Ordination presbytérale de Charles Troesch en la cathédrale de Gap dimanche 28 juin

Publié le par VA

Dimanche 28 juin, en la cathédrale de Gap, Charles Troesch, diacre du diocèse de Gap et d'Embrun, a été ordonné prêtre par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Un événement d'autant plus important que le diocèse n'avait pas connu d'ordination sacerdotale depuis le 9 mai 2002 ! En présence du Maire de Gap, Roger Didier, du Président du Conseil Général, Jean-Yves Dusserre, de sa famille, des prêtres, des diacres et des communautés religieuses du diocèse, du Père Abbé de l'abbaye de Triors, près d'un millier de personnes ont assisté à la célébration aux côtés de Charles. Le même jour, dans toute la France, 90 séminaristes ont été ordonnés prêtres.

Vous pouvez écouter et lire l'homélie prononcée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri en cliquant sur le lecteur ci-dessous, le texte est donné à la suite :

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« Pour vous, qui suis-je ? »

« Pour vous, qui suis-je ? »

A la question posée par le Christ aux plus fidèles de ses amis nous sommes nous aussi invités à répondre.

« Pour vous, qui suis-je ? »

La réponse est le secret de chacun et chacune d’entre nous. Il y a la réponse fulgurante et bouleversante de Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Et puis, de manière plus modeste, mais parfois plus difficile à exprimer : « Tu es celui dont je ne parviens pas toujours à reconnaître la présence en chacun de mes frères. »

Charles, tu es présent ici ce soir, c’est donc que tu as donné ta réponse à cette question posée par le Christ. Tu as accepté de mettre tes pas dans ses pas. L’heure est venue où tu vas plus que jamais sentir peser sur tes épaules le poids de la charge qui t’est confiée. Mais tu le sais, cette charge, tu ne seras pas seul à la porter. De plus, comme l’écrit Saint Augustin : « Dieu qui fait les croix, fait aussi les épaules et nul ne l’égale dans l’art des proportions. »

Tout au long de ces dernières années tu as parcouru un long chemin pour te préparer à recevoir le plus beau présent que Dieu peut faire à un homme, celui d’aimer et de pardonner en son nom. Ce cadeau est offert à tous et à toutes bien sûr, mais d’une manière toute particulière au prêtre.

A l’heure où tu t’avances pour devenir prêtre, je pourrais te donner une vision idyllique du sacerdoce, tirer tous les jeux du grand orgue de la mélodie du bonheur, tenter de te faire croire que le chemin sur lequel tu t’avances est sécurisé, protégé, sans embûches. Ce serait oublier que le chemin qui conduit à la résurrection est celui de la croix. La croix que tu t’engages à porter avec le Christ.

Dans une humanité qui se veut orpheline de Dieu, dans une société à la recherche de nouveaux repaires, dans un monde où beaucoup de nos contemporains ne savent plus discerner le bien du mal, où la clameur des plus démunis est étouffée par l’assourdissant vacarme des médias autour du futile et de l’inutile, ou le besoin d’exister et de sortir de l’anonymat conduit aux pires folies, être prêtre est un défi que tu as accepté de relever en répondant à l’appel du Christ et de son Eglise. Défi certes, certains verront là une provocation et ils auront raison, il s’agit bien d’une provocation. Dans le mot provocation il y a le mot vocation, la provocation de l’Amour.

Je le disais à la Pentecôte 2007 pour la présentation des orientations synodales, « le nombre des fidèles est moins important aux messes dominicales. Les familles qui inscrivent leurs enfants au catéchisme sont minoritaires. Les aumôneries de jeunes ne rassemblent plus autant de jeunes. Les prêtres en responsabilité dans les paroisses voient leur nombre diminuer. Le vivier des laïcs qui s’engagent s’épuise. » Et malgré cela, Charles, ta présence ici ce soir prouve que les turbulences qui bousculent la barque de Pierre ne te font pas peur. Tu fais don au Christ et à l’Eglise de ta jeunesse. Grâce soit rendue à Dieu pour ce don. Ne crains pas d’innover, d’inventer, de créer. Sois audacieux ! Mais attention, les réponses aux questions du monde d’aujourd’hui ne se trouvent pas dans les solutions d’hier même si nous devons nous appuyer sur l’expérience des anciens. On ne regarde pas l’avenir dans un rétroviseur. A trop regarder dans le rétroviseur on risque de ne plus voir la route et de manquer un virage !

