Et maintenant ?

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Nombreux ont été ceux qui ont réagi contre les propos scandaleux de Mgr Williamson. Mais ses déclarations ne doivent pas occulter le trouble créé au sein de l’Eglise par la levée des excommunications. Il ne s’agit plus ici du télescopage entre la levée des excommunications et les délires de Mgr Williamson mais seulement des questions que pose la levée des excommunications : quelles en sont les conséquences ? Quelle est la situation dans l’Eglise des évêques de la Fraternité Saint-Pie X ? Celle des prêtres ? Ces évêques, ces prêtres reconnaissent-ils la validité du Concile Vatican II ? Sont-ils prêts à reconnaître l’autorité du Pape Benoît XVI qui leur a tendu la main avec une immense bonté ? Qu’en est-il de la validité ou de la licéité des sacrements qu’ils administrent ? Autant de questions et bien d’autres que beaucoup se posent aujourd’hui et qui restent pour l’heure sans réponse.

Expliquer les raisons d’une décision est une preuve de respect pour celles et ceux qui d’une manière ou d’une autre sont concernés ; ce qui est le cas de tous les catholiques. L’absence d’explication a produit le résultat que l’on sait : l’incompréhension, l’indignation et surtout de profondes blessures qui mettront longtemps à se cicatriser.

C’est parce que j’ai posé ces questions que les auteurs des lettres que j’ai reçues ont pu laisser libre cours à leurs fantasmes.

Voici quelques extraits d’une lettre parmi d’autres. L’auteur écrit : « Je ne m’étendrai par sur votre prise de position à cet égard, nous sommes habitués à votre acharnement peu chrétien à salir les fidèles de la tradition, l’on ne connait que trop votre fielleuse ritournelle par cœur. Vous êtes irrécupérable à cet égard, et c’est pathétique. »

Voici en guise de réponse, ce qu’un membre de la communauté traditionnelle du diocèse de Gap et d’Embrun m’a écrit : « Ancienne fidèle de la Communauté des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu, c’est avec une grande tristesse que je les vis partir et donc avec un grand soulagement que j’ai appris l’arrivée, grâce à vos bons offices, d’un chapelain qui officierait selon la liturgie tridentine. Très rapidement vous avez mis une église à la disposition des membres de l’association Saint Pie V et des fidèles qui s’y rattachent. Par cette lettre, Monseigneur, je vous remercie personnellement de cette décision et je vous sais gré d’avoir fait preuve de la plus grande compréhension vis-à-vis d’un groupe de catholiques particulièrement attachés au maintien de la tradition dans l’unité de l’Eglise qu’il vous appartient de défendre. » C’est pour accueillir ces fidèles, qui pouvaient se sentir désavoués par l’Eglise, que le Pape Benoît XVI à ouvert son cœur et ses bras. Plusieurs lettres adressées ces derniers temps par des membres de la communauté traditionnelle du diocèse de Gap et d’Embrun sont dans le même esprit.

Quant aux intégristes, car c’est bien ainsi qu’il faut les nommer, pour les distinguer des familiers de la messe en latin, voici ce que dit Vittorio Messori dans Il Riformista. Il est le seul journaliste de l’histoire à avoir écrit un livre d’entretiens avec le pape Jean-Paul II, Au seuil de l’espérance, et à avoir interviewé le cardinal Joseph Ratzinger, Entretiens sur la foi, futur pape. Il a également rencontré Mgr Fellay.

Question : Le décret qui annule l’excommunication est-il un premier pas vers la pleine communion ?

V. M. : Je ne sais pas si on n’arrivera jamais à la pleine communion. Les difficultés, à mon avis, plus que théologiques sont politiques.

Question : C’est-à-dire ?

