Mardi Saint : Judas

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

La trahison - Jean 13, 21-28

 

Jésus fut troublé intérieurement. Il déclara solennellement : « En vérité, je vous le dis, l’un d’entre vous va me livrer. » Les disciples, se regardant les uns les autres, se demandaient qui ça pouvait être. Un des disciples, le préféré de Jésus, se trouvait tout contre sa poitrine. Simon Pierre lui fit signe : « Demande-lui de qui il s’agit. » Le disciple se pencha alors sur la poitrine de Jésus et lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus répondit : « Celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Alors, Jésus prenant la bouchée qu’il avait trempée, la donna à Judas Iscariote, fils de Simon. A ce moment-là alors, Satan entra en lui et Jésus lui dit : « Ce que tu as à faire, fais-le vite. » Aucun de ceux qui se trouvaient là ne saisit pourquoi il avait dit cela. Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns présumèrent que Jésus lui avait commandé d’acheter le nécessaire pour la fête, ou encore de donner une aumône aux pauvres. Quant à Judas, ayant pris la bouchée, il sortit sur-le-champ. Il faisait nuit.

 


Judas

 

• Judas ! Un traître. « Il eut mieux valu que cet homme ne fût jamais né ! » Parole de Jésus. Alors, pourquoi, toi, Dieu, maître de la vie, as-tu permis que ta créature voie le jour et laisse les ténèbres l’envahir ? La plus obscure des nuits, nuit de Judas. La Passion de ton Fils exigeait-elle qu’un disciple de Jésus soit à la solde de ses adversaires et agisse à la manière d’un tueur à gages ? « Il fallait que les écritures s’accomplissent. » Cet argument justifie-t-il qu’il soit né sous la mauvaise étoile de la fatalité ? Pourquoi fut-il choisi, lui, pour réaliser ce qui était décidé par avance ? Quelle fut sa liberté ?

• Judas ! Voleur. Il tenait les cordons de la bourse... Jésus, pourquoi as-tu choisi comme apôtre un escroc ?

• Judas ! Vendu. Dieu livré pour quelques dérisoires pièces d’argent. L’Iscariote a posé sur le visage du juste ses lèvres grimées de toutes les grimaces de l’humanité. Ah, ce baiser ! Rictus de la mort dans l’âme.

• Judas ! Pendu. Comment croire en un salut universel si un seul est rejeté ? Est-elle crédible la parole de Jésus à Zachée : « Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu » ? Peut-on croire à la brebis perdue ?

• Judas ! En lui, le démon. Pourquoi, toi. Jésus qui a passé tant de temps à expulser les dénions, as-tu laissé le diable le posséder puisque Jean précise « Satan entra en lui » ? Pourquoi ne pas l’avoir chassé ? Ton sang, répandu pour la multitude, n’a-t-il pas lavé le désespoir du pendu ? Les bras de la Croix n’étaient-ils pas assez longs pour que tu ne puisses pas prendre Judas dans tes bras et l’embrasser d’un baiser réparateur ? Était-ce trop tard ? Trop tard, même pour un Dieu en son éternité ? Mais peut-être, Père de toute miséricorde, n’as-tu pas dit de là-haut ton dernier mot. La seule façon de sauver un désespéré, n’est-ce pas de continuer à espérer en lui ? Le Dieu de la compassion ne le pouvait-il pas ?

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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