Vêpres du lundi de Pentecôte par Mgr Ellul

Publié le par AS

Texte de référence – Galates 4, 4-9 : «Mais quand vient la plénitude du temps, Dieu envoyé son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœur l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils et donc héritier de par Dieu. Jadis dans votre ignorance de Dieu vous fûtes asservis à des dieux qui au vrai n’en sont pas ; mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur auxquels à nouveau, comme jadis, vous voulez vous asservir. »

Frères et Sœurs, Nous sommes ce peuple en marche sous le soleil et cet après-midi sous la pluie et Dieu nous ouvre le chemin, Jésus marche à nos côtés, l’Esprit Saint vient nous faire comprendre quelle est notre mission de baptisés. Remplis de cet esprit qui de fait de nous des filles et des fils de Dieu, nous pouvons vraiment dire dans nos cœur « Abba », toi notre père, écoute les prières qui montent de nos cœurs.  Peuple de Dieu aux couleurs variées, venus de tout le diocèse et d’ailleurs, pour cheminer à la suite de Marie , qui nous montre Jésus son Fils. Elle est la fille d’Israël, elle a été choisie par Dieu pour nous donner le Fils du Père éternel, Jésus, « celui qui sauve son peuple de tout ses péchés. Dieu prend toujours l’initiative, et lorsqu’il envoya vers elle, l’ange Gabriel, elle questionna le messager de Dieu, comme nous l’aurions fait nous-mêmes. « Comment cela se fera-t-il ? ».

Comment ? C’est sur cette interrogation que je voudrais m’arrêter un instant avec vous. Cette interrogation combien de fois l’avons-nous formulée, lorsque dans nos existences se dessine un changement de vie, une rupture avec le quotidien ; une grande peine, le départ d’un enfant, la séparation et le divorce dans un couple, la maladie qui nous frappe sans y être préparé, la mort d’un être cher et aimé ? Oui, comment ? Et la réponse ne nous est pas donnée immédiatement. Nous devons cheminer lentement, sans perdre courage, sans nous départir de cette confiance que l’Esprit Saint met en nous. Souvent c’est dur et éprouvant. Nous ne comprenons pas. Comme le temps de la réponse nous semble long, mais ce temps passé à attendre, risque de nous conduire à la désespérance, à nous croire abandonné de Dieu, à marcher comme dans le brouillard. Et pourtant Dieu est là, et Marie, près de nous. Elle nous tend la main, mais nous, préoccupés par nos questions, nous ne voyons pas.

Dans sa lettre aux chrétiens de Galatie, Paul, explique que par le baptême qui nous configure au Christ et par Marie qui nous l’a donné, de qui il est né, nous sommes devenus enfants de Dieu ; cette adoption filiale, fait de nous des fils et des filles aimés du Père. Et puisqu’il à mis en nous la capacité de l’atteindre, de le comprendre et de l’aimer, comment encore douter de son amour et de sa tendresse miséricordieuse ? N’est-ce pas dans ces lieux choisis par « Dame Marie » qu’il a voulu se montrer comme un petit enfant tenu pas sa mère. N’est-ce pas ici qu’il a appelé à l’amour et à la conversion ? N’est-ce pas ici que nous sommes venus, pour parcourir ces chemins de réconciliation. Voilà sa réponse !

