Conseil épiscopal à Rencurel

Publié le par TP

 




Eh non ! Il ne s’agit pas cette fois-ci de Benoîte Rencurel, la bergère du Laus, dans le diocèse de Gap et d’Embrun, mais du village éponyme dans le diocèse de Grenoble, en plein Vercors.

 

C’est dans ce village que s’est tenu le Conseil épiscopal de rentrée, le jeudi 19 et vendredi 20 septembre. Les Conseils épiscopaux de début et de fin d’année ont souvent lieu hors du diocèse. Ils se passent généralement sur deux jours et consistent à faire un bilan de l’année écoulée et à établir le programme de l’année pastorale à venir.


Il y a 48 ans de cela, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri avait vécu une autre rentrée à Rencurel : celle du séminaire ! Extrait de son livre autobiographique Le Gàrri (Lattès) :

« Situé dans l’Isère, à Rencurel, petit village du Vercors non loin de Villard-de-Lans et de Pont-en-Royans, le séminaire de vocations tardives accueillait des jeunes gens venus de tous les horizons pour des séjours de un à trois ou quatre ans.
C’est sans aucun enthousiasme que je fis le tour de la propriété. Constitués de deux maisons principales, ces lieux avaient été aménagés par un prêtre qui joua un rôle important dans la vie locale. La première partie, une sorte de grand chalet, était réservée aux jeunes séminaristes. On y trouvait les chambres, les salles de cours, le logement du supérieur et la chapelle. Quant à la cure proprement dite, où résidaient nos professeurs, elle comprenait aussi la cuisine et la salle à manger.
Septembre 1960. Parti de Marseille dans la matinée avec le Père Louis Bonnefont au volant de sa Dauphine grise, après avoir franchi les inquiétantes gorges de La Bourne, défiant un ciel chargé de nuages noirs, nous étions arrivés dans l’après-midi alors qu’avait fini par éclater lorage, forcément très spectaculaire dans ces paysages montagneux.

Quelques jours auparavant, nous avions fait, tout spécialement, un premier voyage qui nous conduisit jusqu’à Ars pour mettre ma vocation sous la protection du saint curé.
J’étais le premier séminariste à se présenter à Rencurel. Dans le chalet désert, je fus accueilli par le supérieur, le Père Sève. Le Père Ribot, professeur de philosophie, et l’économe, le Père Piola, l’encadraient. Ils mindiquèrent la chambre que jallais devoir partager avec un autre séminariste. J’y passai une première nuit tourmentée. « Tu ne resteras jamais ici ! » En moi-même, je doutais de pouvoir endurer un tel isolement.

Il y avait environ deux cents cinquante habitants à Rencurel. Pour moi, rat des villes, c’était un trou perdu. Du jour au lendemain, je devais m’accoutumer à la vie d’internat, faire le deuil des responsabilités que javais eues en paroisse, au patronage, au niveau diocésain. Tout quitter, tout abandonner, ça avait un prix... Choc sans précédent qui, dans le silence de ce séminaire-fantôme, prenait une vertigineuse résonance.

Vint le moment de dire adieu au Père Louis Bonnefont. Sans doute étais-je parvenu à dominer mon inquiétude, car le Père reprit après déjeuner le chemin de Marseille, l’air de ne se douter de rien. Quand bien même l’eût-il devinée, il avait eu raison de faire la sourde oreille. Ne devait-il pas compter sur un ressaisissement dès lors que m’aurait rejoint l’ensemble des autres séminaristes, annoncés pour le lendemain?

Je vins justement à leur rencontre en compagnie du Père Piola. Après avoir fait tous les deux le voyage jusqu’à Grenoble à bord de sa 4 CV, nous dûmes escorter en sens inverse le car où avaient pris place la trentaine de séminaristes attendus à Rencurel. Ils venaient de Nice, d’Avignon, d’Arles, de Nîmes, de Marseille ou de Corse.

Si l’on m’avait dit, le jour de mon arrivée, que je resterais trois ans dans ce village, je ne l’aurais pas cru. Désormais peuplé, le chalet avait pourtant pris une allure plus vivante. Je me familiarisais avec l’ordinaire d’un internat : lever 6 heures 15, toilette, puis office, oraison et messe à la chapelle, petit déjeuner 8 heures, premier cours 8 heures 30. »


 

Le Gàrri, pages 66-67, du chapitre « Aggiornamento » dans le Vercors, Editions J.-C. Lattès, 1992.

 

 

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