Jeudi, 5e semaine de Carême : Religion et foi

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Controverse avec les Juifs - Jean 8, 51-59

 

« En vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Les Juifs lui dirent alors : « Nous savons maintenant que tu es possédé du démon ! Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu oses dire : si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort. Serais-tu plus grand que notre père Abraham qui est mort ? D’ailleurs les prophètes aussi ! Pour qui te prends-tu donc ? » Jésus leur répliqua « Si c’est moi qui me glorifie, ma gloire est vaine. Mais c’est mon Père qui me rend gloire dont vous proclamez qu’il est votre Dieu. Vous ne le connaissez pas alors que moi, je le connais. Et si je disais que je ne le connais pas, je vous ressemblerais : je serais un menteur. Mais je le connais, je garde sa parole. Abraham, votre père, a exulté dans l’attente de voir mon jour : il l’a vu et il s’est réjoui. » Alors, les Juifs lui dirent : « Tu n’as même pas cinquante cou et tu as vu Abraham ? » Jésus leur répondit : « En vérité, je vous le déclare, avant qu’Abraham fût, je suis. » Sur ce, ils ramassèrent des pierres pour les lui lancer mais Jésus se déroba et sortit du Temple.



Religion et foi

 

Lentement, sûrement, Jésus marche vers la mort. L’étau de la polémique entre lui et les Juifs se resserre. Les Pharisiens croient défendre la religion alors que Jésus les appelle à la foi. Religion-foi, une tension très actuelle. Il serait simpliste de les dresser l’une contre l’autre car elles ne sont pas irréductibles. Et même, l’une ne peut se passer de l’autre. La religion, c’est l’espace public, la structure visible de la foi qui lui permet de s’exprimer au grand jour. La religion donne à l’Eglise de pouvoir avoir pignon sur rue, le droit pour le chrétien d’être publiquement croyant comme tout autre croyant. La religion, en tant que telle, relie visiblement tout croyant à Dieu par les signes extérieurs et communautaires de la foi qui lui est propre, avec ses rites, ses traditions, ses monuments et ses manifestations.

La foi, elle, est du domaine privé. Elle habite l’espace intérieur du croyant. Même dans sa dimension communautaire, la foi se vit dans le dedans de l’être où se tisse un lien intime avec Dieu. Afin que la foi ne dégénère pas dans un subjectivisme qui pourrait diluer la Révélation dans le laxisme, la religion joue le rôle d’un pédagogue, d’un garde-fou. Elle édicte des lois, promulgue des dogmes. Si elle se contente d’être seulement une tour de contrôle, surveillant d’en haut la bonne circulation de la foi, elle risque de n’être qu’un mirador, où les rites et les prescriptions légalistes l’emportent sur le contenu de la toi.

Ainsi, la religion peut étouffer le feu dévorant de la foi. C’est là qu’intervient la vie spirituelle. Son rôle est de faire crépiter le brasier de la foi. L’entretien de Jésus avec la femme de Samarie donne une autre image que le feu : l’eau vise jaillissant en vie éternelle. La vie spirituelle peut se comparer à un puits où, dans le tond, se trouve la source à laquelle on puise pour étancher notre soif de Dieu.

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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dju770 02/04/2009 06:16

Un bel article. Merci !Un blog ouvert aux commentaires. Bravo !L'image d'un diocèse ouvert sur le monde...