Homélie de Mgr Georges Pontier le jour de son installation

Publié le par AS

Chers amis, chers frères diocésains de Marseille,

quelle joie de commencer mon ministère épiscopal au milieu de vous en proclamant cette parole de Jésus, sa dernière parole rapportée par l’évangéliste st. Matthieu : « et Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Nous tous, baptisés qui sommes là ce soir, ce qui nous unit le plus profondément, ce qui nous rend proches les uns des autres, ce qui nous met en communion profonde, c’est que nous sommes travaillés par cette présence de Jésus, cette présence du Père, son amour entrevu, accueilli, l’espérance d’être un jour en Lui.

Si vous êtes venus si nombreux cet après-midi pour accueillir votre nouvel archevêque, ce n’est pas à la manière de ceux qui acclament un chef, un leader, c’est parce que, avec lui et sous sa conduite, vous savez que nous allons vivre de cette foi en la présence du Christ , que nous allons poursuivre la route de notre vie en nous laissant éclairer par la lumière intérieure, profonde et stimulante de cet amour de Dieu pour nous et pour tous les hommes.

Lorsque j’ai vu que la première messe célébrée avec vous serait en l’honneur de la Trinité, j’ai éprouvé une profonde joie. Nous sommes au cœur de notre foi. Le Dieu unique s’est révélé en Christ comme un Dieu d’amour : non seulement comme un Dieu qui a de l’amour pour sa créature, mais un Dieu qui vit dans l’amour, qui n’est qu’amour de toute éternité. C’est inouï, inimaginable : en Dieu il n’y a qu’amour. En Dieu n’existe qu’une communion vivante d’amour entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit : communion de pensée, de don, d’abandon. Ce qui donne la vie en Dieu, c’est l’amour. Sans amour pas de Dieu. « Dieu est Amour. Celui qui n’aime pas ne peut connaître Dieu. » La source de toute vie est une source d’amour. La vie ne marche bien que tant qu’elle demeure dans l’amour. Nous le savons bien !

Vous avez entendu comment l’apôtre Paul rendait compte de notre expérience spirituelle de chrétiens. Je reprends 2 phrases de sa lettre aux Romains.

La première : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. » Je vous le demande, frères, par qui vous laissez vous conduire aujourd’hui ? Est-ce par l’Esprit de Dieu ? Ou est-ce par l’esprit du monde comme disent encore Jean et Paul ? Et nous savons ce qu’ils veulent dire : non pas un mépris des hommes de ce temps ni du monde, mais une distance par rapport à l’esprit qui nous enferme dans les limites de ce monde, du chacun pour soi, de l’ambition, du profit, de la jouissance, de la peur, du pouvoir, du manque de respect.

Si l’on se laisse conduire par l’Esprit de Dieu, alors dit Paul, et c’est la seconde phrase que je voulais retenir : Alors réalisez que : « L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba !, » c’est-à-dire « Papa » Voilà le point d’arrivée, celui vers lequel l’Esprit nous conduit  : penser à Dieu et l’appeler « Papa » en toute circonstance, à la manière et à la suite du Fils bien-aimé, de Jésus qui lui-même nous a donné l’audace d’appeler Dieu : papa. Et alors nous le savons nous voilà introduits dans la relation la plus profonde de notre vie, celle avec Lui et en Lui, une relation qui nous humanise, nous rend semblables à Lui et nous permet de demeurer dans l’amour. Oh, frères, « qu’Il est grand l’amour dont le Père nous aime : Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes vraiment. »

Permettez moi encore un mot pour m’émerveiller de l’assemblée que nous formons ce soir :
Je vous vois, membres vivants de notre Eglise qui est à Marseille : baptisés issus de diverses communautés ethniques, des paroisses de notre diocèse, prêtres, diacres, religieux, religieuses, vous voilà, unis à votre nouvel archevêque pour être avec lui ce peuple de Dieu qui entend l’appel du Christ proclamé tout à l’heure dans l’évangile : « De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. »

Je nous vois, corps du Christ , pour ce temps qui est le nôtre. Dans notre diversité nous annonçons la fraternité humaine en train d’advenir, toujours à construire, toujours à vouloir vraiment.
La présence des membres d’autres diocèses : évêques, prêtres, laïcs, nous ouvre à la dimension universelle et fraternelle de notre Eglise, la présence de ceux de La Rochelle, de Digne ou d’Albi y ajoute cette réalité des liens humains profonds qui nous unissent en Eglise.
Ce qui est une joie pour nous, c’est la présence de ces baptisés , membres des autres Eglises chrétiennes, avec lesquels nous témoignons de notre foi commune au Dieu Trinité et à l’œuvre de son Esprit en ce monde.

C’est encore la présence des membres d’autres religions, juive tout particulièrement à cause de ce lien spirituel si fort qui nous rapproche.

Et puis aussi la présence des responsables de la société civile. Ils sont les témoins de la part que la communauté chrétienne prend dans la vie de la cité et dans le souci de tous les hommes de bonne volonté de faire advenir ici une société toujours plus respectueuse, plus juste et plus fraternelle ; Et nous savons le défi que cela représente. Nous savons aussi que c’est un de nos devoirs de chrétiens.

 

 

Voilà, chers amis, au-delà de l’évènement de mon arrivée parmi vous, c’est le Christ qui nous rassemble, nous unit, nous envoie. Au cœur de cette eucharistie, Il nous nourrit par l’expérience communautaire, l’écoute de la Parole de Dieu, la communion spirituelle en Lui. Ecoutons-le nous redire : « Et Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » C’est là notre expérience, notre espérance. C’est là notre joie et notre bonheur.

Qu’Il soit béni éternellement Lui, le Fils Bien-Aimé qui répend sur nous son Esprit et nous donne l’audace d’appeler Dieu : « Papa ».
Amen.

+ Mgr Georges Pontier
Archevêque de Marseille

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