganiser un débat constructif où les opinions peuvent se confronter sereinement et à égalité. Nous avons par exemple invité Costa-Gavras à participer à un débat sur KTO. Il y a eu un vrai dialogue. Concernant "La dernière Tentation du Christ", laffaire était plus sérieuse. Toute la campagne organisée par les intégristes reposait sur le fait quils laissaient supposer que, dans le film,
En fait il nétait pas question de cela ! En revanche, ce qui était plus grave à nos yeux, cest quon retrouvait
LVR : Au cinéma, lun des auteurs qui a le plus représenté lEglise, sous un jour parfois peu amène, est Federico Fellini. Que pensez-vous de la vision de lEglise donnée par Fellini dans Roma, par exemple ?
J.-M.d.F. : Vous pensez à la scène fameuse du défilé de mode ecclésiastique
cest une séquence qui ma fait rire. Elle était moqueuse, mais je lai vue avec humour. Un peu dhumour permet de prendre du recul et davoir un autre regard !
Propos recueillis par Christèle COULEAU,
Ghislain DESLANDES et Jocelyn MAIXENT, pour La Voix du Regard (2003)
Commentaires