Mgr di Falco Léandri au Festival de Cannes 2009

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

 
La Croisette vaut bien une messe

 

Jésus Christ superstar… On s’excuse pour le cliché, mais c’est Mgr di Falco qui n’a pas hésité à faire le lien : «Les stars viennent se donner à voir, croiser le regard des mortels, avant de regagner leurs hôtels ; en ce temps qui précède l’Ascension, Jésus lui aussi s’est montré à ses disciples avant de rejoindre son Père. Etrange parallèle. Mais alors que les stars se montrent sous leur meilleur jour, Jésus apparaît avec ses stigmates, son passé gravé dans son corps.»

Lunettes de soleil. En ce sixième dimanche du temps de Pâques, l’église Notre-Dame de Bon Voyage, à deux pas du Palais, accueillait la «messe du festival» - dont l’affiche orne le programme distribué à l’entrée. Beaucoup de Cannois sont là, au milieu desquels se sont glissés des festivaliers badgés (l’accréditation n’était pourtant pas exigée à l’entrée), qui ont préféré assister à la cérémonie plutôt qu’à la projection presse du Johnnie To, et ont pour certains décidé de garder leurs lunettes de soleil.

C’est donc le médiatique Jean-Michel di Falco, évêque de Gap et président du Conseil pour la communication de la Conférence des évêques de France, qui préside, entouré d’une demi-douzaine de prêtres.

«Rien, pas même le cinéma, n’est étranger à la foi en Jésus Christ», lance Gil Florini, délégué épiscopal à la culture en ouvrant la cérémonie, avant de faire applaudir Mgr di Falco par les fidèles. Puis d’évoquer l’affiche du Festival, «une jeune femme, plutôt belle, le regard qui porte au loin, elle aurait pu être une affiche chrétienne». La messe est internationale, les textes lus en français et en anglais. Les chants, emmenés par le chœur de Notre-Dame de Bon Voyage, font la part belle au gospel.

«A Cannes, il est plus important de paraître que d’être, poursuit Mgr di Falco dans son homélie. Mais les stars, au dehors, nous voyons bien qu’elles sont faites de chair et de sang, ce sont des hommes et des femmes comme nous, ni plus ni moins, nos frères et nos sœurs.»

L’évêque en profite aussi pour célébrer le 35e anniversaire du Prix du jury œcuménique qui regroupe six jurés cinéphiles et membres de l’une des églises chrétiennes : catholique, protestante ou orthodoxe. Un jury qui souhaite «attirer l’attention sur des œuvres aux qualités humaines qui touchent à la dimension spirituelle de notre existence» et a primé ces dernières années Atom Egoyan, Fatih Akin ou encore Michael Haneke.

Vampire. Une heure et demie plus tard, à la sortie de la messe, après quelques séances photos avec des paroissiennes, Mgr di Falco rejoint le pot organisé avec le temple protestant voisin. On l’interroge sur la place de l’Eglise dans un Festival où certains films ne sont pas exactement religieusement corrects, allant jusqu’à transformer un prêtre en vampire (dans Thirst,«Partout où des hommes et des femmes vivent, l’Eglise a sa place, répond-il tout sourire. Le cinéma nous dit des choses de l’humanité, nous fait découvrir dans quel univers les hommes et les femmes vivent. Même si ça nous bouscule.» Amen.

Guillaume Launay, Libération, lundi 18 mai 2009

 

 

                                                                                    La foule était nombreuse pour voir les stars monter les marches du Palais
 

Gilles Jacob Président du Festival accueille Mgr di Falco

         
Le Jury Oecuménique 2009

 Sur les marches du Palais du Festival

 
Pendant la messe à Notre-Dame de Bon Voyage

 

Rencontre avec les fidèles

 

Rencontre improvisée avec des jeunes musulmans

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Pour plus de photos sur le Festival de Cannes, vous pouvez consulter le site Internet du Jury Oecuménique en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://cannes.juryoecumenique.org


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HOMELIE DE LA MESSE DU 62ème FESTIVAL DU
FILM

NOTRE DAME DE BON VOYAGE

CANNES, 17 MAI 2009

 

Pour les Cannois familiers de la plage, contempler les vagues qui s’étirent et se retirent, l’une après l’autre inlassablement, peut être une occasion de méditation. De même, le Festival s’installe chaque année pour deux semaines et se retire ensuite pour revenir l’année suivante. Les stars daignent se donner à voir un instant, acceptent de croiser le regard des mortels et d’affronter la mitraille des photographes. Puis, elles réintègrent leur univers tout en restant présentes au monde par l’intermédiaire du cinéma.

