Homélie du Lundi de Pentecôte, par Mgr Ellul à Notre-Dame du Laus

Publié le par AS

Au lendemain de Pentecôte, remplis de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour et de force, et ce matin, en cette fête de Notre-Dame du Laus, nous nous retrouvons au Cénacle, rejoignant en pensée les Apôtres et la Vierge Marie, pour participer nous aussi à la prière.  L’eucharistie qui nous rassemble ce matin, témoigne de notre attachement au Christ, et c’est Jésus lui-même qui nous ouvre le chemin. Comme les traces de peintures, sur les sentiers de grandes randonnées, il peint pour nous, sur nos âmes, dans nos vies, les traces de son amour et de sa miséricorde ; il balise ainsi notre route personnelle, pour nous conduire dans la paix, sur des chemins que nous n’aurions jamais empruntés. Chemins de réconciliation , d’attention aux autres, chemins divers de conversion et de joie.


A la sortie de la Basilique du Laus (photo : JP Bonnet)


Depuis que nous avons été plongés dans le bain de régénérescence, et que nous avons été marqué du chrême du salut, nous sommes devenus frères et sœur du Christ  ; nous sommes ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui humblement dans leur vie, la mettent en pratique aidé par l’Esprit qui est dans nos coeurs.Comme chaque année, ce chemin nous conduit ici, au sanctuaire du Laus. Dans son grand ouvrage sur « L’histoire du sentiment religieux en France », Henri Brémond, nous parle de cette démarche ancestrale : « Ma Provence natale, vénère encore aujourd’hui Benoîte Rencurel ; et puis Notre-Dame du Laus est le pèlerinage, qui s’est organisé autour des visions de Benoîte, c’est déjà ce qui se vivra plus tard à Notre-Dame de Lourdes  ».

Depuis le 17ème siècle, les Hauts-Alpins, viennent ici en pèlerinage pour que grandisse leur foi, et qu’après avoir reçu le pain eucharistique, et s’être mis sous le regard aimant de Marie , ils repartent vivre dans leurs milieux de vie, cet amour miséricordieux, ayant dans l’esprit et le cœur, le témoignage bouleversant de Benoîte. Elle nous trace un chemin de vie, c’est vraiment une femme pour notre temps, car tout ce qu’elle a découvert, supporté, souffert, se retrouve inscrit dans chacune de nos vies. A nous aussi le Seigneur parle, mais souvent nous n’écoutons pas, la Vierge Marie, tenant l’Enfant sur ses bras, nous invite à une profession de foi joyeuse et rayonnante ; mais nous laissons l’indifférence et l’oubli nous gagner ! Et pourtant, combien de signes, de conversions, de guérisons, opérées dans ce sanctuaire.

En 1962, étant séminariste, et de retour d’Algérie, le Laus fut pour moi une révélation et un temps de conversion. J’ai toujours aimé ce lieu ou l’on écoute le silence, car c’est dans ce silence que Dieu parle à notre cœur. J’avais entendu l’appel au sacerdoce à Lourdes, 2 ans plus tôt et voilà qu’ici, la beauté des lieux, mais plus précisément, la proximité du Christ et de Marie , me permettaient de me retrouver dans ce qui faisait ma vie. Après des années de guerre en Algérie, de déracinement et de souffrance, ici dans la prière et le silence de la basilique tout s’apaisa. Le lendemain du premier jour de retraite,  étant en méditation, je me retournais pour voir qui venait d’entrer. J’avais l’impression que je n’était plus seul, car une odeur de parfum m’enveloppait. Je regarde. Personne. Je me dis, reprenant ma méditation que c’était peut-être les fleurs. Mais il n’y en avait pas. C’est bien plus tard que j’appris que dans l’église on ressentait les « bonnes odeurs ». Tendresse maternelle de Marie , proximité de la Mère de Dieu pour tout ceux qui, baptisés, essayent de mettre l’évangile en pratique.


Mgr Jean-Pierre Ellul (photo : JP Bonnet)


Comme vous, je suis revenu bien des fois dans ce haut-lieu de prière et de conversion joyeuse. Et en méditant la vie de Benoîte, nous nous sentons très près d’elle, de ce qu’elle a découvert et comme elle, nous voulons nous laisser conduire par Jésus et Marie. Rien n’a pu détruire ce lieu donné par Dieu. Personne n’a pu entamer la confiance de cette bergère qui voyait Marie depuis 1664, et même les jansénistes, qui tout près d’ici en Isère, faisaient pression sur les âmes, pour que les traces de la miséricorde de Dieu, que sont les miracles obtenus par la foi, soient tournés en dérision, n’y pourront rien. Leur acharnement à vouloir détruire le pèlerinage eut l’effet inverse : vie intense de prière, lieu d’approfondissement de la Parole de Dieu, écoute des âmes et des cœurs dans le sacrement de réconciliation, eucharistie pour partager le don que Jésus nous fait de son corps et de son sang. Proximité de Marie , Mère de Dieu.

