Là où est l'amour, Dieu est présent

Publié le par TP

L'église était comble. Plus de 600 personnes s'étaient rassemblées à l'église Saint-Roch pour fêter les quarante ans de sa construction et suivre la célébration de sa consécration par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.
La messe fut suivie d'un apéritif et d'un repas. Plusieurs ateliers égayèrent une après-midi se clôturant par un spectacle présenté par les enfants et par la célébration des Vêpres.



















Consécration de l'église Saint-Roch
40e anniversaire de sa construction
Dimanche 28 septembre 2008

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Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri


Ma joie est grande d’être aujourd’hui parmi vous pour la consécration de cette église.

Dimanche dernier, nous fêtions dans le diocèse l’anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Gap. « Où faut-il adorer Dieu ? Au temple ou sur la montagne ? » Telle était la question posée par la Samaritaine à Jésus dans l’évangile, question que le diacre Renaud de Dona-Frédeville a commentée dans son homélie ici même. Aujourd’hui, nous fêtons la consécration, la dédicace de cette église saint-Roch. Il est une nouvelle fois question du Temple. J’aimerais revenir sur cette question : « Mais où donc est Dieu ?

Cette question, on peut la poser comme ces enfants qui demandent à leurs parents ou à leur catéchiste. « Dis, il est où, Dieu ? Il est là-haut ? Dans le Ciel ? Derrière les nuages ? » L’enfant sait bien qu’on ne peut voir Dieu. S’il n’est pas ici, c’est qu’il est ailleurs. Mais où ? Et tout de suite, on lui donne une place dans l’espace et dans le temps. Mais en Dieu, il n’y a ni avant ni après, ni haut ni bas, ni passé ni futur. Il est présent à tout sans se fondre dans les choses. On ne le voit pas, non parce qu’il est quelque part, ailleurs, mais parce qu’il est autre que tout ce qui existe.

La question « où est Dieu ? » peut aussi s’entendre dans le sens de « que fait Dieu ? » On sent bien que si Dieu existe, il est nécessairement présent à tout et à tous, et que s’il est présent à toute chose, il ne peut l’être de manière statique. Dieu n’est pas créateur dans le sens où il aurait été à l’origine du big-bang pour ensuite laisser les particules élémentaires suivre leur cours, mais il est créateur dans le sens où il soutient tout le créé dans l’être et que tout dépend de lui et à tout moment. S’il oubliait le monde un seul instant, le monde tomberait dans le néant. Mais si Dieu est présent en ce sens, si Dieu est constamment présent à toute chose et de manière si prégnante, on en vient à se demander : Mais face à la souffrance, à la misère, aux catastrophes en tous genres… que fait-il donc ? Pourquoi laisse-t-il faire ? Pourquoi laisse-t-il le mal se répandre ? Pourquoi ne fait-il pas les choses autrement puisqu’il le peut ? »

La question est si grave, si profonde, qu’elle déconcerte souvent le croyant. Il peut même arriver au croyant de vaciller lui-même sur ses bases, qu’il croyait pourtant si solides. Il peut arriver au croyant de ne plus voir qu’un mur entre lui et Dieu. Il peut même en venir à penser qu’il n’y a rien derrière ce mur, pas de Dieu, pas de ciel, pas de bonheur. Ecoutons Thérèse de Lisieux à ce sujet : « Je dois vous sembler une âme remplie de consolations, pour laquelle le voile de la foi s’est presque déchiré, et cependant... ce n’est plus un voile pour moi, c’est un mur qui s’élève jusqu’aux cieux et couvre le firmament étoilé... Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que  JE VEUX CROIRE. »

Oui, notre Dieu est un Dieu caché. Un Dieu caché derrière la création, un Dieu caché derrière les nuages de nos vies, un Dieu caché derrière le voile de la foi. Et il peut arriver que nous doutions de sa présence. Ce peut être pour cinq minutes, ou pour plusieurs mois comme Thérèse de l’Enfant Jésus, ou même durant quarante ans comme Mère Teresa ! Pourtant, Dieu est là, bien là. Pas là comme un pot de fleur, mais là comme agissant, transformant, glorifiant sa création et chacun d’entre nous. Comme le disait Benoît XVI au collège des Bernardins : « Dieu travaille, il continue d’œuvrer dans et sur l’histoire des hommes. Et dans le Christ, il entre comme Personne dans l’enfantement laborieux de l’histoire. « Mon Père est toujours à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre ». Dieu Lui-même est le Créateur du monde, et la création n’est pas encore achevée. Dieu travaille ! », dit le pape.

Mais s’il travaille tant, comment se fait-il que nous ne voyons rien ?

Il peut arriver que les saints ne sentent plus rien de la présence de Dieu, parce qu’ils entrent dans ce qu’on appelle « la nuit de la foi ». L’amour de Dieu purifie alors leurs désirs. J’ai cité Thérèse de l’Enfant Jésus nous faisant part de son épreuve, de son voile transformé en mur. Mais, s’adressant à sa Mère supérieure, elle dit aussi ceci : « O ma Mère, jamais je n’ai si bien senti combien le Seigneur est doux et miséricordieux, (Ps 103,6) il ne m’a envoyé cette épreuve qu’au moment où j’ai eu la force de la supporter, plus tôt je crois bien qu’elle m’aurait plongée dans le découragement... Maintenant elle enlève tout ce qui aurait pu se trouver de satisfaction naturelle dans le désir que j’avais du Ciel... Mère bien-aimée, il me semble maintenant que rien ne m’empêche de m’envoler, car je n’ai plus de grands désirs si ce n’est celui d’aimer jusqu’à mourir d’amour... »