"Ce n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus notre Seigneur. Nous ne sommes que vos serviteurs à cause de Jésus". (II Cor. 4,5) dit Saint Paul. Tu le sais, ce n’est pas l’habit qui fait le moine, qui fait le prêtre, mais son cœur. Homme de la prière, du pardon, de l’écoute, de l’accueil, de la Parole, il ne s’agira pas pour toi de tenter t’imposer ta vision personnelle de ce que doit être le prêtre aujourd’hui mais d’incarner le prêtre tel que le Christ et son Eglise le veulent. En cela, malgré tes faiblesses, tu seras fidèle aux promesses que tu vas prononcer tout à l’heure, tes mains dans celle de ton évêque. Ne l’oublie pas, « Ce trésor, dit Saint Paul, nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu ». (II Cor. 4, 7) Dans cette même Lettre aux Corinthiens, saint Paul dira aussi : « Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. » (II Cor. 12, 9)

Point de mire ou bouc émissaire tu devras configurer ta vie à celle du Christ.

Comme le Christ tu connaîtras la tentation.
Comme le Christ tu connaîtras le doute.
Comme le Christ tu connaîtras la tristesse.
Comme le Christ tu connaîtras l’abandon.
Comme le Christ tu connaîtras la solitude.
Comme le Christ tu connaîtras la calomnie.

Tu souffriras peut-être à cause de ceux vers lesquels tu seras envoyé.

Tu souffriras à cause de tes confrères et peut-être même à cause de tes évêques successifs.

Mais fortifié par l’Esprit qui t’habite, tu seras armé pour affronter les épreuves qui pourront, si tu le veux, te façonner à l’image du Christ.

Il n'y a pas de mission au nom du Christ sans la présence et l'action de l'Esprit Saint.

Dans quelques instants tu seras prêtre sacramentellement mais c’est tout au long de ta vie, dans un cœur à cœur avec le Christ, aux côtés de celles et ceux qui te seront confiés, comme pasteur, que tu apprendras à devenir chaque jour davantage le prêtre que le Christ veut que tu sois.

Ceux qui parmi nous ont fait de la photo, je parle de la photo avant les appareils numériques, ceux qui ont fait de la photo, comprendront mieux que les plus jeunes d’entre nous l’exemple que je vais prendre pour illustrer ce qui précède. Autrefois, lorsqu’on voulait mettre sur papier une photo on devait se saisir d’un papier spécial appelé papier sensible et le placer sous un appareil qui projetait, pendant quelques secondes, la photo choisie sur la pellicule. Lorsqu’on regardait le papier sensible après cette projection, celui-ci était toujours immaculé, et cependant la photo était là, mais invisible. Ce n’est qu’après avoir plongé le papier dans un bain appelé révélateur que la photo se dévoilait progressivement sous les yeux de l’opérateur.

Il en est de même pour le prêtre. Plongé dans la communauté que l’Eglise lui confie, auprès de celles et ceux qui veulent construire leur vie, greffés sur le Christ, les grâces reçues à l’ordination se révéleront de jour en jour. C’est dire la responsabilité que vous portez, vous les fidèles laïcs. Vous êtes les révélateurs des grâces de l’ordination.

Dans quelques instants, après avoir invoqué tous les saints, par l’imposition des mains, tu seras consacré prêtre de Jésus Christ. Au même moment tu deviendras membre du presbyterium du diocèse de Gap et d’Embrun. Tes frères prêtres t’accueillent parmi eux. Tu sais qu’ils ont des personnalités très différentes, chacun avec ses talents et ses limites, mais tous unis au Christ. En priant avec eux et pour eux je rends grâce au Seigneur qui m’a appelé à en être l’évêque, le père et le frère.

Le jour de mon accueil dans le diocèse j’avais comparé un presbyterium à un orchestre symphonique. Ce qui fait la beauté et sa richesse d’un orchestre c’est justement la diversité des instruments. Chacun d’eux a sa sonorité unique et exécute sa propre partition, mais chacun est au service de la même œuvre, du même compositeur sous la conduite d’un chef d’orchestre. Sans cela, pas de musique ! Quelle cacophonie si chaque musicien décidait d’interpréter la partition qu’il veut comme il veut et quand il veut.

N’en est-il pas de même pour un presbyterium ? Ce qui fait sa richesse c’est justement la diversité de ses membres. Chacun d’eux a ses dons, mais chacun est au service de la même partition, de la même œuvre, la Parole de Dieu, sous la conduite d’un chef, le Christ. Sans cela, pas d’évangélisation.

Ecrire soi-même une partition et vouloir l’interpréter tout seul est une aventure sans lendemain.

