Mercredi, 3e semaine de Carême : La lettre et l'esprit

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

La loi d’amour - Mt 5, 14-19

 

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur un lampadaire. Là, elle brille pour tous ceux qui se trouvent dans la maison. De même, dit Jésus, que votre lumière brille aux yeux des hommes afin qu’en voyant vos bonnes actions, ils glorifient votre Père des Cieux. N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir. En vérité, je vous le déclare, avant que le Ciel et la Terre ne passent, pas un iota, pas un point sur le iota, ne sera enlevé de la loi que tout ne soit arrivé. Dès lors, celui qui transgressera un seul de ses plus minimes commandements et enseignera aux hommes à faire de même, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des Cieux. En revanche, celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des Cieux. »



La lettre et l’esprit

 

On a parfois l’impression que l’Évangile se contredit. Par exemple : « Quand tu fais l’aumône, quand tu pries, quand tu jeûnes, fais-le dans le secret. Ton Père, qui voit dans le secret, te le revaudra. » Mais, par ailleurs, il semble dire l’inverse : « Il n’y a rien de secret qui ne doive être dévoilé... Que votre lumière brille aux veux des hommes. » Faudrait savoir. Vous me direz, cela dépend des situations particulières et des contextes différents.

Aujourd’hui, dans l’Évangile, Jésus déclare accomplir la loi scrupuleusement, dans les plus infimes détails. Et, dans le même temps, il déclare : « Il n’y a qu’un seul commandement : aimer Dieu, le prochain comme soi-même. » Aimer, ce peut être très vague... Le Christ ne le dénie pas : la loi d’amour qu’il instaure est fondée sur la morale naturelle et les règles du vivre ensemble : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi-même. » Mais la loi du Christ nous élève en même temps au niveau des Béatitudes. Elle donne à notre vie la qualité de l’Evangile, la liberté de ne pas s’en tenir à ce qui est prescrit. Car l’amour est toujours un appel à la gratuité.

Ici, Jésus vise les scribes et Pharisiens. Il dénonce leur légalisme aveugle et il leur reproche ce que nous pouvons reprocher aujourd’hui à la justice humaine : faire prévaloir des procédures qui donnent priorité à la forme sur le fond, sur le contenu des actes répréhensibles. Les coupables, pour une virgule mal placée ou un iota de travers, gagnent ainsi leur procès au détriment des victimes. L’adage de saint Paul n’a jamais été aussi d’actualité : « La lettre tue et l’esprit vivifie » La loi du Christ est présence de cet esprit. C’est en ce sens qu’il faut comprendre : « Si quelqu’un m’aime, il observera mes commandements. » C’est la logique de l’amour qui est le meilleur garant de la fidélité. La loi chrétienne est partition d’amour que Dieu compose avec un air de liberté à déchiffrer, à interpréter par chacun selon sa cadence. Pas d’autre mesure que celle d’aimer.

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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