"L’Eglise après Jean-Paul II" - Interview de Mgr di Falco dans le Dauphiné libéré la veille de l’élection de Benoît XVI

Publié le par AS

Le Dauphiné libéré : Jean-Paul II était un Pape ‘militant’. Le Pape devra-t-il être, lui aussi, un Pape politique ?

 

Mgr di Falco : Je fais confiance, l’Eglise aura le pape qui lui faut aujourd’hui ! Vous dites militant, je dirais plutôt missionnaire. Un homme qui poursuivra avec sa propre personnalité l’action entreprise par Jean-Paul II sans chercher à l’imiter, ce qui serait une grave erreur. Il aura à être lui-même et à se laisser guider par Dieu.

 

Nombreux sont ceux qui souhaitent que le nouveau Pape soit issu d’un pays du tiers-monde ou, du moins, d’un pays non européen. Qu’en pensez-vous ?

 

Qu’importe la nationalité du prochain Pape, je préfère parler de sa sainteté. Selon moi, c’est la condition la plus importante pour être Pape ! Il est vrai que la culture d’origine du Souverain pontife aura une influence certaine  sur sa manière d’être et d’agir. Tout particulièrement s’il nous vient d’un autre continent que l’Europe !

 

Si le rôle ‘politique’ et pacifiste de Jean-Paul II a été loué, ses positions conservatrices sur les grands sujets de société (sida, divorce, mariage des prêtres, …) ont pu désappointer les jeunes. N’est-ce pas un handicap pour une Eglise en perte de fidèles ?

 

Après tout ce que j’ai entendu dire ces dernières heures dans les médias, notamment dans les témoignages de jeunes, j’ai au contraire été étonné de constater que ce sont eux, les jeunes, qui ont été les plus attentifs à ce que disait  Jean-Paul II dans ses enseignements. Et même s’il est vrai qu’ils n’ont pas forcément suivi cet enseignement, ils ont trouvé en Jean-Paul II la seule personne leur donnant une parole forte pleine de vérité et de miséricorde. En France en particulier, ma génération, celle des parents qui avaient 20, 25, ans en 1968, n’a pas toujours su transmettre des valeurs, des repères. Ne soyons pas surpris de nous trouver face à une génération déboussolée qui ne sait plus très bien distinguer le bien du mal, qui ne sait même plus lorsqu’elle agit mal. Si vous en doutez, regardez ce qui se passe dans certains lycées en France. Jean-Paul II a permis à beaucoup de jeunes de donner un sens à leur vie.

Vous posez la grave question du sida et vous avez raison. Il y a un malentendu total entre l’Eglise et la société à propos de cette terrible maladie. On ignore que le pape a interpellé les industries pharmaceutiques pour qu’elles « s’engagent à maintenir à bas prix des médicaments contre le sida ». Certes, le pape n’a cessé de dire que le meilleur moyen pour éviter la contagion reste une conduite responsable et l’abstinence, insistant sur les valeurs du respect de l’autre, la signification du mariage, sur l’importance de la vie humaine et de sa protection.

Il est cependant utile de rappeler que le Jean-Paul II n’a jamais « condamné » le préservatif comme on se plaît communément à le dire. Il n’en n’a jamais parlé ni dans ses discours, ni dans ces documents, car tel n’était pas son rôle. Il importe également de savoir que la Congrégation pour la doctrine de la foi ne s’est jamais prononcée sur l’usage du préservatif et que les théologiens restent divisés sur cette question.

Face au sida, si on ne vit pas l’idéal dont l’Eglise montre le chemin, on ne peut adopter un comportement criminel ou suicidaire !

 

Les rapports entre l’Eglise orthodoxe et le Vatican sont restés assez froids. La Chine a pratiquement ignoré la mort du Pape. S’agit-il là de terres de mission prioritaires pour le successeur de Jean-Paul II ?

On ne peut mettre en parallèle les relations du Saint-Siège avec l’Eglise orthodoxe et celle avec la Chine. Pour comprendre les relations avec l’Eglise orthodoxe il est nécessaire de faire un brin d’histoire. En mai 1999, la visite du pape Jean Paul II en Roumanie faisait renaître l'espoir d'une réconciliation entre orthodoxes et uniates, catholiques de rite oriental, mais six ans plus tard les divisions entre les deux Eglises semblent toujours aussi profondes.
Présents notamment en Ukraine et en Roumanie, les uniates reconnaissent l'autorité spirituelle de Rome tout en conservant leur organisation particulière et leur liturgie propre. L'Eglise uniate avait été interdite peu après l'arrivée des communistes au pouvoir en Europe de l'est et ses lieux de culte attribués aux orthodoxes, majoritaires dans ces pays.
Dès leur sortie de la clandestinité après 1990, les uniates, victimes de persécutions sous le régime communiste, avaient demandé de recouvrer leurs lieux de culte, suscitant la colère de l'Eglise orthodoxes.

Le porte-parole du patriarcat, assure toutefois que, "guidées par la parole du pape", les deux communautés ont fait avancer le dialogue et "pas moins de 160 églises ont été rétrocédées aux uniates"depuis. Certes, reconnaît-il, les communistes en avaient confisqué plus de 2.000, mais "il faut dire que sur les 2,5 millions d'uniates recensés à l'époque, il n'en reste plus que 190.000 aujourd'hui, selon le recensement de 2003". De même que les autorités orthodoxes de Moscou n’ont pas apprécié la nomination d’un évêque catholique par le Pape Jean-Paul.

On voit que l’essentiel du  différend est d’un autre ordre que théologique.

Quant à la Chine, chacun sait que le gouvernement refuse l’autorité du Pape. Il y a donc deux Eglises. L’Eglise officielle où les évêques sont nommés par le gouvernement et une Eglise clandestine. Des pourparlers se poursuivent entre le Saint-Siège et la Chine. Le cardinal Etchegaray s’y  est rendu plusieurs fois envoyé par le Pape.

Il semble pensable que le prochain Pape poursuivra l’action de Jean-Paul II vis-à-vis de la Russie, de la Roumanie et de la Chine.

 

La ‘Fille aînée de l’Eglise’ semble être devenue une ‘fille ingrate’, pourquoi ?

 

Je ne vois pas pourquoi parler de ‘fille ingrate’. L’Eglise de France a donné à l’Eglise universelle de grands saints, de grands théologiens, de très nombreux missionnaires, de grands ordres religieux… Sans doute voulez-vous parler de la déchristianisation, dans ce cas là, l’Eglise qui est en France c’est vrai semble s’être assoupie par rapport à son histoire passée, une Eglise un peu trop timorée, timide. Cela sans doute à cause d’une histoire qui lui est propre par rapport aux autres pays d’Europe. Qu’il suffise de repenser à tous les débats sur la laïcité que l’Eglise de France n’entend pas remettre en cause mais qui dans certains cas parce que l’on confond laïcité et laïcisme frisent le ridicule. On l’a vu lors des dernières fêtes de Noël et tout récemment lors du décès du Pape Jean-Paul II.

 

Quel est le message que vous désirez faire passer aux fidèles de votre diocèse au moment où l’Eglise catholique désigne son nouveau Pape ?

 

Le message est simple, il faut prier pour que l’Esprit Saint inspire les cardinaux qui auront à élire le nouveau pape de choisir celui dont l’Eglise à besoin aujourd’hui. Qu’ils soient sereins et confiants comme je le suis moi-même. Dresser un portrait robot serait vain.

 

Propos recueillis par Albert Marchetti

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