Anniversaire de l'accident du téléphérique du Pic de Bure

Publié le par AS

Dimanche dernier, 2 juillet, le Père Bertrand Gournay, curé de Saint-Etienne-en-Dévoluy, a célébré la messe pour les victimes de l'accident du téléphérique du Pic de Bure, survenu sept ans auparavant, le 1er juillet 1999. De nombreuses familles et amis des victimes étaient présents. Voici l'homélie.

"Hier, pendant le repas qui a réuni une grande partie des familles des victimes de l'accident du téléphérique de l'observatoire du Dévoluy, j'ai ressenti une grande communion entre tous. Entre ces familles très touchées par la perte d'un époux, d'un fils, d'un père, d'un oncle, d'un neveu, d'un frère ou encore d'un ami, une profonde amitié s'est nouée au fils des ans. "Il y a eu la vie en famille avant cet accident, me disait une sœur de l'un des défunts. Et il y a maintenant la vie après, mais ce n'est plus du tout la même chose." Il est probable que chacun ressent aujourd'hui la même chose, tant ces sept années ont été chargées d'une pression pesante autour de l'événement en lui-même. Cette fois, cependant, j'ai pu constater des visages plus détendus, sans doute par le sentiment qu'entre tous, il y a des choses vécues en commun et cela fait du bien d'en parler avec ceux qui peuvent entendre ce que le cœur ne cesse d'enfouir pour donner l'apparence d'aller bien.

Curieux récit, l'Evangile de ce jour. Je voudrais essayer de le rapprocher de ce qui se vit dans cette commémoration, dans ce qui se vit aussi chaque fois que l'on perd un proche. Car les guérisons de cette femme qui perd du sang depuis 12 ans, puis de cette jeune fille de 12 ans, ont des liens avec la vie au fond de chacun, celle qui ne meurt pas.

Il y a d'abord un homme de haut rang social qui parle avec Jésus de la maladie de sa fille. Jésus est prêt à intervenir car les récits évangéliques montrent  qu'il est sensible à l'épreuve humaine de la maladie et de la mort des proches. Mais une femme dont le sang ne cesse de s'écouler lui touche le manteau tandis que Jésus est dans la foule, compressé par les gens qui veulent le connaître. Une force sort de lui et atteint cette femme et la guérit. Ce qui s'est passé entre cette femme et Jésus est précieux pour nous tous. Cette femme n'est plus dans le rythme normal de la fécondité. Le sang qui coule exprime une sorte de trop plein de la vie. La maladie de cette femme peut être qu'elle a en elle trop de vie humaine en elle. Pour engendrer, une femme ne doit-elle pas éprouver naturellement le besoin d'un autre pour compléter ce qui manque encore pour poursuivre l'œuvre des hommes dans le monde ? L'enfant qui est à naître est celui qui porte plus en avant la continuité de la famille, d'un peuple. Ce sang qui ne cesse de couler n'est-il pas le signe qu'il y a trop de puissance en cette femme ? De fait, elle va partout dans une surcharge de volonté, chez tous les médecins, dit le récit… En allant trouver Jésus, en touchant, ne serait-ce que le bord de son manteau, elle change entièrement son comportement. Elle déverse le trop plein de sa vie, s'en dépossède entièrement pour retrouver l'accueil de la vie d'un autre. La rencontre avec le corps du Christ , avec pudeur, c'est le passage des entreprises volontaristes; "Je veux absolument obtenir ce que j'ai prévu d'avoir, un enfant, un travail, un diplôme", vers le désir d'accueillir la vie comme elle peut se présenter vers soi.

C'est pourquoi le récit poursuit en revenant sur la maladie de l'enfant de Jaïre, ce notable de Jérusalem. C'est la situation inversée. Ce n'est plus l'enfant qui semble vouloir quoi que ce soit, c'est l'entourage : la foule qui pleure, est convaincue de sa mort ou qui se moque de Jésus. L'enfant ne dit rien mais elle a douze ans et serait prête à devenir jeune fille. Il faut simplement lui permettre d'entendre la vie lui parler à l'oreille. Jésus va donc mettre dehors tous ceux qui encombrent la scène de cet enfant. Talitha koum, lui souffle Jésus. Ces mots sont gardés dans le récit dans la langue originale pour qu'ils puissent témoigner de l'intimité entre Jésus et cet enfant : "Jeune fille, lève-toi" lui dit Jésus. Ces mots de Jésus sont comme de désir d'enfant de la femme précédente. Ils suscitent de l'avenir, un engendrement, une vie qui se poursuit pour l'une et pour l'autre. Le corps du Christ , sa parole témoignent de qui est disponible pour les hommes pour vaincre la maladie et la mort: "Puis il leur dit de la faire manger" dit Jésus aux parents de l'enfant non seulement guérie mais aussi devenue jeune fille. Le Christ confie sa vie pour aider chacun ou des groupes: une famille, un peuple, etc. à abandonner un peu ou beaucoup de sa propre puissance et à recevoir une vie en soi réellement féconde.

Je reviens alors sur l'accident du téléphérique et la souffrance des proches des victimes de cet accident. Au bout de sept années, les chemins sont sûrement différents. La société, elle, n'a rien ou très peu entendue comment ce drame peut faire signe pour assagir cette fuite en avant industrielle et économique. Tchernobyl, le 11 septembre 2001, Toulouse, le tunnel sous le Mont Blanc et un nombre considérable de catastrophes ne semblent pas freiner la course actuelle des peuples. Aussi, nous savons que les catastrophes se poursuivront les unes derrière les autres. Il reste alors chacun de nous. Le repas d'hier montre encore les effets positifs de ce qui reste cependant un drame et un grand malheur pour tous. C'est l'amitié. L'année qui a suivi fut pour moi, la découverte des réserves de maturité, de profondeur, de capacités d'amour que possèdent les Dévoluards.  Et, à présent, malgré sans doute bien des escarmouches toujours en trop, les familles sont capables de beaucoup s'offrir entre elles de soutien fraternel. C'est cela la guérison que vient nous apporter le Christ. Les maladies, les accidents, les décès existent sur le parcours des hommes. Et le lot de souffrances atteint plus ou moins chacun de nous. Mais le Christ est venu nous dire et montrer par son propre témoignage jusqu'à sa mort sur la Croix.

Il y a encore en chacun de nous, parmi les hommes, de l'amour inemployé. C'est ce désir de toucher l'amour et d'être touché par lui qui suscitera de la vie pour toutes les générations qui nous suivront. Allons au-devant et laissons-nous toucher par l'amour qui vient de Dieu. Tout le reste est superflu et encombre la formidable aventure humaine."

Père Bertrand Gournay
Curé de Saint-Etienne-en-Dévoluy
Recteur du Sanctuaire ND du Laus

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