"Douter renforce ma foi", déclare Mgr di Falco Léandri

Publié le par Diocèse de Gap et d'Embrun


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri répond aux questions de Gérard Miller dans le dernier numéro de l'hebdomadaire La Vie.

 


À quoi vous a servi le CAP de fraiseur que vous avez obtenu dans votre jeunesse ?

Ce n’est pas le diplôme qui m’a servi, mais la formation. Conduire une machine-outil, se confronter à la matière pour lui donner la forme souhaitée, ces expériences m’ont enrichi pour la vie. D’ailleurs, j’aime toujours le travail manuel et je surprends les gens autour de moi quand ils me voient bricoler, changer une douille, monter sur une échelle... Certains doivent penser que je suis un manuel égaré ! Mais quand on s’égare, on peut aussi bien découvrir quelque chose de très beau.

Vous êtes nostalgique de votre passé ?

Pendant longtemps, je n’y accordais pas beaucoup d’importance. Mais depuis deux ou trois ans, je me surprends à y penser avec une certaine nostalgie. Je me souviens, par exemple, des lieux qui m’ont marqué. Mes 18 ans, c’est le Vercors, j’aimerais y retourner. Et puis il y a Rome, Marseille, Paris...

Et Notre-Dame du Laus, où vous avez fait sensation en mai dernier en reconnaissant le caractère surnaturel des apparitions de Marie à Benoîte Rencurel !

Par rapport à d’autres lieux de pèlerinage où il y a beaucoup de monde, c’est un endroit très paisible. Que l’on soit croyant ou non, on y éprouve tout de suite un sentiment de sérénité. Cela dit, je ne m’attendais pas à un retentissement aussi important. Mais même si je m’interroge sur ce qui pourrait prendre pour certains un aspect de merveilleux qui n’est pas du domaine de la foi, je pense important que les fidèles aient des lieux comme celui-là pour se ressourcer spirituellement.

Il n’y a que 8 % de catholiques pratiquants en France. Vous dites-vous parfois : « J’aurais dû être un peu plus militant » ?

Dans un diocèse comme le mien, je peux vous assurer que je vis la situation de façon douloureuse. Je n’ai pas pour autant l’esprit de prosélytisme. La foi est un acte d’amour, on ne peut pas contraindre les gens à nous aimer. Notre mission est d’ouvrir des chemins dans le respect de chacun.

Vous qu’on a surnommé « l’attaché de presse de Dieu », que répondez-vous à ceux qui disent, à propos de la crise des vocations : « Si Dieu continue à appeler comment se fait-il qu’il n’y ait pas de réponse » ?

C’est une formule d’éditeur, Dieu n’a pas besoin d’attaché de presse, chaque chrétien est son « média ». Et puis ce n’est pas tant la crise de l’appel qui est en jeu, mais la crise de la réponse. On parle du silence de Dieu, ne faudrait-il pas évoquer un peu plus la surdité des hommes ?

Vous-même, vous arrive-t-il de douter ?

Bien sûr. Je dirais même que ceux qui ne doutent jamais me font peur. Quand je suis confronté à des situations particulièrement douloureuses, à la maladie, à la souffrance, quand je vois, par exemple, un enfant cloué sur un fauteuil et qui n’arrive pas à s’exprimer, il m’arrive de dire à Dieu : « Là, je ne comprends pas. »  Mais douter, vaciller, renforce au final ma foi.




Article paru dans le journal La Vie, numéro 3297 du 6 au 12 novembre 2008,
rubrique "J'aurais dû" de Gérard Miller, page 102
.



Publié dans Actualité

Commenter cet article