La croisade d’un archevêque péruvien pour éveiller les consciences

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

 
L’archevêque péruvien Pedro Barreto était à Eyguians mercredi 25 mars, à l’invitation du CCFD–Terre solidaire 05, avec le concours du Secours catholique de Laragne, qui avait préparé un repas péruvien, et du collectif Buëch solidarité internationale.

Mgr Pedro Barreto
 

 
Mgr Pedro Barreto a donné à la salle des fêtes d’Eyguians une conférence-diaporama  sur le thème « L’environnement : une prise de conscience collective ». Les invités sont venus très nombreux, clergé, élus, associations, militants ou non, et la grande salle était comble.

Salle comble à Eyguians 


Un record de pollution industrielle

La Oroya, au Pérou, capitale minière de l’Amérique latine, détient le triste record de la ville la plus polluée d’Amérique du sud et du cinquième site le plus pollué au monde. Cité minière des Andes péruviennes, dans la vallée du fleuve El Mantaro, la Oroya expose ses 35 000 habitants, enfants et adultes, à une importante pollution aux métaux lourds comme le plomb. Avec 99,9 % de contamination au plomb, la ville détient le record absolu de saturnisme chez les enfants, avec de graves troubles du développement neurologique. Les analyses montrent qu’ils ont en moyenne 40 microgrammes de plomb par décilitre de sang,  alors que la quantité de 10 microgrammes est déjà considérée comme très dangereuse. (Certains pensent que la civilisation romaine aurait disparu à cause du saturnisme).

La dispersion dans l'atmosphère de polluants (comme le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote) provoque des pluies acides qui rongent la végétation de la région. Les jours sans vent, la fumée stagne et la ville est transformée en véritable « chambre à gaz ».

Principale accusée : Une vieille fonderie, qui date de 1920, qui transforme les minerais venus de plusieurs pays d’Amérique du sud et produit en particulier de l‘or et de l’argent. 3500 personnes y travaillent quotidiennement. « L’usine donne du travail aux habitants et tue leurs enfants ». L’usine a été créée par un groupe américain mais appartient depuis 1970 au Pérou.

 

« L’usine donne du travail aux habitants et tue leurs enfants »
 

La biodiversité en danger

Les enfants ne sont pas les seuls touchés par la pollution. Le lac Junin,  qui reçoit les eaux polluées par les déchets miniers du fleuve Mantaro, en subit aussi les conséquences, avec la disparition rapide des oiseaux d’eau et des batraciens. Le Zambullidor, un oiseau d’eau emblématique de la famille des grèbes, voit sa population réduite à 200 spécimens.

Mgr Pedro Barreto, 65 ans, archevêque jésuite de Huancayo, une ville à deux heures de route de La Oroya, est l’initiateur du mouvement « El Mantaro revive ».

Il donne ses conférences en espagnol, avec l’aide d’une traductrice, et n’est pas dénué du sens de l’humour. On a pu le voir en photo à cheval ou coiffé d’un chapeau de fête traditionnel. 

Il invite tous les acteurs de la société civile, dont les ONG et les églises, à se rassembler et à dialoguer pour trouver une solution à la récupération intégrale du bassin du Mantaro. Il dénonce « une suite de graves irresponsabilités de la part de l’état, de l’entreprise et de la société elle-même, qui laissent les gens accepter du travail au prix de leur santé ».

Mgr Pedro Barretto montre côte-à-côte deux photos d’une cheminée d’usine, l’une dans le Missouri aux Etats-Unis et l’autre au Pérou. La première se trouve dans un ciel clair, la seconde dans un ciel gris de fumée. « Pourquoi cette différence ? » questionne-t-il. Le public suggère des réponses.
Et pourquoi n’y a-t-il pas d’études statistiques de mortalité ? Que fait l’Etat péruvien ? « Si le gouvernement péruvien ferme les yeux depuis si longtemps, c’est à cause de la corruption qui ronge le milieu politique », répond l’archevêque.
« Et que pouvons-nous y faire depuis la France ? » demande le public. « Rêver seul reste un rêve, répète Mgr Pedro Barreto comme un leitmotiv. Rêver ensemble, c’est trouver la solution. »

Jacqueline Reynaud

Publié dans Actualité

Commenter cet article