Samedi, 1ère semaine de Carême : L'amour-Plus

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Aimez vos ennemis - Mt 5, 43-48

 

Vous l’avez appris, il a été dit : tu aimeras ton prochain et haïras ton ennemi et moi, je vous le dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous font du mal afin de vivre vraiment en fils de votre Père des Cieux car, lui, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? N’en font-ils pas autant les publicains ? Si vous saluez seulement vos frères, qu’y a-t-il là d’extraordinaire ? Ils n’en font pas autant, les païens ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père des Cieux est parfait.


L’amour-Plus

 

Hier, le Christ nous demandait de nous réconcilier avec nos proches quand surviennent des conflits. Aujourd’hui, un pas de plus est franchi. Aimez vos ennemis. A quoi pense Dieu ? « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » nous dit-il. Mais ne sommes-nous pas pécheurs ancrés dans la fragilité humaine ? Allez demander à des parents dont l’enfant a été sauvagement violé, assassiné, d’aimer les criminels qui ont commis cette horreur... Allez demander aux victimes d’actes terroristes d’aimer ceux qui ont brisé leurs vies... C’est au-dessus des forces humaines. Et pourtant, je ne désespère pas qu’on puisse progresser vers cette perfection que nous demande le Christ de dépasser en amour ce que la méchanceté a pu détruire. Certains rescapés d’Auschwitz ont témoigné en ce sens. Aucune haine dans leurs propos, seulement cet écrasement devant l’innommable, avec ce calme, cette dignité qu’a manifesté Simone Veil. N’est-ce pas déjà un peu cela, aimer ses ennemis ? Faire le partage entre le mal commis et ceux qui le commettent. Ne pas se laisser aller au ressentiment et par la pacification de son cœur, lancer cet appel : que la haine ne triomphe pas. Dans cet esprit, aimer ses ennemis n’a rien à voir avec un amour d’ordre affectif ou sentimental. Ce serait aberrant. Il s’agit seulement de ne pas rendre le mal pour le mal, et de ne pas passer sa vie dans la rancune.

Hormis tous ces cas extrêmes, pathologiques, et la barbarie dont l’homme est capable, nous-mêmes dans nos petites disputes avec notre prochain, les rivalités dans le monde du travail, les dissensions au sein de familles devenues des nœuds de vipère pour des questions sordides d’héritage ; nous aussi, nous avons de la peine à faire triompher l’amour de nos querelles. L’Évangile nous demande seulement de ne pas renoncer à cette ascension que représente l’amour des ennemis. Il nous appelle toujours à monter vers le sommet, même si nous ne pouvons pas l’atteindre. En définitive, l’amour des ennemis revient à essayer de pardonner. Là où il y a surplus de haine, que je mette davantage d’amour. A la suite du Christ qui a pardonné à ses ennemis, voilà le signe suprême de l’amour-plus.

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2

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