En ce temps qui précède l’Ascension, et comme nous l’avons entendu au cours des premiers dimanches du Temps pascal, Jésus lui aussi s’est montré. Il est apparu à ses disciples. Il s’est donné à voir et à entendre. Et voilà qu’il va bientôt rejoindre le royaume de son Père et se rendre invisible tout en restant présent au monde par son Eglise qui proclame sa Parole et donne les sacrements.

Quel étrange parallèle entre les stars et Jésus ! Ce parallèle n’est pas sans divergences, cette ressemblance n’est pas sans différences !

Lorsque les stars s’exposent, elles tentent de le faire sous leur meilleur jour. Les défauts sont camouflés. Les qualités et avantages mis en avant. Lorsque Jésus se montre, c’est avec ses stigmates. La résurrection n’a pas effacé les blessures de la passion comme on efface une ardoise d’un coup de chiffon. Qu’est-ce que cela veut dire sinon que le Christ apparaît avec son histoire et son passé gravés en son corps ! Ce qu’il a traversé comme épreuve est toujours présent, mais transfiguré par la résurrection.

Alors quand je nous regarde, les uns les autres, plus ou moins beaux, plus ou moins laids, plus ou moins vieux, plus ou moins jeunes, plus ou moins malades, plus ou moins en forme. Quand je rencontre des blessés de la vie. Quand je côtoie ceux qui souffrent de handicaps non seulement physiques, mais aussi psychiques, je me demande : sous quelle apparence apparaîtrons-nous les uns aux autres à la résurrection ? Comme les stars apprêtées sur les marches du palais ? Comme si nous n’étions pas marqués par notre histoire ? Comme si le temps n’avait pas eu de prise sur nous ? Ou au contraire avec toutes les pages de l’histoire de notre vie ? Une histoire transfigurée.

« Je ne sais comment, dit Saint Augustin dans son œuvre La Cité de Dieu, mais l’affection que nous avons pour les bienheureux martyrs nous fait désirer de voir dans le royaume céleste les plaies qu’ils ont reçues pour le nom de Jésus-Christ. »

Nos plaies seront source de joie ! Que c’est difficile à entendre, que c’est difficile à admettre ! Vous voyez, Dieu est un bien étrange chirurgien. Il pratique la chirurgie esthétique d’une curieuse manière. Il fait en sorte que nos plaies, nos blessures, soient bien en vue dès lors qu’elles ont été instruments de conversion et de salut. L’amour est un feu qui sait faire feu de tout bois. Le ventre de l’obèse pourra resplendir comme un soleil. Les rides de la vieille dame pourront resplendir comme des étoiles.

D’ailleurs, à y regarder de plus près, ces stars qui apparaissent comme inatteignables, comme atemporelles, les tabloïds étalent allégrement leurs histoires. Ici, à Cannes, le temps d’un Festival, il est plus important de paraître que d’être. Mais en dehors de Cannes, dans leur vie de chaque jour, nous voyons bien combien elles sont de chair et de sang comme nous. Ces stars sont des hommes et des femmes. Rien d’autre que des hommes et des femmes, ni plus, ni moins. Des hommes et des femmes dont la vie n’a pas plus ni moins de prix qu’une autre. Des hommes et des femmes qui, parce qu’ils sont de chair et de sang comme nous, sont à ce titre nos frères et nos sœurs. Tous, ici présents, nous sommes de la même chair et du même sang. Tous, nous sommes de la même espèce. Un théologien comme saint Thomas d’Aquin dit que « deux anges ne peuvent pas être de la même espèce » alors que nous, hommes et femmes, participons de la même espèce. Ceci va très loin. Notre voisin nous insupporte-t-il ? Eh bien rappelons-nous qu’il est de la même chair et du même sang que nous. Tel collègue de bureau, tout sourire devant vous, ne manque-t-il jamais une occasion de vous poignarder dans le dos ? Eh bien rappelez-vous qu’il est de la même chair et du même sang que vous. Mille années lumière peuvent bien nous séparer les uns des autres sur le plan des idées, de la morale, de la culture. Mais rien ne pourra distendre et rompre le lien de chair et de sang existant entre nous. Même le bourreau et sa victime sont de la même chair et du même sang. C’est ce lien de chair et de sang qui permet à la victime d’appeler sans mentir son bourreau « mon ami, mon frère » comme le fit le père de Chergé à Tibhérine. Le bourreau ne pourra jamais empêcher sa victime de prier pour lui. Il ne pourra jamais l’empêcher de désirer partager un commun amour en paradis quand bien même cette perspective est insupportable au bourreau.