Vous connaissez tous, la question de Benoîte : « Ma bonne Dame, je suis, et tout le monde en ce lieu, en grande peine, pour savoir qui vous êtes. Seriez-vous point la Mère de notre bon Dieu ? Ayez la bonté de me le dire et l’on fera bâtir ici une chapelle pour vous y honorer et servir ». La belle Dame ne répondit pas à la première question, mais à la seconde : « Pas ici » dit-elle. Car elle avait choisie le Laus, où elle proposa de venir en procession. Elle lui parlera avec beaucoup de joie et tendit sa main. Ceux qui essayaient de voir, ne percevaient rien. Même M. Grimaud qui approchait sa main pour essayer de la toucher. Nous aussi, nous tendons la main ce matin, et quand nous le voudrons, nous nous mettrons à genoux devant elle, découvrant notre âme et notre vie, pour l’entendre nous dire : « Je suis Dame Marie, Mère de Jésus ».

J’ai rencontré Benoîte Rencurel la semaine dernière. En effet, depuis des mois je me penche sur la vie d’une autre consacrée au Christ, religieuse au monastère de la Visitation de Marseille au XVIIIè siècle, Anne-Madeleine Remuzat. Lorsque Benoîte se rendit à Marseille, c’est dans sa famille qu’elle résida et puisqu’elle visita les monastères de la ville, conseillant les supérieures sur la vie spirituelle qui y était vécue, elle se rendit dans le monastère des Grandes-Maries, tout près de la Vieille Charité, où entrera Anne-Madeleine. Le Sacré-Cœur lui dévoilera les mystères de son Cœur sacré. Alors que Benoîte, qui durant 54 ans se laissa former par Marie, retournait vers son Seigneur en décembre 1718, Anne-Madeleine faisait établir à Marseille la confrérie du Sacré-Cœur qui rayonnera jusqu’au Levant et à Constantinople. Marseille première ville, premier diocèse au monde consacré durant la peste de 1720 au Cœur Sacré de Jésus.

En fait, chacun d’entre-nous, jeunes et adultes, en approfondissant la vie et le témoignage de la vénérable Benoîte, en l’écoutant parler simplement de Marie , en la priant, en retrouvant les chemins de la foi, et comme elle, en gardant confiance malgré la maladie et les épreuves, en marchant sur ces sentiers de conversion que nous devons emprunter, pour être trouvé digne de l’espérance que Jésus met en nous, nous sommes heureux d’être ici, en ce lieu, qui disait-elle, est le refuge des pécheurs,  Marcher à la rencontre du Seigneur, c’est ce que beaucoup d’entre-vous ont réalisés en participant au pèlerinage synodal. En cette fête de Notre-Dame du Laus, en remerciant le Seigneur pour cette démarche pleine d’avenir, pourquoi ne pas relire et méditer les six points d’orientation proposés par la chartre synodale.

Depuis toujours, mais plus particulièrement depuis octobre 2005, vous êtes un peuple en marche, vous voulez proposer humblement la foi en Christ au cœur des Hautes-Alpes, tout en sachant qu’elle est fragile et que c’est ce qui fait sa grandeur ; que « l’espérance fut surprise elle-même, de se découvrir plus grande qu’elle n’était » ; oui il vous a fallu beaucoup d’audace pour que ce chemin synodal se continue, qu’il soit un chemin a faire ensemble dans la joie et le partage, avec votre évêque, les prêtres,  les diacres et ceux qui s’y préparent, les consacrés, celles et ceux qui participent à l’animation des paroisses de ce diocèse, sans oublier tous ceux qui depuis chez eux, retenus par l’âge ou la maladie, prient en union avec ceux qui travaillent à rayonner du Christ et de son évangile. 


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri saluant les pèlerins à la sortie de la messe (photo : JP Bonnet)


Pour conclure cette homélie, c’est à Mgr René Combal, que j’emprunte ces phrases, tirées de son très bel ouvrage « Sur les pas de Benoîte » : « Une source a jaillie en ces lieux, comme un fleuve de paix qui continue à se répandre sur les pèlerins du Laus et à l’extérieur de ce lieu béni, sur une multitude de personnes… La vénérable Benoîte Rencurel, qui était une femme de son temps et de notre pays, devient une femme pour notre temps et un grand phare pour le troisième millénaire. C’est par elle et son intercession que la grâce du Laus est appelée à porter des fruits partout ».

C’est notre souhait à tous.

En remerciant Mgr Jean-Michel di Falco pour son invitation, les prêtres et les laïcs qui animent ce sanctuaire, je dis à tous et à chacun, et aux jeunes en particulier, eux qui commencent leur pèlerinage de vie, pèlerinage spirituel, bonne route et bonne fête sous le regard aimant du Christ et de Marie sa Mère. Amen.

Mgr Jean-Pierre Ellul
Curé du Sacré-Coeur de Marseille

                      Pour avoir le texte de Mgr Ellul lors de l'office des Vêpres, cliquez ici.

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