Vernissage de PIETA, en la cathédrale de Gap

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun


Surpris. Touchés. Émus. Rares sont ceux qui sont restés indifférents, hier matin, alors que l'évêque de Gap et Embrun Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, levait le rideau sur une œuvre qui, avant même sa présentation officielle dans la cathédrale de Gap, suscitait déjà bien des réactions.

Plus un bruit en effet au moment où le rideau noir s'est ouvert sur cette Pieta du sculpteur Paul Fryer : l'oeuvre, issue de la collection de François Pinault, a tout pour bousculer celui qui est davantage habitué aux représentations traditionnelles du Christ en croix. Ici, le bois de la croix est remplacé par celui d'une chaise...électrique. Une façon, alors que les chrétiens s'apprêtent à entrer dans la semaine sainte, de requestionner sur ce "scandale de la croix".

Des réactions scandalisées.

Mgr di Falco Léandri, qui a déjà reçu des courriers se disant "scandalisés", a expliqué sa démarche devant une centaine de personnes. Parmi les nombreuses raisons qui ont amené l'évêque à faire venir l'oeuvre jusqu'à Gap, celui-ci en a cité deux : son intérêt pour l'art moderne et l'émotion que lui-même a confié avoir ressentie en découvrant cette sculpture pour la première fois.

« Cette œuvre est forte, a déclaré Mgr di Falco Léandri. Je me suis demandé pourquoi je n'éprouvais pas la même émotion devant un crucifix. J'en ai conclu que c'était dû à l'habitude ». Une habitude qui empêcherait de bien voir le « scandale de cet homme cloué sur deux bouts de bois tel une bête ».

Le but n'est pas de choquer, mais bien de bousculer.

Après avoir pris soin de préciser que xposition n'avait rien coûté au diocèse, excepté la prise en charge de sa surveillance de chaque instant, l'évêque de Gap a anticipé d'éventuelles nouvelles réactions scandalisées. Scandaliser ou choquer, a-t-il expliqué, « tel n'est pas le but. En revanche, j'espère bien que cette sculpture va bousculer ceux qui viendront la voir. » Et de poursuivre : « Le scandale, ce n'est pas le Christ assis sur une chaise électrique. S'il était condamné à mort aujourd'hui, on utiliserait les instruments barbares pour donner la mort qui ont encore cours dans certains pays. Le scandale, c'est notre indifférence devant la croix du Christ. »

Cette indifférence, ni l'oeuvre en elle-même ni la prière écrite par Mgr di Falco pour l'occasion - qui désigne le Christ tour à tour comme prisonnier, immigré, drogué ou victime...- ne la suscitent. C'est même évidemment le contraire. Sans toutefois choquer.

« Cette sculpture ne me choque pas, confie une dame. En fait, ça réactualise la souffrance du Christ ». Même réaction pour ce couple pratiquant de la Saulce : « C'est au goût du jour, ça nous impressionne, oui, mais c'est pas choquant. » Pas choqués non plus, Pierre Bernard-Reymond ou les élus gapençais Pascal Lissy et Martine Bouchardy. Eux seraient presque "déçus" ! « C'est moins contemporain que ce à quoi je m'attendais, confie le sénateur : le rapport avec la chaise électrique, qui ne m'aurait d'ailleurs pas dérangé, n'est pas si évident »...

 


Journal télévisé à 19h sur France 3 Dimanche 5 avril


 



PIETA, de Paul Fryer, sculpteur,
exposée pendant la Semaine Sainte






« PIETA » (The Empire Never Ended - 2007), artiste Paul Fryer,
collection François Pinault





« Je cherche ton visage, Seigneur !
  Ne me cache pas ton visage ! »

(Psaume 26)

 

 


Elle a été assassinée dans les chambres à gaz : c’est le Christ.

Il porte des guenilles : c’est le Christ.

Elle est en prison : c’est le Christ.

Il est immigré : c’est le Christ.

 

« Je cherche ton visage, Seigneur !

Ne me cache pas ton visage ! »

 

Elle agonise sur son lit de souffrance : c’est le Christ.

Il est sale, il sent mauvais, il mendie : c’est le Christ.

Elle se drogue : c’est le Christ.

Il est battu à mort : c’est le Christ.

 

« Je cherche ton visage, Seigneur !

Ne me cache pas ton visage ! »

 

Elle a faim, il a soif : c’est le Christ.

