50 millions de visites par an dans les sanctuaires de France.

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun

Il n’est plus possible d’ignorer le rôle que jouent les sanctuaires dans la vie de l’Eglise, notamment en France. Le mouvement s’accentue d’année en année : les lieux de silence ou de réflexion spirituelle sont recherchés aujourd’hui par les contemporains. Le sanctuaire est à mi-chemin entre le monastère et le centre théologique : tous les milieux sociaux se retrouvent dans une foi populaire mais aussi dans un lieu où des prêtres sont disponibles pour recevoir et accompagner celle ou celui qui est en recherche religieuse. Pour rassembler et permettre le dialogue entre les recteurs de sanctuaires, une association a vu le jour il y a près de 35 ans, l’ARS (Association des recteurs de sanctuaires). 140 sanctuaires sont inscrits au sein de cette association dont le siège se trouve à Paris, auprès de la plupart des services de l’Eglise en France. Cette année, les recteurs ont été reçus du 19 au 21 janvier à La Salette. Mais ils sont descendus le mardi 20 sous une neige abondante jusqu’au Laus. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri y a présidé l’eucharistie, y donnant une très belle homélie (voir ci-dessous) portant sur « le sanctuaire de la conscience des personnes qui viennent à nous chercher conseil, aide, protection, éclairage pour leur vie. »

                                                          Père Bertrand Gournay,
                                                          recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus


Une partie des recteurs présents au sanctuaire Notre-Dame du Laus,
au cours de la célébration eucharistique



Mgr Jean-Michel di Falco Léandri,
avec à sa droite Mgr Patrick Jacquin, recteur de Notre-Dame de Paris,
et à sa gauche Mgr Bernard Lagoutte, recteur du sanctuaire de Lisieux.


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Messe des recteurs de sanctuaire
Notre-Dame du Laus
20 janvier 2009

homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri 



Ma joie est grande de vous accueillir ici, au sanctuaire de Notre-Dame du Laus, moins d’un an après la reconnaissance officielle des apparitions à Benoîte Rencurel.

 

J’avais tenu à inviter l’année dernière tous les recteurs des sanctuaires mariaux. Et vous aviez été quelques-uns à répondre à mon invitation. Vous voici aujourd’hui rassemblés à nouveau, venant non seulement de sanctuaires dédiés à Marie, mais aussi d’autres sanctuaires.

 

Les lectures du jour doivent résonner dans le cœur des recteurs que vous êtes. Il est explicitement question de sanctuaire dans chacune des lectures. L’épître aux Hébreux rappelle que notre « espérance est sûre et solide comme une ancre fixée au-delà du rideau du Temple, dans le Sanctuaire même, où Jésus est entré pour nous en précurseur. »

Quant à l’Evangile, il raconte cet épisode où Jésus, pour prendre la défense de ses disciples accusés de violer le sabbat, rappelle aux pharisiens que David entra un jour dans la maison de Dieu, mangea les pains de l’offrande que seuls les prêtres peuvent manger, et en donna aussi à ses compagnons.

 

Vous n’êtes pas sans le savoir, dans son acception religieuse, le sanctuaire désigne l’endroit le plus saint d’un temple, l’enceinte sacrée. Un espace d’une dignité telle que l’accès en est strictement réservé, un lieu dont on s’approche avec crainte et tremblement.

 

Dans son acception profane, il est un lieu inviolable, à protéger de toute menace extérieure.

« L’école doit redevenir un sanctuaire », déclare le Ministre de l’Education. Et l’on crée des sanctuaires marins, des sanctuaires écologiques, des sanctuaires biologiques.

 

Toujours, remarquons-le, il est question de protéger le sanctuaire, de le garder pur, ce qui y réside étant plus grand et plus précieux que tout.

 

Il est un lieu que nous tous, prêtres, mais que vous, recteurs en particulier, devons approcher avec beaucoup de respect, c’est le sanctuaire de la conscience des personnes qui viennent à nous chercher conseil, aide, protection, éclairage pour leur vie.

 

Par votre ministère, vous vous trouvez à la porte du sanctuaire de la conscience d’autrui, à la porte du « centre le plus secret de l’homme », à l’entrée de ce « sanctuaire où [l’homme] est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime », comme le définit le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, n. 16).

