Interview de Mgr di Falco Léandri sur le préservatif au journal Le Parisien

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun


Evêque du diocèse de Gap et d'Embrun, Mgr di Falco Léandri reconnaît que les propos du Pape sur le préservatif sement le trouble parmi ses paroissiens. Interrogé le 28 mars par le journal Le Parisien, Mgr di Falco Léandri ne cache pas que, à titre personnel, il a déjà, pour éviter des « comportements criminels ou suicidaires », conseillé le port du préservatif contre le sida.




Que vous inspire la déclaration de l’évêque d’Orléans à propos de l’inefficacité du préservatif ?

 

Je ne suis pas compétent sur les aspects techniques concernant l’efficacité ou non du préservatif. Je fais confiance aux spécialistes du monde médical pour trancher cette question. Les déclarations de Mgr André Fort le regardent et je n’ai pas à entrer dans cette polémique. Pour ce qui me concerne, ma position sur le préservatif est claire.

 

C’est-à-dire ? Comment vous situez-vous par rapport au propos du pape ?

 

Benoît XVI n’a pas eu tort sur le fond, mais sur la forme ! L’apparente brutalité de cette phrase fait que ses propos ont suscité l’incompréhension des politiques, des spécialistes de la santé et de très nombreuses personnes. Sans doute aurait-il été mieux compris s’il avait dit que la prévention du sida ne passe pas « seulement, uniquement » par la distribution de préservatifs mais aussi par l’éducation à la responsabilité. Il le dit d’ailleurs plus loin dans son intervention, mais les raccourcis médiatiques n’en ont pas rendu compte.

 

Pourquoi un tel décalage entre le discours de Benoît XVI et la réalité de l’action des prêtres et des religieuses qui luttent contre le sida en Afrique et ailleurs ?

 

Le pape est le plus haut responsable de l’Eglise catholique, sa mission est d’indiquer le chemin à emprunter par un chrétien pour vivre en cohérence avec sa foi. Mais il y a ensuite les situations concrètes dans lesquelles se trouvent les personnes. Il revient alors aux religieux et religieuses qui les accompagnent sur place de les aider. Si ces personnes ont un comportement à risque, c’est les responsabiliser que de leur conseiller de se protéger afin de ne pas adopter un comportement suicidaire ou criminel. Il m’est personnellement arrivé de donner ce conseil à deux personnes. Ce qui est regrettable dans cette polémique, c’est qu’elle occulte le fait que l’Eglise est la première instance privée de soins aux malades du sida dans le monde.

 

Comprenez-vous que les scientifiques, les médecins, qualifient les propos du pape de « dangereux pour l’humanité » ?

 

Chacun y va de son discours contre Benoît XVI. C’est facile ! On ne cesse de dire que l’Eglise n’a plus d’influence. Cependant, dès l’instant où le pape tient des propos qui dérangent, nombreux sont ceux qui poussent des cris d’orfraie. C’est aussi une vision caricaturale d’une Eglise qui serait composée d’hommes et de femmes dociles et soumis. La foi est un acte libre. Il s’agit d’éclairer les consciences et non de décider à la place des autres.

 

Recevez-vous beaucoup de courrier au sujet de la polémique sur le préservatif ?

 

Oui, depuis la semaine dernière, je reçois plusieurs lettres par jour et de nombreux mails. Beaucoup de gens bouleversés m’écrivent pour me dire : « On ne comprend plus notre Eglise. » Au-delà de l’incompréhension, je ressens dans ces lettres beaucoup de souffrance et d’inquiétude.




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Odile Troesch 02/04/2009 14:26

Je voulais juste apporter un témoignage d'une Fille de la Charité en mission au Mozambique, qui d'ailleurs soigne les malades du sida.Il y a trafic de préservatifs, car même si ils sont cencés être donnés gratuitement au pays, la distribution au peuple ne se fait pas correctement. La valeur d'un préservatif pour un africain représente une grosse somme (1euro chez nous, mais chez eux de nombreux jours de travail!) vous vous imaginez donc bien que des intermédiaires les revendent! et tout le monde n'a pas les moyens de les acheter. Mais l'horreur ne s'arrête pas là; ils revendent aussi des préservatifs usagés qu'ils récupèrent en les riçant!!!Dans nos pays occidentaux nous ne nous rendons pas compte de toutes ces réalités que vivent les africains et en tous cas, là on voit bien que le préservatif n'est pas une solution unique pour arrêter le sida.  La mission  au quotidien que font les Filles de la Charité pour essayer d'éduquer , aider, soigner et de changer les choses, semble plus utile pour les africains qui souffrent.

christiane 01/04/2009 10:03

je ne sais si ce que j'avais tapé est parti, car il n'y avait plus rien... je soutiens notre Saint Père!

Pascale P. 31/03/2009 13:30

Au sujet de cette interview, je voudrais juste signaler une autre interview, parue dans le Wahington Post de dimanche dernier : un chercheur de Harvard estime, en s'appuyant sur plusieurs études, publiées pour certaines dans des grandes revues scientifiques, que le pape pourrait bien avoir raison, non seulement sur l'inefficacité des campagnes "tout préservatif" mais aussi sur leur aspect possiblement contre-productif. Il est dommage, me semble-t-il, que cette prise de position "indépendante" et très nuancée ne soit pas davantage connue.
 

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/03/27/AR2009032702825.html

abbé Dominique YANOGO 31/03/2009 13:10

"on ne comprend plus notre Eglise"! C'est vrai que quand on n'entend que des voix qui la dénaturent, non seulement on n'entend plus, et donc on ne comprend plus l'église qui n'est plus la nôtre! Les médias qui vous parlent en Europe ne sont pas nécessairement chrétiennes! Derrière le préservatif hier en Afrique, et derrière l'avortement en Espagne aujourd'hui, il y a la même nature humaine en quête d'une bonne gestion de sa sexualité, et l'appel inchangé de l'église à la responsabilité, et au respect de l'humanité! Restons Sel et Lumière, témoins à temps et à contretemps! La vérité ne fait pas toujours plaisir: sinon le Christ n'aurait pas été crucifié!Bonne route vers la célébration de la Passion-Mort-Résurrection du Christ!Depuis Ouagadougou au Burkina Faso