Mercredi, 2e semaine de Carême : L'extrême du don de soi

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Jésus condamné à mort - Mt 20, 17-28

 

Sur le point de monter à Jérusalem, Jésus prit les Douze à l’écart et leur dit en chemin : « Voici que nous mentons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livra aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent, le crucifient. Le troisième jour, il ressuscitera. [...] » Jésus appela ses disciples et leur dit : « Vous le savez, les chefs des nations exercent sur elles leur pouvoir et les grands de ce monde les tiennent sous leur domination. Entre vous, il ne doit pas en être ainsi. Bien au contraire, si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave car le Fils rie l’homme est venu, non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »



L’extrême du don de soi

 

Jésus veut préparer ses disciples à ce qui les attend le jour du drame. « Le Fils de l’Homme sera livré à la hiérarchie des prêtres et des scribes - c’était les laïcs de l’époque - ils le condamneront à mort. » Saint Luc précise par ailleurs : « Il faut qu’il en soit ainsi. » Ce « il faut » peut paraître choquant. Il donne l’impression que la mort du Fils de Dieu est soumise à la fatalité qui recouvre une autre fatalité pour l’homme, celle de naître pécheur sans qu’il ait la liberté de s’y opposer. Alors, s’agit-il d’une rançon, selon le terme même de l’Evangile ? On sait combien elle est inévitable, dans certains cas, pour que des otages soient libérés. Jésus aurait-il été pris en otage par son Père ? Dieu serait-il un ravisseur à qui il faut payer une rançon ?

Le mot rémission évite une telle représentation de Dieu. Qui pourrait imaginer le Père des Cieux traiter ainsi son Fils sous prétexte de nous sauver du péché ? Jésus est venu sur Terre remettre à l’endroit ce que nous avons mis à l’envers. Redresser ce qui est tordu. Et cela, de son propre gré. L’amour de Dieu est pure liberté dans le don qu’il fait de lui-même. « Ma vie, dit Jésus, nul ne la prend, c’est moi qui la donne. » Ce don est une nécessité interne de son être et non pas une fatalité. C’est la manière qu’a voulue Jésus de prouver gratuitement son amour. Jusqu’à l’extrême du don de soi. Voilà la fantastique Révélation du christianisme. Il n’a rien à envier aux autres religions. Le Christ a voulu sauver le monde, non par une action extérieure à lui-même, mais en engageant toute sa personne. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » En ce qui nous concerne, ce don ne se fait pas dans une action d’éclat, mais plus souvent, obscurément, dans l’abnégation de soi, au jour le jour. Parfois, héroïquement, comme ces parents qui consacrent leur existence à leur enfant handicapé. Plus modestement, comme tant de gens qui se dévouent en silence, sans le claironner. On peut dire alors : il n’y a pas de meilleure preuve d’aimer que de se donner à ceux que l’on aime.

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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