Oui, c’est dans l’épreuve que se vérifie la qualité de l’amour, comme l’or dans le feu. Mais ne prenons pas pour nuit de la foi ce qui ne serait qu’un manque de foi ! D’une manière habituelle, nous ne voyons pas Dieu à l’œuvre parce que nous nous trompons sur ses manières de faire. Nous plaquons nos désirs sur lui. Nous croyons l’aimer alors qu’il nous arrive de marchander avec lui. Nous croyons aimer alors que nous ne recherchons souvent que notre satisfaction. Nous refusons de nous laisser faire par lui. Nous ne prenons pas le recul nécessaire pour voir la réalité telle qu’elle est. Nous croyons tout voir, tout savoir et nous sommes aveugles. Nous sommes comme des mouches qui, malgré leurs yeux aux multiples facettes, s’entêtent à heurter une vitre alors même que la fenêtre est grande ouverte ! « Le Royaume est tout près de vous ! » nous dit pourtant Jésus. Nous ne trouvons pas la sortie vers le grand large car le doute a envahi nos vies, l’individualisme a envahi nos assemblées, les divisions ont envahi nos sacristies. Jésus ne trouverait-il chez nous que de la cacophonie ?  Le meuglement des bœufs, le bêlement des brebis, le roucoulement des colombes et les cris des changeurs comme sur le parvis du temple ! Si c’est le cas, comment pouvons-nous dans ces conditions être présents à Dieu et à son action ?

Pour trouver Dieu, il faut nous débarrasser de tous ces bruits, de tous ces parasites, de toute méchanceté et de toute fausseté, de nos hypocrisies, de nos jalousies, de nos médisances, comme nous y invite la seconde lecture. Le chrétien est un être consacré à Dieu, une église est un lieu consacré à Dieu. Tout ce qui est contraire à l’amour est à proscrire ! La vie en Eglise, la vie paroissiale, la vie familiale sont là pour permettre au chrétien de se modeler peu à peu aux manières de faire de Dieu, à l’amour. Dieu martèle nos esprits lents à croire, habite nos cœurs de pierre pour en faire des cœurs de chair, nous plonge dans l’apprentissage de l’amour vrai avant de nous donner d’en jouir à jamais. Dieu est amour, et seuls ceux qui aiment connaissent Dieu, dit l’apôtre Jean.

Dieu est amour. Comment Dieu l’a-t-il manifesté, cet amour ? En envoyant son Fils unique. Jésus est donc la voie. En Jésus, Dieu nous dit en quoi consiste l’amour vrai. Par Jésus, Dieu, l’invulnérable, le tout-puissant, le créateur, l’omniscient, nous montre le chemin que prend l’amour lorsqu’il est plongé au milieu des hommes. L’amour a marché sur les chemins de Galilée, côtoyant les catastrophes, comme celle de la tour de Siloé qui ensevelit dans sa chute dix-huit personnes, côtoyant les malades, les lépreux, côtoyant les mourants et la mort qui survient à tout âge. L’amour a côtoyé tout cela, et il n’a pas renié le Père pour autant ! Pis encore, l’amour s’est heurté à la méchanceté des hommes, à leur hypocrisie, à leur mesquinerie, et l’amour a été crucifié.

Du côté droit de la façade du Temple de l’eau a jailli, dit le prophète Ezéchiel. Du côté transpercé de Jésus, du sang et de l’eau a jailli ! Dieu se rend présent à nous par le côté ouvert du Christ. Dieu nous montre la voie étroite… celle de son cœur transpercé. De ce côté, la fontaine de grâce a jailli. De ce côté est née l’Eglise et les sacrements qui vivifient et soutiennent notre route.

La présence de Dieu parmi les hommes prend le chemin de la croix, mais pour une résurrection ! C’est pour cela que nous sommes là aujourd’hui ! Le Christ ressuscité est présent à son Eglise et la soutient dans son histoire.

Où est Dieu ? Où réside-t-il ? Partout ! Alors même qu’on ne le voit pas ! L’univers est son temple : Dieu y est présent en le soutenant dans l’être et en le menant vers son accomplissement. Le Christ est son temple : Dieu y est présent dans le mystère de son humanité, encore aujourd’hui, dans la gloire de son humanité transfigurée. L’Eglise est son temple : et nous nous y abreuvons aux sources vives du salut. Chacun de nous est son temple : Dieu demeure en nous pour nous faire demeurer en lui.

Comment trouver Dieu ? En aimant. La vraie manière de trouver Dieu consiste à se dégager de l’homme extérieur, de l’homme étriqué, de l’aliénation du péché, pour retrouver notre être véritable, qui vient de l’amour, qui vit d’amour, qui va vers l’amour. Comme l’a dit le père Ludovic à la fin de son mot d’accueil : « Que la consécration de notre église soit d’abord une re-consécration de nos cœurs à l’amour véritable. »

Mon souhait le plus cher pour votre communauté est tout simple. Qu’elle vive et témoigne de l’amour. Dieu est amour. Là où est l’amour vrai, Dieu est vraiment présent. « Ubi caritas, Deus ibi est. »


+ Jean-Michel di FALCO LEANDRI
Evêque de GAP et D’EMBRUN

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NB : Plus de photos de la célébration dans "Albums photos", colonne de gauche.

Publié dans Actualité

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