Il est condamné à mort : c’est le Christ.

Elle se prostitue : c’est le Christ.

Il a été torturé : c’est le Christ.

 

« Je cherche ton visage, Seigneur !

Ne me cache pas ton visage ! »


Il est homo : c’est le Christ.

Elle est séropositive : c’est le Christ.

Il hurle la colère de ses « pourquoi » : c’est le Christ.

Elle a tenté de se suicider : c’est le Christ.

 

« Je cherche ton visage, Seigneur !

Ne me cache pas ton visage ! »

 

Seigneur, comment te reconnaître sous le visage défiguré de chacune de ces personnes malmenées, méprisées, cassées ? Tu as donné ta vie pour elles. Avec toi, le crucifié, l’Amour est écartelé. Mais nous ne voyons plus tes membres transpercés sur deux bouts de bois, aveuglés que nous sommes par l’habitude. Sur une croix ou sur une chaise électrique, tu portes sur tes épaules tout le malheur du monde.

 

Ton chemin est celui de tout homme. Chemin de croix, chemin de mort, il peut devenir chemin de vie. Mettre ses pas dans tes pas sur ton chemin de souffrance, c’est se laisser entraîner vers la lumière de la Résurrection où l’Amour crucifié devient l’Amour transfiguré.

 

 

                                                                                          + Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                                                                              Evêque de Gap et d’Embrun

                                                                                              Semaine Sainte 2009








 

Présentation de PIETA par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Plusieurs personnes m’ont posé cette question. « Pourquoi avez vous voulu exposer cette sculpture dans votre cathédrale ? ». En fait il y a de nombreuses raisons. J’en retiens au moins deux. La première, mon intérêt pour l’art moderne. Non que j’aime tout ce qui se produit mais les artistes sont les interprètes des sentiments qui traversent notre société. Ils expriment à leur manière les doutes, les angoisses, les contradictions, les désespoirs mais aussi les joies de nos contemporains. C’est pourquoi je m’y intéresse même si j’ai parfois un peu de peine à décoder certaines œuvres. Les artistes m’aident à mieux connaître et à comprendre celles et ceux avec qui je vis et à qui je dois annoncer le Christ ressuscité.

La seconde raison est plus spirituelle. Lorsqu’il y a quelques mois j’ai visité l’exposition où était présentée cette sculpture du Christ assis sur une chaise électrique j’ai été ému. Cette œuvre est forte. Je me suis demandé pourquoi je n’éprouvais pas la même émotion devant un crucifix. J’en ai conclu que c’était dû à l’habitude. Nous ne voyons plus le scandale de cet homme cloué sur deux bouts de bois telle une bête. C’est ainsi qu’est née l’idée de faire partager mon émotion aux chrétiens de mon diocèse en faisant venir cette sculpture à Gap. Cela a été rendu possible grâce à Monsieur François Pinault.

Certains m’ont demandé si je ne craignais pas de scandaliser ou choquer. Tel n’est pas le but. En revanche j’espère bien que cette sculpture va bousculer ceux qui viendront la voir. Nous déshabituer du scandale de la croix ! S’il y a scandale pour certains il n’est pas là où ils pensent. Le scandale, ce n’est pas le Christ assis sur une chaise électrique. S’il était condamné à mort aujourd’hui on utiliserait les instruments barbares pour donner la mort qui ont encore cours dans certains pays. Le scandale c’est notre indifférence devant la croix du Christ.

« Il ne faut pas oublier qu’avant de devenir le symbole glorieux de la foi des chrétiens, un objet de culte et de dévotion, la croix ne fut rien d’autre d’abord qu’un atroce instrument de torture et de mort, objet d’horreur et de dégout. Chez les Romains, la crucifixion était un châtiment honteux et cruel, réservé aux esclaves qui punissait le meurtre, le vol, la trahison.

Le rituel de l’exécution était réglé pour accentuer l’humiliation : le supplice devait servir de leçon. Le condamné était d’abord fouetté puis chargé de la grande poutre transversale. Sur le lieu du supplice, bien en vue de tous, il était dépouillé de ses vêtements puis cloué sur la barre transversale et, enfin, hissé sur la poutre verticale déjà en terre. Un écriteau cloué au-dessus de sa tête indiquait le motif de sa condamnation. En proie à des souffrances atroces, le supplicié agonisait pendant de longues heures. Il mourait d’épuisement et surtout d’asphyxie pour peu qu’on lui ait brisé les jambes, lui ôtant toute possibilité de se redresser pour reprendre son souffle.