Regardons notre vie, descendons en nous-même pour faire un bilan rapide de ce qui nous attire à lui, mais également de tout ce qui nous retient loin de Lui. Ne restons plus à regarder seulement ce qui nous éloigne de lui, ce qui est distordu en nous, cassé, ce péché que nous ne voudrions pas … L’important n’est-ce pas tout ce nous faisons pour être fidèles à l’Evangile ? Oui c’est le plus important. Nous sommes fiers de notre foi, nous voulons être ce peuple en marche, mais un peuple qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Nous nous arrêterons pour secourir l’autre, celui qui est tombé, pour le relever, lui parler, lui sourire, et surtout l’écouter. Prendre du temps pour écouter. Ecouter ! Ecouter Dieu nous parler au cœur, c’est difficile diront certains. Mais écouter Dieu et écouter l’autre, c’est toujours à notre portée, si nous faisons un effort, si nous prenons le temps. Nous n’écoutons pas assez, alors que nous avons mission de porter la parole et de faire mille pas, si on nous propose d’en faire dix. Ministère de l’écoute que chacun peut accomplir. En nous même, en famille, surtout en famille où l’on est tellement habitué que l’on vit côte à côte sans plus se regarder vivre, en Eglise, en communauté chrétienne. Oui, écoute attentive, comme écoutait, sans parler « Dame Marie », quand Benoîte la questionnait inlassablement. Elle restera des jours sans lui parler. Mais Benoîte écoute, écoute encore, écoute avec le cœur… la voit sourire, est confiante et attend.

Regarder le sourire de la Vierge Marie. Lever nos yeux pour voir son visage joyeux, avec ces gestes pleins de compassion, une écoute attentive, les bras élevés vers le ciel, pour nous montrer son Assomption. Marie nous attend, attentive et silencieuse, comme elle le fut dans la vie de Jésus. Peu de paroles : « Vois ton Père et moi, nous sommes là », alors qu’ils le cherchent durant trois jours ; puis aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira" . Benoîte qui la questionne ne comprend pas. Elle n’est pas là pour acheter de plâtre ; elle ne désire pas partager son pain avec elle ; elle ne lui donnera pas son enfant à garder. Plus tard elle prendra la parole et lui dira : « Je suis Dame Marie, la mère de mon très cher Fils et vous ne me verrez plus de quelques temps ». Durant plus de 4 mois elle la formera. La gerbe des conseils spirituels, fournis par la Vierge à Benoîte, est un élément important du message qui est vécu ici. On y trouve tous les éléments  pour une pastorale de la vie chrétienne, comme l’a souligné le Concile Vatican II, car la Vierge dessine pour elle, afin qu’elle puisse en témoigner, tous les devoirs que les clercs, les baptisés, les époux, les parents doivent accomplir dans leur vie pour être fidèles à l’évangile. Prière et conversion du cœur… miracles et redécouverte de la foi, huile qui accompagne et guérit.                                                                   

De plus, en approfondissant le message du Laus, nous pouvons découvrir l’admirable patience de Marie , donnant à Benoîte toutes indications pour la tâche apostolique qu’elle doit entreprendre, soutenant ses efforts pendant près d’un demi-siècle, expérience unique dans l’histoire de l’Eglise, de l’action éducative de Marie , la Mère de Dieu. Sans se lasser, la Dame, la regarde, l’accompagne, lui sourie, comme pour lui dire que si tout n’est pas facile dans ce qu’elle doit accomplir, elle sera toujours à ses côtés avec Jésus, son Fils.

Il en est ainsi pour nous. Ce serait illusoire de croire qu’avant c’était plus facile. Non c’était pareil qu’aujourd’hui. Il faudra toujours aux chrétiens ce surcroît d’âme pour ne pas succomber au pessimisme, car le monde attend de nous une parole d’amour, de joie, de réconciliation et de pardon. Nous avons cette mission d’être parmi nos frères humains, des montreurs de Dieu, sans ostentation, mais avec humilité et fierté d’être du Christ. Comme lui, laissons-nous envahir par la Parole du Père, laissons-nous regarder par Dieu, aimer par lui. Laissons-nous toucher par les rayons de son amour à l’image de cet ostensoir irradiant du dont de son Corps et de son Sang. Vous verrez, dans les joies comme dans les peines de la vie, nous trouverons toujours la Trinité à nos côtés, rejoints par Marie, la Toute Pure. Que Benoîte continue de nous donner un peu de sa force et le courage de son témoignage, pour qu’à notre tour, nous soyons témoins de l’amour du Christ , dans la proximité de l’autre. Amen.

Mgr Jean-Pierre Ellul
Curé du Sacré-Coeur de Marseille

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article