Vous approchez au plus près de la conscience d’hommes et de femmes, plus ou moins croyants, plus ou moins pratiquants, plus ou moins en accord avec l’Eglise, plus ou moins conscients de leurs fautes, plus ou moins responsables des épreuves et des dilemmes qui traversent leur vie.

 

Ils viennent dans nos sanctuaires de pierre souvent la conscience troublée. Ils désirent repartir en paix avec Dieu, avec leurs frères, avec eux-mêmes, repartir la conscience en paix.

 

Mais ce qui est le plus délicat, c’est qu’ils viennent désireux d’une parole forte, mais aussi prêts dans le même temps à la rejeter si elle ne leur convient pas ou si elle est assénée avec autorité. Que faire dans ces conditions ? Inviter la personne à rejoindre le fin fond de sa conscience.

 

La première lecture nous disait « Dieu ne peut pas commettre d’injustice ». De même, Dieu ne peut pas se contredire. Peut-il dire une chose dans son évangile, et une autre chose dans la conscience d’un chrétien ? La conscience est le lieu où la voix pressante de Dieu se fait entendre. Cette voix appelle à faire la vérité pour venir à la vérité. Suivre sa conscience, c’est accepter de ne plus faire ce qui me plaît mais de me laisser conduire par Dieu. C’est enfin reconnaître que rien ne peut me faire plus plaisir et plus de bien que de faire ce qui plaît à Dieu. C’est reconnaître que seul le fait de faire la vérité dans ma vie peut me libérer de mes chaînes. C’est reconnaître que si je reste dans le mensonge, je resterai dans les ténèbres, et que la vie continuera à m’être un insupportable fardeau.

 

Dans l’évangile de ce jour Jésus dit que le Fils de l’homme est maître du sabbat. Cela ne veut pas dire qu’il agit de manière arbitraire et incohérente. Cela ne veut pas dire non plus qu’il serait un maître imposant des choses trop lourdes à porter. Saint-Augustin dit : « Dieu qui fait les croix fait aussi les épaules et personne ne l’égale dans l’art des proportions ».

 

Il y a plusieurs années nous accueillions de nombreux scrupuleux au confessionnal. Tout était péché. Nous avons cherché à soulager la souffrance de ces scrupuleux en les déculpabilisant. De nos jours, c’est l’inverse. Plus rien n’est péché. On veut bien à la rigueur être responsable mais surtout pas coupable.

 

A y réfléchir, le remord n’est-il pas le propre de l’homme spirituel ? Seuls les monstres n’ont pas de remord. Ce remord qui me gêne ou qui parfois me ronge, n’est-il pas signe que je reste sensible à la voix de Dieu titillant ma conscience, et m’appelant à sortir de moi-même pour prendre en considération ce que j’ai fait ?

 

N’ayons donc pas peur des remords qui nous habitent.

 

Les Pharisiens ont leur conscience pour eux. Ils ne savent pas qu’ils sont pécheurs. Ils ne veulent pas reconnaître qu’ils ont besoin de pardon et de conversion. Le silence de leur conscience les rend impénétrables à Dieu et à l’appel de leurs frères. Les pécheurs, eux, ne se cachent plus derrière le voile de leur conscience erronée. Jésus peut les atteindre, leur révéler la vérité de leur être, se donner à eux dès qu’ils reconnaissent avoir besoin de Lui.

 

La plupart de ceux qui viennent à nous dans les sanctuaires ont le cœur disposé à une parole vraie. Que nos pauvres mots puissent être un écho de la voix de Dieu qui se fait entendre dans le sanctuaire de leur conscience. Qu’ils puissent s’écrier : « C’est difficile, ce que vous dites, mais c’est bien. Je vous remercie. C’est ce que je savais sans vouloir l’accepter ! »

 

Alors ils partiront avec une espérance sûre et solide comme une ancre fixée au-delà du rideau du Temple, dans le Sanctuaire même où Jésus est entré pour nous en précurseur. Alors leur passage dans nos sanctuaires aura été pour eux un tremplin pour leur vie quotidienne.



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