V. M. : Les lefebvristes sont un phénomène purement français. Derrière les lefebvristes il y a un mélange de religion et de politique que Ratzinger connaît bien mais qu’on a du mal à comprendre pleinement en Italie. Derrière, il y a la révolution française, la nostalgie monarchique, le gallicanisme et le jansénisme. Il y a la législation religieuse de Pétain, point de référence des lefebvristes. En somme, c’est un enchevêtrement auquel on ne peut faire face uniquement au niveau théologique mais aussi et surtout au niveau de la philosophie de l’histoire. De la part des lefebvristes c’est une vision des choses, une Veltanschaung, qui a peu de rapport avec celle des catholiques.

Faire l’amalgame entre le politique et le religieux, voilà le problème des intégristes, dit en somme Vittorio Messori.

L’auteur de la lettre déjà citée plus haut poursuit : « Vos propos concernant le gouvernement de l’Eglise sont consternants !!! Vos propos mettent néanmoins en cause de façon extrêmement grave le magistère du pape, et son infaillibilité. » Avez-vous entendu que le Pape avait engagé son infaillibilité dans sa décision de lever les excommunications ?

Mais le meilleur est pour le dessert : « Je me sens en conséquence obligé d’avertir la nonciature ainsi que d’envoyer un courrier à Rome. » Nous y voilà ! Les bonnes vieilles méthodes n’ont pas été oubliées. Celles à propos desquelles j’écrivais dans « l’Amour crucifié », le précédent communiqué : « Je me suis demandé ce qu’aurait éprouvé le Cardinal Jean-Marie Lustiger. Sa mère, femme juive, à qui il devait lui-même d’être juif est morte à Auschwitz après avoir été dénoncée par un Français sans doute de la même famille de pensée que Mgr Williamson. » Si le Christ avait vécu sous le régime nazi, sa vie se serait-elle achevée cloué sur deux morceaux de bois ou avec ses frères juifs dans une chambre à gaz ?

C’est des mamelles de la délation et de la calomnie que coule le venin dont se repaissent les dénonciateurs. Certes, ici, les conséquences n’ont rien de comparable avec les dénonciations qui conduisaient les juifs aux camps d’extermination. Cependant, les refrains de la délation que certains fredonnent autour des bureaux de responsables de l’Eglise ne permettent pas toujours d’avoir une vue objective des situations.

Les quelques lettres d’injures qui me sont parvenues sont enfouies sous celles de tous ceux qui disent leur souffrance avec dignité, qui ne comprennent pas. Elles sont recouvertes par les lettres de celles et ceux qui se sentent rejetés, jugés et condamnés et se retirent sur la pointe des pieds tournant le dos à une Eglise qui, pensent-ils, leur a tourné le sien.

Jamais je n’oublierai ce que m’a dit un jour quelqu’un dont la vie était loin d’être celle d’un saint : « Je n’attends pas que l’Eglise me dise que ce que je fais est bien, mais j’attends qu’elle m’aime ».

L’amour est l’avenir que Dieu nous donne.

                                                                                + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
 
                                                                                  Evêque de GAP et d’EMBRUN

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Dirou Marie-sophie 19/02/2009 10:31

Merci de cette lettre éclairante sur bien des points. Je crois qu'il est urgent de prier, de continuer à prier, et de faire prier autour de nouset je suis heureuse de dire que beaucoup le font. Une neuvaine pour Benaoît XVI circule en ce moment sur le net.Je trouve cela encourageant. Croyez en notre prière à vos intentions et à celle de Benoît XVI et pour l'unité du Corps du Christ.

