Mardi, 5e semaine de Carême : C'est moi !

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Qui es-tu ? - Jean 8,11-30

 

Jésus redit encore : « Je m’en vais. Vous me cherchez mais néanmoins, vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, vous ne pouvez venir. » Les Juifs se dirent alors : aurait-il l’intention de se tuer ? Ne vient-il pas de dire là où je vais, vous ne pouvez venir ? Jésus répondit : « Vous êtes d’en bas, moi, je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. C’est la raison pour laquelle je vous ai dit : vous mourrez dans vos péchés. Si, de fait, vous ne croyez : pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » Ils lui dirent : « Toi, qui es-tu ? » Il répondit : « Je n’arrête pas de vous le dire depuis le début. En ce qui vous concerne, j’ai beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m’a envoyé est véridique. Ce que j’ai entendu de lui, voilà ce que je déclare au monde. » Ils ne saisirent pas qu’il leur avait parlé du Père. Jésus reprit : « Lorsque sera élevé le Fils de l’homme, nous saurez que « Je Suis » et que je ne fais rien de moi-même. Je dis ce que le Père m’a enseigné. Celui qui m’a envoyé est avec moi. Il ne m’a pas laissé seul car je fais toujours ce qui lui plaît. » Tandis qu’il parlait ainsi, bon nombre crurent en lui.

 


C’est moi !

 

Encore une fois, cette question obnubilante : « qui es-tu ? » Les Pharisiens s’érigent en juges, essayant de soutirer à Jésus ce qu’il ne veut pas encore dire. Mais il répond : « Je suis. » Rien que cela. Jésus se prend pour la voix incandescente du Buisson Ardent. Moïse avait entendu : « Je suis qui je suis. » Chrétiens, nous nous mettons à genoux pour adorer Dieu, l’être absolu, mais ni nous ne sommes pas aplatis devant lui, car il s’est fait homme, l’un de nous. Dieu est d’autant plus grand qu’il est grandement homme.

Nous appelons Pieu Père. En son Fils Jésus, nous trouvons un frère. Et quand il révèle : je suis, c’est tout simplement comme s’il nous disait : « C’est moi. » Alors qu’est-ce que ça peut nous faire les polémiques mangées aux mites qui agitent sans cesse les Pharisiens ? L’essentiel pour nous, c’est de pouvoir appeler Dieu comme j’appelle ceux que j’aime en disant : « c’est moi ! ». C’est bien ce que l’on dit au téléphone quand on appelle un proche. Il nous reconnaît à la voix, simplement en disant « c’est moi. » La femme qui guette son mari arrivant tard dans la nuit, n’a pas besoin d’écarter les rideaux de la fenêtre pour le reconnaître. Son pas lui suffit, c’est lui.

Écartons les voiles de notre cœur. Après de savantes années de théologie, ce qui m’intéresse, ce ne sont plus les débats autour de ces mystères, mais l’équivalent de ce qu’exprime si simplement Paul Claudel dans Le Partage de Midi. Célèbre dialogue entre Mésa et Ysé : « Mésa - je suis Ysé - c’est moi… » Moi... Trois lettres. Elles contiennent l’être en ce qu’il a d’ineffable parce qu’unique. Quand sous priez, dites à Dieu : « c’est moi ! » Aucun narcissisme, vous livrez l’indicible de vous-même à celui qui voit clair en vous. Cette simplicité vous permet de passer d’une représentation de Dieu « apprise » à une rencontre « déprise » des formules qui vous empêchent d’être pleinement vous-même.

Créez votre propre langage. Inventez voire prière en vous inspirant, par exemple, des psaumes ou de l’Eucharistie. Votre prière respirera parce que vous laisserez l’Esprit respirer en vous. Les jours où vous êtes trop fatigués, les nuits où le sommeil ne vient pas, parce que l’anxiété est trop étouffante ou les larmes trop sèches, murmurez à Dieu, vous verrez comme c’est apaisant : « c’est moi. »

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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