J’espère que ton temps de retraite pour préparer cette ordination t’aura permis de méditer la lettre que le pape Benoît XVI a adressée aux prêtres pour l’ouverture de l’année sacerdotale. Je pense que tu mesures la grâce qui t’est offerte d’ouvrir ton ministère une telle année. Je souhaite attirer ton attention sur le passage qui concerne la collaboration avec les laïcs. Je cite : « Il convient de se souvenir comment le Concile Vatican II encourageait chaleureusement les prêtres à reconnaître sincèrement et à promouvoir la dignité des laïcs et la part propre qu’ils prennent dans la mission de l’Eglise. »

Dans notre diocèse, nous pouvons prendre pour exemple la Vénérable Benoîte qui n’a jamais agit sans les prêtres, mais que les prêtres considéraient comme une mère. « Ma (bonne) sœur, nous sommes vos enfants, ne voulez-vous pas nous donner votre bénédiction ? » demande le Père Royère à Benoîte mourante. Et elle la leur donne. C’est elle qui a fait d’eux des prêtres. C’est eux qui, en lui donnant le Christ dans sa Parole et les sacrements, ont fait qu’elle a pu mourir comme on disait autrefois « en odeur de sainteté » comme cela est inscrit sur sa tombe.

Charles, les brebis qui ont quitté la bergerie sont de plus en plus nombreuses, soit parce que nous ne savons pas leur parler, soit parce que nous ne savons pas les aimer comme elles l’attendent. A la question « pour vous, qui suis-je ? » nombreux sont ceux qui ne peuvent pas comme Saint-Pierre ou comme toi, Charles, répondre « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Ils répondront peut-être : « C’est un grand homme. C’est un prophète. » Ce n’est pas faux. Mais ils ne sauront pas aller jusqu’au cœur de la foi. Ne dépense donc pas toutes tes forces pour les brebis qui sont toujours dans la bergerie, gardes-en un peu pour aller à la rencontre de celles qui l’ont quittée ou qui n’y sont jamais rentrées. Le Seigneur les attend.

Chers frères et sœurs, merci d’être venus si nombreux pour rendre grâce au Seigneur du don qu’il nous fait, un prêtre pour servir son peuple. Permettez-moi une question. Lorsque les habitants du département voient vivre les chrétiens des Hautes-Alpes, peuvent-ils dirent, comme au temps des premières communautés chrétiennes : « Voyez comme ils s’aiment. » ?

Chers prêtres, l’ordination de Charles est une invitation à retrouver au fond de notre cœur la joie qui nous habitait au jour de notre ordination. Souvenez-vous ! Que cette joie soit communicative et rayonne autour de nous. Alors, peut-être des jeunes entendront et répondront à leur tour à cette question du Christ : « Et pour vous, qui suis-je ? »

        + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
               Evêque de GAP et d’EMBRUN


 
Cathédrale de Gap ornée des drapeaux représentant les nationalités des prêtres du diocèse

 
Ouverture de la célébration

 
Prostration de Charles Troesch

 
Les enfants entourent Charles au moment de la supplication litanique

 
Les prêtres du diocèse imposent les mains sur la tête de l'ordinand, en silence 

 
Fin de la prière eucharistique, l'évêque remet le calice au diacre et chante avec les prêtres

 
Une partie des religieuses de la communauté malgache avec laquelle le diocèse noue des liens importants

 
Sortie de la messe sur le parvis de la cathédrale, la grand-mère de Charles en présence de Mgr di Falco Léandri

 
Jardin de la Maison épiscopale où a eu lieu une réception pour fêter l'ordination sacerdotale

 
Une partie des invités dans le jardin de la Maison épiscopale




Pour consulter davantage de photos, si vous disposez déjà d'un compte sur Facebook, vous pouvez consulter l'album photo de la Pastorale des Jeunes en cliquant sur le lien suivant :
Pastorale des Jeunes

Vous pouvez également consulter le livret de l'ordination presbytérale en cliquant sur la couverture du livret ci-dessous :





 

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Marie-Paule Rogou 02/07/2009 22:02

J'ai vu un prêtre, j'ai vu des prêtres heureux, et cela m'a été Joie.Je crois que c'est ce qu'il faut retenir  que l'on peut être heureux en étant prêtre.

Fanette Hanne 29/06/2009 22:56

MERCI beaucoup pour la beauté de cette ordination ! voir la cathédrale de Gap pleine et recueillie, quelle joie ! Tous ces enfants présents aux côtés de Charles ne sont pas près d'oublier ces instants de grâce.L'idée de mettre des écrans permettant de bien suivre la cérémonie était EXCELLENTE : à retenir... Bonne route à vous, père Charles !