SN 18/02/2009 19:38

Le Christ pleura...en relisant l"Amour crucifié, je repense à Jésus...Le Christ pleura...On parle beaucoup de l'Eglise (bien sûr Corps du Christ), de l'institution, de ses divisions et ceux qui portent atteinte à la diginité de notre humanité...Et il faut en parler...Mais on ne peut que s'en remettre au Christ aussi en partageant la douleur qu'il doit ressentir...Nous ne cessons de crucifier le Christ qui nous aime tant...Que faisons -nous de son Amour, où est-il dans nos messages et critiques...Merci à vous Monseigneur

WETZEL Gérard André 17/02/2009 14:31

L'analyse de Vittorio MESSORI est elle même politique,, non pas au sens de Saint AUGUSTIN (La vie de la Cité) mais au sens partisan; plus exactement doctrinare. En réalité pour avoir traversé, avoir été nourri dans ma jeunesse  de ces querelles j'y vois avec le recul du temps un mal beaucoup plus profond : une philosophie plusfixiste que traditionnelle, un romantisme morbide tourné entièrement vers un passé déifié. La Tradition est le progrès dont le pied mère est le greffon disait le vendéen Jean Yole. On peut être monarchiste sans vomir son prochain, que fait-on de BERNANOS? Le poisondoctrinal conduit encore certaines familles à renier leurs propres enfants au prétexte qu'ils trahissent la Sainte Idéologie. Il existe encore des parents qui deshéritent leus enfants et jettent leur fille à la rue sous ces fallacieux prétextes. Le coeur s'est endurci comme une pière, ce qui m'effraie c'est d'arriver au terme de sa vie tout en restant campé sur une illusion doctrinale délétère et refuser toute conversion.Longtemps certains ont cru - et continuent de croire-que rester fidèle c'était réciter son bréviaire doctrinal, tracer une séparation entre sa vie intérieure et sa vie sociale. Bernanos appellait celà de l'engagement, pas de la fédélité.Enfin comment rester de marbre devant tous ces convertis qui passent du gauchisme, de l'anarchisme, du trotskyste  le plus débridé à l'aube d'un nouveau jour qui leur fait déclarer: il n'y a rien au-dessus de Saint Jean de la Croix et de Jean Sébastien BACH! Le pire est sans doute d'étalonner notre jugement sur le tam-tam médiatique, fugace , brutal, partiel et par dessus tout manichéen. Nous ne pouvons nous réclamer de cemonde binaire car ce serait interdire toute Espérance, toute renouveau.  Souvenons nous de nos aînés otages au Liban Kaufmann et d'autres, Ingrid BETTANCOURT et ceux qui prendont la relève: et si c'était de la méditation et du silence que venait l'Esprit?G. WETZEL, Sapience et résistance. 

Michele Faure 17/02/2009 11:26

Monseigneurnous vous aimons et nous sommes très nombreux à vous sourenir contre les brebis galeusesMichèle Faure

roux brigitte 16/02/2009 23:05

Monseigneur,c'est un réel bonheur de vous lire et cela console!Tenez bon!Les calomnies ne nous sépareront jamais de l'Amour vécu au quotidien,sur le terrain-"c'est du lourd"comme aiment à le dire mes chers élèves!(oui,je suis une prof.d'anglais-ds l'enseignement catholique au service de la République!...- passionnée par son métier,malgré tout-...)Je me dis souvent que les misères sont différentes de celles vécues à Calcutta-mais il y en a d'autres...Après 30 ans d'enseignement,je me sens solidaire de St Paul,en ce sens que "si je n'ai pas l'Amour.."On peut parler pédagogie etc,mais aimer un Apprenant c'est, à mon sens, le reconnaître à sa juste valeur.C'est pour cela que je demande à enseigner à ceux qui présentent des difficultés;je dois dire que souvent,avec un autre regard porté sur eux ils peuvent faire des miracles."Yes,we can!..."Je vous prie de bien vouloir excuser ces confidences,mais c'est ma façon d'être "résiliente" en faisant en sorte que ceux qui me sont confiés ne connaissent pas les souffrances que j'ai subies...Je sens que vous pouvez "entendre" ce modeste témoignage.Je vous remercie d'exister.En communion de coeur et de prière,recevez,Monseigneur,mes sentiments très respectueux.Mlle Brigitte Roux .brigittebernadette.roux@wanadoo.fr