Dieu est amour. Voilà qui apparaît bien abstrait. « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique. » Voilà qui est plus concret. Car l’amour qui est Dieu, quelle forme prend-il lorsqu’il se rend visible ? Celui de Jésus qui s’est fait l’un de nous. Un Jésus qui guérit, un Jésus qui relève, un Jésus qui pardonne, mais aussi un Jésus qui se heurte à nos méchancetés, à nos hypocrisies, à nos mesquineries, un amour qui n’est pas aimé par ceux qui ne veulent pas être dérangés dans leur quant-à-soi.

Que de grandeur dans l’abaissement de Jésus ! Peut-être l’avez-vous remarqué, mais ce qui nous touche en Jésus, c’est son humanité. Jamais homme n’a été si pleinement humain ! Il manifeste si bien ce que nous pouvons être en plénitude. C’est bien parce qu’il nous paraît si pleinement humain que nous nous posons la question de qui il est vraiment. Ne faut-il pas être Dieu pour agir de manière si humaine ?

A ce 62e festival de Cannes, le jury œcuménique fête son 35e anniversaire. Les chrétiens ne sont pas étrangers au monde du cinéma et au septième art, comme ils ne sont pas étrangers à tout ce qui concerne l’homme. Rappelons-nous ce que disait le concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps […] sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » Dans la lignée du Concile, le jury œcuménique ne cherche pas à primer des films chrétiens, ni même des films à contenu religieux, mais des films qui rendent compte de toute la profondeur de notre humanité. C’est la justesse et la sensibilité du regard porté sur notre humanité blessée, en perpétuelle quête, en perpétuel relèvement, que le jury prend en considération. Le chrétien est convaincu que tout homme aspire vers une direction unique malgré la diversité des chemins pris. Il est convaincu que toute recherche de plus d’humanité est aussi recherche de Dieu.

En ce dimanche où nous sommes invités à nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés, dépassons les apparences, sachons voir l’être derrière le paraître. Nous sommes bien tous d’une même chair et d’un même sang. Nous sommes bien tous frères et sœurs d’un même frère, Jésus, le premier-né d’une multitude. A ce titre, nous devons espérer le salut pour tous. Nous devons être les gardiens de nos frères. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Si nous sommes victimes nous sommes aussi bourreaux. Si nous avons été blessés nous blessons souvent aussi. En regardant comment Jésus nous a aimés, en nous rappelant comment il est allé à la rencontre du pécheur, comment il nous a nous-mêmes relevés, nous saurons comment nous aimer les uns les autres. Nous saurons comment dépasser notre amertume pour aimer même ceux qui nous ont fait du mal. Nous saurons reconnaître les germes d’Evangile présents en tout homme et en toute femme, même chez ceux qui nous paraissent les plus exécrables, les plus insignifiants, les plus superficiels. Nous saurons reconnaître l’Esprit à l’œuvre en tout art et en toute culture y compris dans le cinéma.

Le cinéma est un miroir. Un gigantesque miroir, celui du monde, celui dans lequel il se regarde et se révèle. Comme au travers d’un verre grossissant, nous y découvrons ses désarrois, ses contradictions, sa grandeur et sa médiocrité, ses déchirements, ses folies et ses joies.

Ecouter le cinéma nous parler de l’homme c’est apprendre, pour nous chrétiens, à mieux parler de Dieu à l’homme.

 

+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI

Evêque de Gap et d’Embrun

Président du Conseil des Evêques de France et des Evêques d’Europe

chargés des médias


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