La crucifixion du Christ, supplice des plus infamants, deviendra le symbole de l’amour infini du Seigneur. » (Père Philippe Baud)

C’est vrai qu’il y a des gens qui crient au scandale facilement, mais en général on ne les entend pas devant le scandale de la clameur de ceux qui souffrent à leurs côtés. Si l’exposition de cette sculpture est une occasion de débats sur le Christ en croix entre hommes et femmes de bonne volonté, le but sera atteint.

On me dit encore : «  La prière que vous avez mise au dos de l’image reproduisant la sculpture risque de choquer car vous désignez comme étant le Christ des personnes qui sont parfois dans des situations qui les font montrer du doigt, à qui on tourne le dos. » Oui c’est vrai, le Christ a pris sur lui toutes les souffrances des hommes. Là encore ceux qui seront choqués montreront qu’ils ont oublié l’Evangile du jugement dernier. Vous vous souvenez ? « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait. »



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Père JB Beraud 09/04/2009 08:20

Félicitations au Père di Falco et à l'Eglise de Gap pour une telle initiative apostolique. De Yaoundé au Cameroun, où nous venons de recevoir le Pape, les pauvres dont vous dites "C'est le Christ" ont payé parfois très cher sa venue. Leurs petits étalages sur les trottoirs  pour assurer leur survie chaque jour ont été détruits avec une brutalité qui a ému même des gens du gouvernement. Radio Vatican m' avait interviewé trois jours avant l'arrivée de Benoît XVI. Vous auriez pu entendre les détails de ce que j'avais vu le matin même. Merci beaucoup de m'avoir adressé votre invitation. De Yaoundé, je vous serai uni en cette semaine sainte par la prière. Assurez Mgr Di Falco de ma prière et de ma profonde amitié. Je lui dois beaucoup pour ma mission en communication,Joyeuses et saintes Pâques,

H. de Germay 08/04/2009 21:42



On est étonné que Mgr di Falco expose le Christ dans la cathédrale de Gap dans une telle position et on est aussi surpris des arguments avancés pour justifier cette décision quand on se souvient que Mgr di Falco, en tant que Président du Copic, avait vivement déconseillé d'aller voir le film sur la Passion du Christ.

Jean-François Lavelle 08/04/2009 02:27

Monseigneur,Pour être franc, cela dit avec mesure, je dois vous avouer ma profonde stupéfaction devant la présentation de ce Christ assis, alors même qu'il semble marqué par les plaies consécutives à une crucifixion, sur une chaise électrique à l'intérieur de votre cathédrale.Je n'approuve évidemment pas les termes un peu forts qui sont développés à votre endroit suite à cette initiative sur internet, comme par exemple ceux figurant sur le blog d'Isabelle des Charbinières http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/mais il faut convenir selon les termes de cet article, que nous frisons vraiment avec le blasphème avec l'oeuvre de Paul Feyer, qui a peut-être sa place dans une galerie d'art contemporain, mais pas du tout dans un lieu sacré dont la vocation première, est-il nécessaire de le rappeler, est la prière.Il y a suffisamment d'occasion où le bruit du monde s'infiltre avec violence dans nos vies chrétiennes, pour que nous puissions protéger le Temple du Seigneur de la cacophonie extérieure des opinions. Or cette représentation provocante, si elle ouvre bien le débat, voire même un peu trop, ne suscite pas le recueillement et la paix qui sont pourtant nécessaires à notre cheminement spirituel.Je crois que l'art sacré, Monseigneur, doit porter non pas au tumulte, mais à l'harmonie des coeurs et des âmes. C'est là sa mission et son rôle, qui semblent, hélas ! l'un et l'autre bien oubliés dans cette affaire.Je vous prie de croire Monseigneur, à l'assurance de mon respect religieux, en union de prière.

Guy 07/04/2009 00:02

Quelle pitié!!! Seigneur, pardonne à ton évêque tant d'orgueil.... et d'aveuglement....

roux brigitte 06/04/2009 21:02

Monseigneur,J'ajoute toute ma gratitude pour la belle prière associée à la PiétaElle m'accompagnera lors de cette semaine sainte.J'espère que vous viendrez un jour faire une conférence à Clermont-Ferrand:à bientôt,je l'espère!...Bien cordialementBrigitte Roux.