Homélie - Dimanche de Pâques

Publié le par AS

Dans ces jours qui ont précédé le matin de Pâques… Souvenez-vous… C’était hier, ou un peu avant même, sur le Golgotha…. Ce oui de l’Homme crucifié…

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Dieu semblait s’être retiré de ce monde. Cruelle et insoutenable absence…

Au petit matin, dans l’ombre du creux d’un tombeau, se dévoile – chose troublante – une absence aux yeux de ceux qui pensaient pouvoir s’appuyer sur cette mort bien concrète, sur ce corps tant aimé pour le baigner, une fois de plus, de larmes désespérées.

  

Une absence qui viendra provoquer plus ou moins soudainement, chez les témoins de cet instant, un déséquilibre tout intérieur, une interrogation profonde, d’abord inconsciente peut-être, puis de plus en plus précise : « Et si sa Parole était digne de confiance, vraiment ? »

Bienheureuse absence qui plus encore que la présence de ce Jésus de Nazareth sur les routes de Palestine, va susciter la Foi, la Foi Chrétienne, va engendrer un peuple nouveau, renouvelé par une Espérance sans pareille.

Une fois encore, comme depuis la création du monde, c’est en se retirant que Dieu donne vie. Mais comment croire ? Comment croire que ce soit le même au Vendredi Saint qu’en ce matin de Pâques ; comment croire que toutes les écritures se dessinaient, au fil du temps, pour mieux désigner que la révélation de Dieu se dévoilerait ainsi totalement en de Saintes Absences ?

 

Comment croire cela, et porter crédit à ces événements ?

Je ne pense pas que le sensationnel puisse convaincre un tel questionnement. Mais plutôt, de découvrir le fil discret et fidèle, la marque d’un Amour qui ne se dédit pas : là, il y a matière à séduire les cœurs les plus endurcis !

Le Christ s’est-il un jour imposé, en revendiquant quelques notoires privilèges par égard à sa haute condition divine ? Dieu a-t-il manifesté sa puissance en sauvant son Fils des affres du supplice et de la mort ? De la même façon, la Résurrection se fait discrète, au petit matin, à l’heure de Dieu dans le secret de la terre comme s’enfouit une semence.

Il ne reste visible que la trace subtile d’un Amour bien réel qui jamais en impose, mais qui sans cesse interroge, sollicite, suscite, et donne au cœur de l’homme, le souffle de l’Espérance.

 

Que reste-t-il de cet événement fondateur de notre présence à tous, ce matin ? Il reste, et il demeure jusqu’à la fin des temps, le signe de la Présence d’un Amour bien réel : Présence de l’Eglise, Présence en chacun des sacrements que celle-ci célèbre, Présence dans la charité dispensée.

 

Croyez-vous en Dieu, Père Fils et Esprit, vous demandera tout à l’heure votre évêque, dans la profession de Foi baptismale ?

Croyez-vous que l’Amour de Dieu est présent, qu’il se propose sans cesse à nos cœurs douloureux, qu’il mendie auprès de nous une réponse amoureuse ?

Croyez-vous que l’absence au tombeau soit la condition inconditionnelle pour que nous vivions aujourd’hui de cet Amour ?

 

Si nous croyons cela, nous sommes prêts à accueillir et à vivre de la Vie même du Ressuscité ; alors le Christ ne sera pas mort en vain ; et ce que nous nommons absence de Dieu dans les affaires de ce monde se révèleront être des présences bien plus probantes et efficaces, car elles cachent en elles :

 

l’annonce de la Foi,

la semence de l’Espérance,

le feu de la charité,

les fruits de l’Esprit Saint.

 

Au petit matin de Pâques, une absence…

 

Quelle absence !... qui nous fait exulter tous ensemble et nous redonne Vie…

 

 

                                             Jean Michel BARDET 

                                             Curé de la Cathédrale

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